Un ancien dissident à la présidence de l’Allemagne
Joachim Gauck, ancien militant des droits de l’Homme et anti-communiste d’Allemagne de l’Est, devrait devenir le prochain président allemand, le troisième en moins de deux ans, suite à la démission de Christian Wulff vendredi dernier, accusé d’irrégularités.
Joachim Gauck, ancien militant des droits de l’Homme et anti-communiste d’Allemagne de l’Est, devrait devenir le prochain président allemand, le troisième en moins de deux ans, suite à la démission de Christian Wulff vendredi dernier, accusé d’irrégularités.
Hier (19 février), la chancelière allemande, Angela Merkel, a consenti à soutenir la candidature de M. Gauck, un candidat de l'opposition en 2010. Mme Merkel avait à cette époque accordé son soutien à M. Wulff, mais il a été au cours des derniers mois accusé d'avoir profité de faveurs financières indues.
Mme Merkel tente ainsi d'éviter le conflit avec les partis d l’opposition afin de ne pas se détourner de son objectif actuel, la résolution de la crise dans la zone euro. C'est en effet Berlin qui est en première ligne des efforts européens pour sauver la Grèce d'un défaut de paiement désordonné et Mme Merkel ne peut pas se permettre de se laisser distraire par des conflits politiques intérieurs, selon des observateurs allemands.
Cette annonce ouvre la voie à M. Gauck, pasteur protestant et figure de proue du mouvement de protestation pacifique qui a mené à la chute du mur de Berlin, dont la candidature devrait être validée par l'assemblée générale dans les semaines à venir.
« N'oublions pas que nous pouvons remercier un homme d'Église comme Gauck pour la réussite de la révolution pacifique en Allemagne de l'Est », a déclaré lors d'une conférence de presse à Berlin Mme Merkel, elle-même fille d'un pasteur protestant qui a grandi dans l'ancienne République démocratique allemande.
Le départ de M. Wulff a porté un coup à Mme Merkel dans la mesure où elle avait insisté pour le soutenir en 2010 alors que de nombreux citoyens allemands et les grands partis de l'opposition souhaitaient voir M. Gauck accéder à la fonction de président.
En soutenant aujourd'hui la candidature de M. Gauck, la chancelière allemande s'expose aux accusations possibles d'avoir fait une erreur il y a deux ans. Mais en refusant de le soutenir, elle aurait pu déclencher un conflit avec le Parti social-démocrate (SPD) de l'opposition et les Verts, ce qui aurait pu s'avérer plus dangereux.
M. Gauck était l'un des nombreux pasteurs qui ont soutenu les manifestations au terme desquelles la RDA s'était effondrée, ouvrant la voie à la réunification de l'Allemagne en 1990.
Joachim Gauck avait 11 ans lorsque son père a été arrêté par les autorités communistes et déporté dans un goulag en Sibérie.
Le jeune homme souhaitait devenir journaliste, mais ses plans de carrières ont été contrecarrés lorsqu'il a refusé de rejoindre la jeunesse communiste. Il s'est ensuite tourné vers la théologie.
C'est en 1965 qu'il est devenu pasteur protestant et a commencé à utiliser cette tribune pour prêcher en faveur des droits de l'Homme.
Il fut par la suite l'un des fondateurs du Nouveau Forum, un mouvement de défense des droits civiques formé en 1989, quelques mois avant la chute de la RDA.
Une autorité morale
Après la chute du mur de Berlin, M. Gauck a supervisé les archives de la Stasi et gagné en reconnaissance pour avoir révélé au grand jour les crimes de la puissante police secrète d'Allemagne de l'Est.
Il a fait en sorte que ces vastes dossiers soient ouverts pour dénoncer les anciens collaborateurs et employés de la Stasi dans les services publics et pour comprendre le passé du pays. Sa commission était officieusement connue sous le nom de « Gauck Behörde », l'autorité Gauck.
Visiblement ému par cette annonce, M. Gauck a déclaré qu'il venait d'atterrir à Berlin et qu'il montait tout juste dans un taxi lorsque Mme Merkel l'a appelé pour lui annoncer la nouvelle.
Le SPD de l'opposition et les Verts, qui l'avaient désigné il y a deux ans, avancent que M. Gauck est la personne idéale pour redorer l'image de la présidence après le départ prématuré de M. Wulff et de son prédécesseur, Horst Köhler, un ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI).
Avec le large soutien dont il bénéficie, il est probable que M. Gauck soit nommé président par l'assemblée fédérale sans le moindre accroc. L'assemblée qui réunit 1244 grands électeurs doit élire un nouveau président d'ici au 18 mars.