Theo Waigel : la crise grecque a mis en avant les faiblesses de l'UE

Theo Waigel, ancien ministre allemande des Finances, et l'un des architectes de l'euro dans les années 1990, a dit que la crise de la dette souveraine en Grèce avait révélé l'échec des institutions qui représentent la base de la monnaie unique, en particulier la Commission européenne. Il s'est confié à EURACTIV dans un entretien exclusif.

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Theo Waigel, ancien ministre allemande des Finances, et l'un des architectes de l'euro dans les années 1990, a dit que la crise de la dette souveraine en Grèce avait révélé l'échec des institutions qui représentent la base de la monnaie unique, en particulier la Commission européenne. Il s'est confié à EURACTIV dans un entretien exclusif.

Connu comme le fondateur du Pacte de stabilité et de croissance (PSC) qui limite la dette et les déficits publics dans la zone euro, M. Waigel a insisté sur la responsabilité d'Athènes dans la crise.

Il a toutefois ajouté que les institutions de l'UE s'était également montrées incapables de la prévenir, faisant preuve de faiblesses qui doivent être combattues.

Les dirigeants de l'UE se rencontrent à Bruxelles jeudi (16 septembre) afin d'élaborer de nouvelles règles sur la gouvernance économique du bloc suite à la crise grecque.

La Grèce a falsifié les chiffres, elle a donc plutôt joué un sale tour, a confié M. Waigel à EURACTIV.de.

Cependant, la Commission européenne et les autres institutions auraient dû remettre en question les chiffres du budget grec bien avant. Le pays n'aurait pas du rejoindre la zone euro dans de telles circonstances.

M. Waigel était l’ « éminence grise » du Pacte de stabilité et de croissance (PSC), adopté en 1997. Berlin avait longtemps maintenu une politique de faible inflation, qui était la base des bonnes performances de l'économie allemande depuis les années 1950. Le gouvernement allemand avait espéré assurer la continuité de cette politique grâce au PSC qui limite la capacité des gouvernements à exercer des pressions inflationnistes sur l'économie européenne.

Une erreur impardonnable

Toutefois, d'après l'ancien ministre, les Européens ont joué avec le feu lorsqu'ils ont atténué les règles du pacte en 2005, sous la pression de Paris mais, ironiquement, également de Berlin, qui était dirigée par un gouvernement socialiste.

L'erreur pratiquement impardonnable a été commise lorsqu'on a voulu modérer le pacte. L'Allemagne en particulier, qui était à l'origine du pacte, n'a pas joué selon les règles du précédent gouvernement de coalition, a ajouté M. Waigel, rejetant les hypothèses selon lesquelles les déséquilibres de la croissance économique parmi les Etats membres seraient à l'origine du problème.

Les Etats fédéraux des Etats-Unis ont des modèles économiques fortement divergents et ont pourtant la même monnaie, a-t-il argué.

M. Waigel a insisté sur le fait qu'il était nécessaire que les Etats membres de la zone euro remplissent les critères et qu'ils soient contrôlés efficacement. Nous avons besoin d'un meilleur système d'avertissement et de meilleures procédures de sanction, a-t-il souligné.

La sanction la "plus efficace" : réduire les fonds de l'UE

Si un Etat ne respecte pas les critères il devrait être menacé de voir son accès aux fonds de l'UE réduits. Cette sanction devrait pouvoir être attribuée sans que l'on modifie le traité, a dit M. Waigel, en référence aux débats actuels sur la faisabilité de telles sanctions.

Réduire les fonds est la méthode disponible la plus efficace, a-t-il ajouté. Si les financements de larges projets structurels sont discontinus – comme par exemple l'extension d'une autoroute – la pression pour que le gouvernement respecte les critères va augmenter.

L'ancien ministre des finances a également exclu les revendications radicales en Allemagne au moment du renflouage grec afin de savoir si l'on devait aider ou non les Etats en difficulté.

La zone euro est comme une famille

C'est comme une famille : je ne suis pas responsable de la dette amassée par mon frère, ma sœur ou mes enfants. Mais, si je veux aider, personne ne peut m'enlever ce droit. Je dois toutefois faire en sorte que mon aide soit conditionnelle, la définir clairement et la présenter comme une aide que je leur apporte pour qu'ils s'aident eux-mêmes, a-t-il dit, notant qu'il en est de même pour l'UE.

Interrogé sur la gouvernance économique, M. Waigel a affirmé que l'UE avait besoin d'une plus forte coordination de notre politique budgétaire.

Je ne vois pas d'objection à ce que les plans budgétaires soient remis à la Commission avant d'être acceptés et si la Commission rend alors un avis. Au contraire, je pense que le "semestre européen" peut aider un pays à établir une certaine discipline budgétaire interne, a-t-il expliqué, soulignant que ce qui compte c'est que l’on ait des règles européennes uniformes qui soient mises en pratique au niveau national.

Il en va de même pour les agences de notations, a soutenu M. Waigel. Il y a deux points sur lesquels l'Europe peut réaliser de grands progrès. L'UE peut affirmer : il s'agit de notre modèle européen, nous ne dépendons plus de Wall Street, a-t-il conclu.