Un renflouement « pénible mais juste » pour le Portugal
Le Portugal a signé hier (5 mai) pour un renflouement « pénible mais juste » de 78 milliards d'euros qui plongera le pays dans la récession pendant deux ans avec une relance qui ne devrait avoir lieu qu'en 2013, ont déclaré des représentants de l'Union européenne et du FMI.
Le Portugal a signé hier (5 mai) pour un renflouement « pénible mais juste » de 78 milliards d'euros qui plongera le pays dans la récession pendant deux ans avec une relance qui ne devrait avoir lieu qu'en 2013, ont déclaré des représentants de l'Union européenne et du FMI.
Après la chute du gouvernement en mars, l'envolée des coûts de l'emprunt a forcé le Portugal a devenir le troisième pays de la zone euro à demander une aide financière après la Grèce et l'Irlande.
Des représentants de l'UE, de la Banque centrale européenne et du FMI ont passé près d'un mois à Lisbonne à élaborer un paquet d'aide sur trois ans qui impose de difficiles mesures d'austérité au Portugal et devrait être approuvé par les ministres européens des finances le 16 mai.
« Je vais être honnête, ce n'est pas un programme facile, il est difficile, nécessaire, mais nous pensons qu'il est juste », a déclaré Jürgen Kröger, le responsable de la mission de l'UE pour les négociations du plan, lors d'une conférence de presse.
Le Fonds monétaire international a affirmé qu'il avait accepté de prêter 26 milliards d'euros au Portugal, soit un tiers du montant total. L'UE assumera donc la partie restante de 52 milliards d'euros.
Toutefois, les rendements obligataires ont à nouveau grimpé après avoir baissé mercredi. Les rendements à 10 ans sont passés de 10,06 % mercredi à 10,20 %.
Le plan de sauvetage comprend de fortes réductions des dépenses, des augmentations d'impôts et des réformes du système judiciaire et de la législation du travail ainsi que des privatisations. Il alloue aussi 12 milliards d'euros aux banques, mais les actions des banques ont grimpé après que le responsable de l'association bancaire du pays a déclaré qu'elles n'auraient sans doute pas besoin de ces fonds.
« Un programme de cette ampleur, avec des objectifs ambitieux et un rythme soutenu de mise en application, est exigeant », a déclaré le ministre des finances, Fernando Teixeira dos Santos.
Le responsable de la mission du FMI, Poul Thomsen, a déclaré que l'économie portugaise devrait affronter de forts vents contraires au cours des trois prochaines années et qu'elle devrait se contracter de 2 % en 2011 et 2012 avant de revenir à la croissance au premier semestre de 2013.
Le premier ministre du Portugal, José Socrates, a démissionné en mars, ce qui a déclenché une sévère envolée des coûts de l'emprunt et une dégradation de la note de crédit qui a mené à une requête pour un plan de sauvetage le 7 avril.
Une élection générale est prévue pour le 5 juin et la mise en œuvre du plan de renflouement sera aux mains du nouveau gouvernement. L'UE et le FMI ont donc dû chercher le soutien des principaux partis de l'opposition pour l'accord, et ils l'ont obtenu mercredi.
Le principal parti de l'opposition, le Parti social-démocrate, mène de peu dans les sondages en amont du vote.
« Le succès du programme dépend également de sa bonne mise en œuvre, donc, au cours de la campagne pour les élections, il faudra qu'il soit clair que le prochain gouvernement devra assumer la responsabilité du programme et mettre en place les mesures », a déclaré M. Kröger. « Cela restaurera la confiance dans l'économie portugaise ».
A Helsinki, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a déclaré à propos du Portugal : « Nous sommes confiants. Bien sûr, cela implique que l'actuel gouvernement […] et les futurs gouvernements fassent leur travail ».
Décision sur les taux d'intérêt mi-mai
Une inconnue du programme de prêt reste le taux d'intérêt que payera le Portugal, surtout en comparaison avec la Grèce et l'Irlande.
M. Kröger a déclaré que le taux final serait déterminé par les ministres européens des finances lorsqu'ils se rencontreront mi-mai, mais il a laissé entendre qu'il pourrait être similaire à celui appliqué à la Grèce.
L'accord pourrait toutefois toujours être en péril suite au succès qu'ont remporté les partis eurosceptiques dans les élections finlandaises le mois dernier.
Le Portugal a besoin que les fonds du renflouement permettent un remboursement de 4,9 milliards d'euros d'obligations pour le 15 juin.
Le Portugal a obtenu un report des dates butoirs pour les objectifs budgétaires du prêt, une décision qui a poussé certains économistes à affirmer que l'UE et le FMI avaient tiré la leçon de leurs erreurs s'agissant de l'imposition de conditions trop strictes à la Grèce.
Toutefois, les responsables ont affirmé que les renflouements des deux pays ne pouvaient pas être comparés.
« Je ne pense pas que nous puissions comparer des pays, chaque pays est unique, ce programme est fait sur mesure pour le Portugal », a déclaré M. Thomsen du FMI.
Dans le cadre du renflouement, le Portugal devra respecter un objectif de déficit budgétaire de seulement 5,9 % du produit intérieur brut cette année, en comparaison à l'objectif précédent qui stipulait 4,6 %.
Cela représente toujours une importante réduction étant donné le déficit de 9,1 % du PIB enregistré l'année dernière, sachant que dans le cadre de l'accord, il devra chuter à 4,5 % du PIB en 2012 et à 3 % en 2013.
La récession rendra le retour à la santé financière encore plus difficile pour ce pays qui souffre d'un des taux de croissance les plus faibles d'Europe depuis dix ans.
(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EURACTIV.)