Une enquête approfondie sur les manifestations de janvier au Kazakhstan est « essentielle », selon l’UE
Des représentants de l'UE et des universitaires ont estimé que des enquêtes approfondies sur les émeutes de janvier ainsi qu'un un véritable suivi des réformes annoncées seront cruciaux pour le Kazakhstan, lors d’un récent événement EURACTIV.
Des représentants de l’UE et des universitaires ont estimé que des enquêtes approfondies sur les émeutes de janvier ainsi qu’un un véritable suivi des réformes annoncées seront cruciaux pour le Kazakhstan, lors d’un récent événement EURACTIV. Les universitaires restent néanmoins sceptiques quant à la détermination des autorités.
La nation d’Asie centrale riche en pétrole a été secouée en janvier par le pire accès de violence de son histoire post-soviétique, au cours duquel au moins 225 personnes ont été tuées, la plupart à Almaty.
Les experts des droits de l’homme des Nations unies ont critiqué ce qu’ils ont appelé « l’usage effréné de la force » par les autorités kazakhes après que le président du pays, Jomart Kassym Tokayev, eut autorisé ses forces à « ouvrir le feu avec une force meurtrière ».
Depuis lors, les autorités ont engagé 3 600 poursuites pénales à la suite des émeutes, durant lesquelles certains manifestants ont attaqué les forces de sécurité, pris et incendié des bâtiments gouvernementaux et pillé des magasins.
Les autorités ont déclaré qu’à l’origine, les manifestations pacifiques contre la hausse du prix du carburant avaient été détournées par des groupes cherchant à renverser le gouvernement.
Ouverture et dialogue
Selon Luc Devigne, haut responsable du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), le bras diplomatique de l’Union européenne, les événements de janvier « ont soulevé un certain nombre de questions dans divers cercles de l’Union européenne », mais le bloc a salué « l’ouverture et le dialogue » engagés par le pays depuis lors.
Faisant référence aux enquêtes menées après la mort de plus d’une douzaine de manifestants dans la ville pétrolière de Zhanaozen, dans l’ouest du pays, à la suite de leur affrontement avec la police en 2011, M. Devigne a déclaré qu’il était « important que les autorités kazakhes montrent que la situation est différente, que l’approche est différente et que le résultat sera différent. »
L’objectif est maintenant de transformer le Kazakhstan « d’une république super présidentielle en une république présidentielle avec un parlement fort », a déclaré aux participants Roman Vassilenko, vice-ministre des Affaires étrangères du Kazakhstan.
M. Tokayev a annoncé le 16 mars des réformes constitutionnelles visant à limiter les pouvoirs de la présidence, qui toucheront un quart de la Constitution.
Selon M. Vassilenko, « l’essentiel est qu’il y aura un système politique plus compétitif qui permettra, entre autres, un processus plus ouvert d’enregistrement des partis politiques ».
Tout en soulignant l’importance des propositions, le vice-président de la délégation du Parlement européen auprès de ses pairs en Asie centrale (DCAS), le député européen Andris Ameriks, a déclaré : « il est trop tôt pour dire maintenant si nous pouvons ou non y croire. »
La mise en œuvre est la clé
Pour M. Devigne, si les réformes s’alignent sur les accords régissant les relations entre l’UE et le Kazakhstan. « ce qui va compter, c’est la mise en œuvre ».
« Si personne n’est condamné ou si ce sont des gens de très bas niveau, c’est une indication, je veux dire, nous savons tous comment cela fonctionne », a-t-il ajouté plus tard.
Les groupes de défense des droits de l’homme, avec à leur tête Human Rights Watch, ont déclaré que les forces de sécurité de l’État avaient fait un usage excessif de la force lors des manifestations et ont appelé l’UE et les États-Unis à « demander une enquête internationale sur les événements de janvier » si les autorités ne prennent pas de mesures.
Interrogé sur les appels à l’ouverture d’une enquête internationale, M. Vassilenko a déclaré : « Il n’existe pas d’enquête indépendante qui puisse être reconnue par la législation kazakhe ou à laquelle les tribunaux kazakhs puissent donner suite ».
Évoquant les 3 600 affaires pénales en cours d’instruction, il a déclaré que la majorité d’entre elles sont liées au vol, au pillage, à la possession ou au vol d’armes à feu, mais 45 sont des affaires de terrorisme et 15 sont liées à la trahison d’État. En outre, 250 autres affaires pénales ont été lancées à la suite d’allégations de torture.
« Par principe, je pense que demander une enquête indépendante signifie qu’il y a un manque de confiance dans la capacité des forces de l’ordre du Kazakhstan à mener une enquête équitable. Ce scepticisme, bien sûr, est compréhensible compte tenu de l’histoire passée, peut-être, mais je dirais que dans le nouveau Kazakhstan, ce scepticisme devrait également appartenir au passé », a-t-il ajouté.
Faisant la distinction entre les changements qui « devraient avoir » et ceux qui « auront » lieu, Christopher Primiano, directeur du Centre d’études sur la Chine et l’Asie centrale (CCASC), a déclaré qu’il était « sceptique quant au fait que les changements qui devraient avoir lieu auront effectivement lieu ».
Une réforme ambitieuse
Selon lui, l’introduction d’élections de maires, par exemple, est un outil de responsabilisation essentiel qui permet aux « personnes de sentir qu’elles adhèrent au système, qu’elles en font partie en raison de leur participation aux scrutins ».
S’agissant de l’élection des gouverneurs régionaux, M. Vassilenko a déclaré que le président avait proposé aux assemblées locales de choisir entre les deux options qu’il proposait. En fonction de leur décision, il procéderait à une nomination.
Le vice-ministre des Affaires étrangères a déclaré que la « désoligopolisation, la démonopolisation du pays » est l’objectif premier sur le plan économique.
« Toutes les questions sont sur la table. Nous sommes en effet au début de ce processus », a-t-il ajouté.
Luca Anceschi, professeur d’études eurasiennes à l’Université de Glasgow, estime que les promesses de réforme du gouvernement vont dans la bonne direction mais « restent des aspirations ».
Selon l’universitaire, il faut « poursuivre une enquête sérieuse, approfondie et transparente sur les événements de janvier pour montrer ce qui s’est passé, qui est coupable, qui est responsable, et quel type de mesures sont mises en place pour réparer les blessures qui sont inévitablement présentes. »
Tout en étant d’accord avec M. Primiano sur l’importance de diminuer les inégalités, il estime que la réduction de la dépendance aux exportations d’hydrocarbures sera centrale.
« Avoir une économie moins dépendante du pétrole et du gaz fera non seulement un Kazakhstan plus durable pour la génération à venir, mais aussi une économie équitable », a déclaré le professeur, « parce que beaucoup de monopoles qui ont été construits au cours des 30 dernières années sont basés sur le secteur de l’énergie. »
« Donc aucune piste n’est écartée, comme on dit », a déclaré M. Vassilenko au sujet des enquêtes sur les événements de janvier.
Quant au scepticisme des professeurs à l’égard des réformes proposées, il a suggéré aux participants de « se revoir à la fin de cette année ».