Un moratoire sur l’éolien et 6 EPR au programme de la candidate Le Pen
A quelques mois de l’élection présidentielle, les programmes des candidats se précisent. Du côté du Rassemblement National, on envisage un projet de politique climatique au service du social – pro-nucléaire, pro-hydrogène, mais anti-éolien.
A quelques mois de l’élection présidentielle, les programmes des candidats se précisent. Du côté du Rassemblement National, on envisage un projet de politique climatique au service du social – pro-nucléaire, pro-hydrogène, mais anti-éolien.
« Nous ne pouvons pas découpler la préoccupation climatique, très légitime, de la préoccupation économique et du pouvoir d’achat » a souligné le porte-parole de Marine Le Pen pendant la campagne, Nicolas Bay – par ailleurs député européen -, lors d’un atelier organisé par l’association Equilibre des Energies, mardi 25 janvier.
Se pliant à l’exercice d’une présentation du programme Climat-Energie de la candidate, il a insisté sur l’idée d’« un modèle authentiquement écologique mais viable économiquement ».
Un subtil mélange car selon le député, l’objectif zéro carbone adopté par l’Union européenne « n’a pas de sens » car il n’est pas « économiquement raisonnable ».
Baisse de la TVA sur les produits énergétiques
Afin de réunir action environnementale et protection sociale, Marine Le Pen propose une mesure phare : l’abaissement à 5,5% de la TVA sur l’ensemble des produits énergétiques. L’idée est d’encourager les ménages à améliorer la performance énergétique des bâtiments, pour laquelle des actions « peuvent être menées facilement à des coûts et à des délais raisonnables », et à une mobilité plus durable.
« On défend l’idée qu’il vaut mieux accompagner massivement l’isolation des bâtiments notamment » ainsi que « l’évolution vers le véhicule électrique, mais sans pénaliser les plus modestes » a précisé Nicolas Bay.
A propos des véhicules justement, Marine Le Pen envisage le passage à l’hydrogène. « Le véhicule électrique à batterie est un modèle transitoire, il nous place en situation de dépendance forte [vis-à-vis] des terres rares et à l’égard de l’Asie », a indiqué Nicolas Bay, avant d’ajouter que « le vrai saut technologique serait l’hydrogène », mais sans donner plus de précision quant au soutien que le RN souhaite apporter à la filière.
Construire 6 EPR
Sur le nucléaire en revanche, Marine Le Pen projette la construction de 6 nouveaux réacteurs EPR et l’augmentation de la durée de vie des centrales existantes.
Un choix pragmatique selon Nicolas Bay : « Le nucléaire (…) a comme vertu principale d’être presque totalement décarboné ». Le porte-parole a suggéré que cette énergie pourrait être « au cœur de notre mix énergétique de demain », l’idée étant « d’être capable de produire pour la France et d’exporter ».
L’indépendance énergétique est un autre axe fort, et de long terme, du programme Climat-Energie de Marine Le Pen. « Il ne suffit pas de se limiter à la perspective présidentielle, à un mandat dont on sait qu’il ne dure que 5 ans et qui ne peut nous engager que sur les prémices de ces grands chantiers », a souligné Nicolas Bay. « Les grands choix que nous devrons faire dans les années qui viennent, ce sont des choix qui nous engagent pendant des décennies. »
Parmi ces choix, figure un moratoire sur l’éolien, « une aberration écologique et économique », et une technologie qui « n’offre aucune perspective d’amélioration » selon le député.
« Il ne s’agit pas de démanteler immédiatement toutes les éoliennes, a toutefois précisé le porte-parole du RN. Ce serait sans doute un non sens économique ; mais peut-être démanteler celles qui sont les plus nuisibles… »
Louvoyer en Europe
Le nouveau mix énergétique proposé par Marine Le Pen, plus nucléaire et moins éolien, vise l’autonomie énergétique, sans pour autant écarter toute coopération européenne.
La candidate veut surtout sortir du système « qui nous conduit à devoir mettre une partie de notre production électrique sur le marché européen et ensuite à le racheter à un prix exorbitant » a indiqué Nicolas Bay.
Le porte-parole met en garde contre le risque d’« un appauvrissement de la population » et « la fragilisation totale de notre tissu économique ». Il a pointé notamment les « normes extrêmement exigeantes » en discussion à Bruxelles, qui rendraient les acteurs économiques certes plus vertueux écologiquement, mais qui leur imposeraient, selon lui, des coûts supplémentaires. Des coûts qui pourraient les amener à mettre la clé sous la porte.
Marine Le Pen ne devrait vraisemblablement pas s’appuyer sur l’UE pour mener à bien son programme Climat-Energie. « Le Green Deal, c’est un slogan (…), a fini par lâcher Nicolas Bay. Pour l’instant, on n’en voit pas bien la traduction en politique opérationnelle. »
En sera-t-il de même pour le programme de Marine Le Pen si elle est élue ? Réponse le 24 avril.
[Edité par Frédéric Simon]