Top jobs : les dirigeants de l’UE tentent d’apaiser la colère de Giorgia Meloni

Les chefs d’État et de gouvernement de l’UE ont tenté d’apaiser la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, exclue de négociations préliminaires sur les top jobs, au sommet européen de jeudi (27 juin), mais il semble peu probable qu’ils modifient l’accord global conclu sans elle.

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Giorgia Meloni s’est exprimée sur les liens de son pays avec la Libye lors du Forum d’affaires Italie-Libye à Tripoli. [EPA-EFE/ANGELO CARCONI]

Les chefs d’État et de gouvernement de l’UE ont tenté d’apaiser la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, exclue de négociations préliminaires sur les top jobs, en amont du sommet européen qui a débuté ce jeudi (27 juin), mais il semble peu probable qu’ils modifient l’accord global conclu sans elle.

L’accord préliminaire a été conclu par six négociateurs des trois grands groupes politiques centristes pro-UE — le Parti populaire européen (PPE) de centre droit (premier parti au Parlement européen), les Socialistes et Démocrates (S&D, deuxième parti), et Renew (libéraux, quatrième parti).

Il prévoit la reconduction de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à la tête de l’exécutif, la nomination de l’ancien Premier ministre portugais António Costa en tant que chef du Conseil européen et de la Première ministre libérale estonienne Kaja Kallas en tant que Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, remplaçant Josep Borrell.

Mais Giorgia Meloni, dont le parti, Fratelli d’Italia, appartient au groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), qui a dépassé Renew et est maintenant le troisième plus grand groupes au sein de l’hémicycle, n’a pas été conviée à ces discussions préliminaires.

Les dirigeants de l’UE devront approuver le paquet global de nominations à la majorité qualifiée.

Avant le sommet, plusieurs diplomates européens ont souligné qu’il serait « constructif » pour l’unité de l’UE que les 27 dirigeants approuvent unanimement la décision, plutôt que d’imposer un choix contre la volonté de Rome.

Giorgia Meloni souhaitait que les très bons résultats des CRE aux Européennes soient reflétés par le poids qui lui serait accordé dans les négociations.

Parallèlement à cela, même si les partisans d’Ursula von der Leyen sont certains qu’elle obtiendra suffisamment de voix lors du vote de confirmation de sa nomination au Parlement européen le 11 juillet, les votes des 83 eurodéputés des CRE renforceraient sa crédibilité. Pour rappel, en 2019, elle avait été élue de justesse, avec à peine neuf voix au-dessus du seuil minimum requis.

Apaiser Giorgia Meloni

Les deux principaux négociateurs de centre droit concernant les top jobs, le Premier ministre polonais Donald Tusk et son homologue grec Kyriákos Mitsotákis, ont souligné jeudi leur « respect » pour la Première ministre italienne et la place de son pays au sein de l’UE.

Le premier a adopté un ton particulièrement conciliant à l’égard de son homologue italienne.

« Il n’y a pas d’Europe sans l’Italie et il n’y a pas de décision sans [Giorgia] Meloni — c’est évident », a indiqué le dirigeant polonais aux journalistes à Bruxelles.

Les six principaux négociateurs des trois grands groupes centristes ont tenté de préétablir un accord avant que les dirigeants des Vingt-Sept ne se réunissent pour un dîner informel sur les top jobs la semaine dernière. Lorsqu’ils ont présenté leurs propositions, certains ont perçu leurs efforts comme une tentative de les mettre devant un fait accompli.

À la veille du sommet de cette semaine, Giorgia Meloni a vivement critiqué ces négociateurs pour avoir présenté à nouveau les mêmes noms, qualifiant la démarche de « surréaliste » et d’« oligarchique ».

Elle a également durcit sa position de négociation, cherchant notamment à ce que l’Italie obtienne un portefeuille important, notamment une vice-présidence, au sein de la prochaine Commission européenne.

Devant le parlement italien, elle a déploré mercredi (26 juin), « la logique des petits groupes dans lesquels certains prétendent décider pour tout le monde, aussi bien pour ceux du bord politique opposé que pour ceux des États membres considérés comme trop petits pour être dignes de s’asseoir aux tables qui comptent », ajoutant qu’elle n’a pas l’intention d’accepter l’accord.

S’exprimant sur le processus, Donald Tusk a déclaré que « la seule intention, la seule raison pour laquelle nous avons créé cette plateforme [de négociation préliminaire] est de faciliter le processus ».

Le Premier ministre belge Alexander de Croo, l’un des deux principaux négociateurs libéraux, a toutefois appelé à « écouter [les autres] autour de la table ».

« Je pense que c’est peut-être l’un des points qui devaient être abordés la dernière fois, un peu plus de discussions et un peu plus d’écoute, au lieu de proposer un groupe à part entière », a-t-il noté.

Tentatives de médiation

Dans le même temps, plusieurs dirigeants européens, dont Kyriákos Mitsotákis, ont tenté de jouer les médiateurs avec la dirigeante italienne avant les discussions de jeudi, mais il est difficile de savoir s’ils se sont réellement entretenus, et si oui, dans quel but.

Un porte-parole du gouvernement grec a confié à Euractiv que Giorgia Meloni et son homologue grec avaient été en contact « récemment », mais a refusé de préciser la date ou le sujet de la discussion.

Le président chypriote Níkos Christodoulídis a pour sa part expliqué aux journalistes à Bruxelles qu’il avait été en contact avec la cheffe d’Etat italienne et qu’il la rencontrerait à nouveau pendant les négociations au niveau de l’UE.

D’autres dirigeants européens, comme le Premier ministre finlandais Petteri Orpo, sont restés plus prudents sur la question.

« Nous y sommes presque […] beaucoup de travail a été fait, il y a eu des discussions entre [les dirigeants de l’UE] en arrière-plan », a déclaré Petteri Orpo à des journalistes à Bruxelles. « En même temps, bien sûr, nous devons penser au Parlement [européen], parce que ce paquet doit être soutenu par le Parlement et qu’il s’agit d’un paquet très complexe. »

Une affaire conclue

Le chancelier socialiste allemand Olaf Scholz, l’un des six négociateurs du paquet préliminaire, a réaffirmé que l’accord était prêt à être approuvé, affirmant qu’il s’agissait de la seule solution possible.

« Nous sommes parvenus à un accord politique entre les trois principaux groupes centristes du Parlement européen », a déclaré Olaf Scholz.

« Nous en discuterons soigneusement et équitablement. Les Vingt-Sept sont tous aussi importants les uns que les autres. […] Mais nous avons facilité la prise de décision », a-t-il souligné.

Dans le même ordre d’idées, le Premier ministre néerlandais et futur secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte a souligné que Giorgia Meloni « n’est pas exclue » des négociations en tant que telles, faisant allusion au fait qu’elle participera à la discussion des dirigeants jeudi.

« Le fait est que le groupe CRE, auquel appartient [le parti de] Giorgia Meloni, ne participe pas à ces négociations parce que cela n’est pas acceptable pour d’autres partis », a-t-il ajouté, faisant référence au refus des socialistes de traiter avec l’extrême droite.

[Édité par Anna Martino]