Une brève trêve humanitaire à Gaza pour vacciner les enfants contre la polio
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a confirmé le 29 août qu’une campagne de vaccination contre la polio débutera à Gaza le 1er septembre.
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a confirmé jeudi 29 août qu’une campagne de vaccination contre la polio débutera à Gaza le 1er septembre.
L’OMS affirme avoir reçu un « engagement préliminaire » de la part d’Israël autorisant des « pauses humanitaires » temporaires à Gaza pour distribuer des vaccins contre la polio, rapporte The Guardian.
Cette campagne sera menée en coopération avec les forces de défense israéliennes et se limitera à des zones spécifiques. Tedros Adhanom Ghebreyesus s’est félicité de cette nouvelle, mais a déclaré que la seule thérapie durable était la paix et a appelé à un cessez-le-feu.
La poliomyélite est une maladie virale hautement infectieuse qui touche en grande partie les enfants de moins de cinq ans. En 1988, l’Assemblée mondiale de la Santé a adopté une résolution appelant à son éradication au niveau mondial. Certaines formes peuvent conduire à la paralysie, voire la mort.
Rik Peeperkorn, représentant de l’OMS dans le territoire palestinien, a expliqué jeudi que trois pauses, qui auront lieu de 6h00 à 15h00 et dureront trois jours chacune, se dérouleront dans différentes zones de Gaza à partir de dimanche 1er septembre.
« La polio est de retour à Gaza et des milliers d’enfants pourraient être paralysés à jamais », a souligné le haut représentant de l’UE, Josep Borrell, à l’issue de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères le 29 août.
Il a ajouté que la guerre avait déclenché une crise humanitaire sans précédent : « J’espère simplement que l’appel à un cessez-le-feu afin de vacciner la population sera mis en œuvre. Espérons qu’une goutte d’espoir dans une mer de désespoir puisse sauver des vies et éviter la tragédie des enfants atteints de la polio ».
S’exprimant devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le Dr Mike Ryan, directeur exécutif de l’OMS pour les urgences sanitaires, a précisé que la campagne se déroulerait en deux phases. Chaque cycle fournira deux gouttes de vaccin antipoliomyélitique oral qualifié par l’OMS à plus de 640 000 enfants de moins de 10 ans, une couverture de 90 % étant nécessaire pour stopper l’épidémie et empêcher la propagation de la maladie.
Mike Ryan a indiqué que la pause de trois jours pourrait être prolongée d’une journée afin de s’assurer que tous les enfants sont vaccinés, ajoutant que « la sécurité de chacun des 2180 vaccinateurs doit être garantie. Leur sécurité est primordiale ».
Des responsables de l’ONU ont d’ailleurs exhorté le groupe palestinien Hamas et l’armée israélienne à « respecter » les pauses humanitaires négociées pour permettre les vaccinations, après deux incidents survenus cette semaine — dont un mortel — au cours desquels les forces israéliennes ont tiré sur des véhicules d’aide, ce qui a soulevé des questions quant à la sécurité des campagnes de vaccinations.
Pour rappel, depuis le début du conflit en octobre, plus de 280 travailleurs humanitaires ont été tués par l’armée israélienne à Gaza.
Vacciner chaque enfant
Le 16 juillet, les résultats des analyses des eaux usées ont confirmé la présence de polio dans deux sites de la bande de Gaza. Le 23 août, le commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), Philippe Lazzarini, a confirmé qu’un bébé de 10 mois infecté par la polio était désormais paralysé. Il s’agit du premier cas de polio en Palestine depuis plus de 25 ans.
« La polio ne fera pas la distinction entre les enfants palestiniens et israéliens », a déclaré Philippe Lazzarini. « Il ne suffit pas d’apporter les vaccins à Gaza et de protéger la chaîne du froid. Pour avoir un impact, les vaccins doivent se retrouver dans la bouche de chaque enfant de moins de dix ans. »
Le risque d’infections et de propagation des maladies à Gaza est très élevé en raison de l’interruption des programmes de vaccination de routine, de l’effondrement du système de santé — y compris le ciblage des travailleurs et des infrastructures de santé par Israël —, des déplacements constants et de la surpopulation, de la malnutrition aiguë causée par le blocage de l’aide et le ciblage délibéré des installations d’eau et d’assainissement par les Forces de défense israéliennes (FDI).
[Édité par Anna Martino & Anne-Sophie Gayet]