Un ministre tchèque pro-nucléaire vise le poste de commissaire à l’Énergie
Officiellement candidat de la République tchèque pour un poste de commissaire européen, le ministre de l’Industrie et du Commerce Jozef Síkela se verrait bien reprendre le portefeuille de l’énergie. Ses positions en faveur du nucléaire notamment, trouvent déjà une oreille attentive à Paris.
Officiellement candidat de la République tchèque pour un poste de commissaire européen, le ministre de l’Industrie et du Commerce Jozef Síkela se verrait bien reprendre le portefeuille de l’énergie. Ses positions en faveur du nucléaire notamment, trouvent déjà une oreille attentive à Paris.
Après avoir été désigné par la République tchèque pour un poste de commissaire européen, Jozef Síkela a présenté sur X ses priorités mercredi 21 août. Ce dernier veut s’engager pour la sécurité énergétique, l’énergie bas carbone et le renforcement des liaisons électriques à l’intérieur de l’Union européenne (UE).
En août 2023, il avait déclaré aux médias tchèques qu’il avait acquis « un prestige et une autorité relativement décents auprès des autres États membres », ce qui pourrait l’aider à obtenir un poste de commissaire à l’Économie ou à l’Énergie. « Je ne cache pas mon intérêt pour ce dernier poste », avait-il affirmé.
La décision ne revient toutefois qu’à une seule personne : la présidente de la Commission réélue mi-juillet pour un second mandat, Ursula von der Leyen.
Un ministre en charge de l’énergie remarqué
Dans sa conquête du poste de commissaire à l’Énergie, Jozef Síkela peut se prévaloir d’une vaste expérience. En tant que ministre tchèque de l’Industrie et du Commerce, il a notamment présidé les réunions des ministres en charge de l’Énergie sous la présidence tchèque du Conseil, au second semestre 2022.
À l’époque, l’Union était plongée dans la tourmente, frappée par la hausse des prix et par un manque de gaz et d’électricité, une crise accentuée par l’invasion russe en Ukraine de février 2022.
Il était alors parvenu à mener ses collègues ministres vers un accord politique comprenant plusieurs mesures clés, dont de nouvelles règlementations sur la réduction de la demande de gaz, des achats conjoints de gaz et un plafonnement des prix de l’électricité.
En matière d’énergie, le bilan et les opinions de Jozef Síkela s’inscrivent dans la droite ligne des « orientations politiques » d’Ursula von der Leyen : plus de renouvelables, une indépendance énergétique vis-à-vis de Moscou et la croissance économique par le biais d’une réindustrialisation du continent.
Le ministre tchèque, qui parle couramment l’allemand, est par ailleurs un pro-européen convaincu et est membre du Parti populaire européen (PPE) d’Ursula von der Leyen.
Un partisan du nucléaire
Mais le point fort de Jozef Síkela est sans doute sa capacité à se faire bien voir à Paris, puisque le Tchèque a ces dernières années travaillé à la promotion de l’énergie nucléaire au sein des cercles européens.
Un ancien fonctionnaire français ayant participé aux réunions du Conseil « Énergie » pendant la présidence tchèque explique que Jozef Síkela serait un « excellent » commissaire à l’Énergie, ajoutant que ce dernier était « très malin » et qu’il avait « de solides antécédents en matière de recherche de compromis intelligents en temps de crise et une approche concrète des questions énergétiques ».
Une concurrente de poids
La principale concurrente de Jozef Síkela pour le poste de commissaire à l’Énergie sera probablement l’Espagnole Teresa Ribera, qui n’a pas caché son intérêt pour un commissariat « parapluie », s’occupant des questions d’énergie et de climat.
Ministre de la Transition écologique dans son pays, Teresa Ribera peut également se prévaloir d’avoir présidé avec succès des réunions du conseil de l’Énergie sous la présidence espagnole, au second semestre 2023.
Elle s’est cependant toujours montrée réservée, voire ouvertement sceptique, à l’égard de l’énergie nucléaire. En 2022, elle s’était notamment mobilisée contre la décision de qualifier le nucléaire d’« investissement vert » dans le cadre de la taxonomie verte l’UE, estimant qu’il s’agissait d’une « grosse erreur ».
Cette position n’aura pas échappé à la France et à la petite quinzaine d’États européens membres ou observateurs de l’alliance du nucléaire, qui fait pression pour que l’UE soutienne davantage la relance de l’industrie nucléaire en Europe.
Les positions en faveur du nucléaire de Jozef Síkela ne suffiront cependant peut-être pas à lui garantir le poste. D’autant plus que Teresa Ribera appartient au groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D) — le second plus important du Parlement européen derrière le PPE —, qui insistera pour qu’Ursula von der Leyen lui confie des portefeuilles conséquents.
En outre, la présidente de la Commission ne peut pas faire grand-chose sans le soutien de l’ensemble des capitales européennes réunies au Conseil, et elle voudra choisir un commissaire qui soit en mesure de gagner leur confiance.
Il est également à noter que les candidats commissaires proposés par Ursula von der Leyen devront passer devant le Parlement européen, où ils devront répondre aux interrogations des membres du Parlement européen pour convaincre ces derniers.
Problème en République tchèque
Les médias tchèques ont par ailleurs rapporté que Jozef Síkela s’était opposé à la présidente de la Commission, lors de négociations sur le plafonnement des prix du gaz. Une source diplomatique avait même déclaré à l’époque qu’« Ursula von der Leyen ne l’aimait pas ».
Une confrontation directe entre Teresa Ribera et Jozef Síkela est donc possible. Ursula von der Leyen pourrait cependant confier à la candidate espagnole un poste plus important encore, tandis que Jozef Síkela se concentrerait sur l’énergie, plutôt que de réunir deux portefeuilles.
Ursula von der Leyen avait adopté une approche similaire en 2019, lorsque le socialiste néerlandais Frans Timmermans avait été nommé vice-président exécutif de la Commission en charge du Pacte vert européen (Green Deal), et que la libérale estonienne Kadri Simson était devenue commissaire à l’Énergie.
Reste à savoir quelles seront les prérogatives de chacun des portefeuilles, en considérant aussi les attributions de l’actuel commissaire au Marché intérieur, compétent en matière d’industrie, Thierry Breton, de nouveau poussé à Bruxelles par la France.
Les États membres ont jusqu’au 30 août pour désigner leurs candidats aux postes de commissaires européens. La présidente de la Commission s’entretiendra ensuite avec les candidats et leur attribuera des portefeuilles, puis le Parlement interrogera publiquement chaque candidat avant de décider d’approuver ou non le Collège des commissaires.
Aneta Zachova et Paul Messad ont contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]