Ukraine : des doutes persistent autour de la future force de réassurance

Les dirigeants de l’UE planchent sur la mise en place d’une « force de réassurance » qui serait un pilier central des garanties de sécurité fournies par l’Europe à l’Ukraine après la guerre. Toutefois, pour l’heure, de nombreuses zones d’ombre subsistent.

EURACTIV.com
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Le Premier ministre britannique Keir Starmer (à gauche) et le président français Emmanuel Macron (à droite). [EPA/AARON SCHWARTZ]

Le sommet qui a réuni lundi 18 août les présidents américain et ukrainien Donald Trump et Volodymyr Zelensky ainsi que six dirigeants européens, a déclenché une frénésie diplomatique pour proposer rapidement un cadre de garanties de sécurité avant une éventuelle réunion trilatérale États-Unis-Russie-Ukraine, qui pourrait avoir lieu dans les deux prochaines semaines.

L’idée d’une « force de réassurance » avait initialement été évoquée par Emmanuel Macron début 2024, et avait immédiatement reçu le soutien du Premier ministre britannique Keir Starmer. Cette proposition prévoyait moins de 30 000 soldats et était axée sur la défense aérienne et maritime.

Une telle force « nécessiterait probablement des dizaines de milliers de soldats sur le terrain à tout moment, ce qui représenterait un engagement considérable que les États européens auraient du mal à tenir seuls », analyse pour Euractiv Natia Seskuria, experte en sciences militaires au RUSI, un groupe de réflexion basé au Royaume-Uni.

Outre-Atlantique, Donald Trump a déjà exclu la possibilité d’un déploiement de troupes américaines en Ukraine. Il attend plutôt des Européens qu’ils envoient des soldats sur le terrain et que les États-Unis « les aident, probablement par voie aérienne ».

Par ailleurs, une mission sous bannière de l’OTAN paraît illusoire faute de consensus parmi ses membres, tandis que l’ONU se heurte au veto automatique de Moscou.

« Toute mesure susceptible de rassurer l’Ukraine serait probablement considérée comme provocatrice et inacceptable par la Russie », confie Mark Cancain, du groupe de réflexion américain CSIS, à Euractiv.

Il est donc clair que la direction d’une telle initiative serait laissée à l’Europe et à sa Coalition des volontaires.

Pas de consensus sur les effectifs nécessaires

Petites unités de surveillance ou brigades plus conséquentes : quelle forme prendra donc cette force de réassurance ? La question divise, le but étant d’être en mesure de repousser une éventuelle nouvelle agression russe.

Pour Natia Seskuria, des forces européennes chargées de sécuriser les zones démilitarisées et de protéger les infrastructures critiques seraient plus crédibles.

Selon l’IISS, un groupe de réflexion britannique, même une force relativement petite de 10 000 hommes pourrait avoir un effet dissuasif. Mais pour l’Institut allemand d’études internationales et de sécurité, parier sur une présence minimale reviendrait à une « approche de bluff et de prière » dangereuse.

Si l’on prend comme modèle la surveillance américaine de la zone démilitarisée entre la Corée du Sud et la Corée du Nord — qui s’étend sur 250 km —, la surveillance de la frontière de 2 300 km entre la Russie et l’Ukraine, ou même simplement de la ligne de front de 900 km, serait une tâche colossale qui nécessiterait entre 40 000 et 150 000 personnes, selon les chercheurs Claudia Mors et Arnold Kleemann.

Les États-Unis restent essentiels

Bien que Donald Trump ait exclu l’envoi de troupes américaines sur le sol ukrainien, l’implication et la garantie des États-Unis restent cruciales.

« L’arrangement le plus probable impliquerait le déploiement de forces de sécurité par la Coalition de volontaires, complétée par un partage continu de renseignements, un soutien aérien et une assistance militaire » de la part des États-Unis, affirme Natia Seskuria.

Pour le directeur du German Marshal Fund à Varsovie, Philip Bednarczyk, il est clair que « le mandat des forces ne sera pas seulement un “fil rouge”, mais plutôt un élément complémentaire et intégré de la défense de l’Ukraine ».

Toutefois, il souligne que l’efficacité de la future force de réassurance dépend de son mandat précis et de l’existence d’un accord de paix global solide.

(asg)