Une épée de Damoclès au-dessus de la libéralisation des visas
L'UE hier (8 novembre) a suspendu les exigences de visa pour les citoyens d'Albanie et de Bosnie Herzégovine. Toutefois, un mécanisme de contrôle sans précédent a été mis en place, et ce dernier pourrait réintroduire le régime des visas pour plusieurs pays des Balkans occidentaux en cas de difficultés.
L'UE hier (8 novembre) a suspendu les exigences de visa pour les citoyens d'Albanie et de Bosnie Herzégovine. Toutefois, un mécanisme de contrôle sans précédent a été mis en place, et ce dernier pourrait réintroduire le régime des visas pour plusieurs pays des Balkans occidentaux en cas de difficultés.
Les citoyens d'Albanie et de Bosnie Herzégovine en possession de passeports biométriques pourront voyager vers et dans l'espace Schengen sans visa. C'est ce qu'ont décidé les ministres européens hier. Cette mesure, qui sera en vigueur d'ici mi-décembre, permettra à ces citoyens de passer Noël à l'intérieur des frontières de l'espace Schengen.
Cette décision verra l'Albanie et la Bosnie Herzégovine rejoindre la Macédoine, le Monténégro et la Serbie qui sont passés au régime sans visa le 19 décembre 2009 (voir « Background »).
Toutefois, plusieurs Etats membres ont été affectés négativement par cette politique de libéralisation des visas. Une vague de demandeurs d'asile en provenance de Macédoine et de Serbie, principalement des Roms d'ethnicité albanaise, ont déferlé sur la Suède, la Belgique et l'Allemagne notamment.
Afin de régler ce problème, les ministres de l'UE ont décidé de mettre en place un mécanisme de suivi pour le processus de libéralisation des visas dans les Balkans occidentaux. Ce mécanisme pourra s'appliquer pour l'Albanie et la Bosnie Herzégovine, mais aussi pour la Macédoine, le Monténégro et la Serbie.
Selon un communiqué du Conseil, ce mécanisme permet à la Commission de proposer, si nécessaire, la suspension du régime sans visa, surtout en cas de difficultés. La Commission est chargée de minutieusement contrôler la situation et de faire des rapports réguliers au Conseil et au Parlement européen.
La France, qui s'était opposée à la libéralisation des visas pour l'Albanie et la Bosnie Herzégovine, n'a pas voté contre cette décision lors de la réunion. Le ministre français à l'Immigration, Eric Besson, a déclaré aux journalistes que son pays ne pouvait pas nier le fait que l'Albanie et la Bosnie Herzégovine avaient rempli les conditions nécessaires à la libéralisation des visas.
La France croit en la libéralisation des visas, a dit M. Besson, mais il a rappelé que l'envolée des demandes d'asile en provenance de Serbie et de Macédoine n'était pas viable.
Il a ajouté que la France ne pouvait pas simplement dire à Tirana et à Sarajevo : « Désolés, mais nous allons vous demander de payer pour les deux derniers pays avant vous [Serbie et Macédoine] qui nous ont déçus ».
Cependant, le ministre a souligné que les régimes sans visa seraient suspendus si le processus ne se passait pas bien.
Problèmes à la frontière grecque
M. Besson a dit que les ministres avaient menés des discussions inhabituellement franches sur ce qu'il appelle la frontière poreuse entre la Grèce et la Turquie dans la zone de la rivière Evros via laquelle des milliers d'immigrants illégaux ont pénétré en UE.
Le fonctionnaire français, qui a visité il y a quelques jours la zone frontalière en question, a déclaré que ses collègues avaient parlé à de jeunes immigrants illégaux dans des camps grecs qui leur ont dit qu'ils voulaient venir en France.
Lorsqu' EURACTIV a demandé à M. Besson si la France était opposée au fait que la Bulgarie et la Roumanie rejoignent l'espace Schengen, il a répondu que ce problème serait géré en temps voulu. La Bulgarie et la Roumanie espèrent rejoindre l'espace Schengen début 2011.
Concernant l'accès de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'espace Schengen et le fait qu'elles deviennent plus vulnérables face aux demandeurs d'asile arrivant en Grèce via la Turquie, M. Besson a déclaré qu'il s'agissait d'une raison supplémentaire pour la France de rester vigilante.