Une liste défendant la chasse et la ruralité aux élections européennes

Le président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, a officialisé lundi sa candidature aux élections européennes à la tête d’une liste défendant la « ruralité » contre les « technocrates » et les normes européennes, dans le sillage du Mouvement agriculteur-citoyen hollandais.

EURACTIV France avec AFP
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En France, un précédent a eu lieu en 1999, avec la liste Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT), conduite par Jean Saint-Josse. Elle avait récolté  6,77% des voix et obtenu six eurodéputés au Parlement européen. [Mike Mareen / Shutterstock]

Le président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, a officialisé lundi (6 novembre) sa candidature aux élections européennes à la tête d’une liste défendant la « ruralité » contre les « technocrates » et les normes européennes, dans le sillage du Mouvement agriculteur-citoyen hollandais (BBB).

Connu pour son franc-parler dans les médias français, le porte-parole et défenseur des chasseurs Willy Schraen a confirmé lundi à France Bleu Nord qu’il conduira la liste « Touche pas à ma ruralité » aux prochaines élections européennes.

Chasseurs, pêcheurs, amateurs de tauromachie, agriculteurs… Le président de la Fédération nationale des chasseurs entend défendre les intérêts des gens de la ruralité, ceux « qui sont pratiquement des parias vis-à-vis de l’Europe et vis-à-vis d’une partie minoritaire de cette société française », a-t-il expliqué.

« Touche pas à ma ruralité » : un message adressé aux « technocrates », à l’« élite européenne », aux normes et aux réglementations.

« Les lois font partie de l’emmerdement quotidien des Français, il y a des gens qui font des lois toutes les semaines et vous avez les braves gens au bout qui les prennent en pleine figure », poursuit le patron des chasseurs, prenant l’exemple de l’interdiction des voitures thermiques en 2035, par l’Union européenne.

Le candidat fustige une interdiction prise par une « centaine de technocrates », en pleine crise, alors même que, selon lui, beaucoup n’auront jamais les moyens d’acheter une voiture électrique. Les « directives européennes dictent nos vies bien plus qu’on ne le pense », martèle-t-il.

Autre cible de Willy Schraen : l’écologie « punitive » et « animaliste » : « Est-ce que, demain, on aura le droit de monter sur le dos d’un cheval, je n’en suis pas sûr ; mettre un ver de terre sur un hameçon, je n’en suis pas sûr ; manger une côte de bœuf sur un barbecue, je n’en suis pas sûr  ! »

Malaise au RN

Le personnage gouailleur, jouissant d’une certaine sympathie dans le monde rural, pourrait porter préjudice au Rassemblement National (RN) en marchant sur ses plates-bandes électorales. Depuis l’officialisation de sa candidature, les membres du parti de Marine Le Pen portent les attaques sur sa proximité avec l’Élysée, lui qui avait appelé à voter pour Emmanuel Macron dès le premier tour en 2022.

Ces soupçons prennent d’autant plus de poids que l’artisan de cette liste n’est autre que Thierry Coste, lobbyiste des chasseur, et proche, selon lui, du président de la République. Ce dernier a d’ailleurs augmenté les coups de pouce financiers au monde de la chasse depuis 2017.

D’après le Figaro, les deux porte-paroles de la chasse française ont demandé l’aval du chef de l’État avant de se lancer dans la campagne, lequel aurait accepté. Il faut dire qu’une division de l’électorat du Rassemblement National — en tête des intentions de vote — et dans une moindre mesure celui des Républicains (LR, PPE), ferait l’affaire du parti présidentiel (Renaissance, Renew).

« Willy Schraen, président des chasseurs, et son lobbyiste Thierry Coste sont chargés par l’Élysée de monter une liste aux élections européennes. Leur but ? Faire baisser l’écart entre la liste RN et celle de la majorité présidentielle en prenant des voix à Jordan Bardella [tête de liste du RN] », a déclaré sur X (ex-Twitter) la députée RN Marine Hamelet.

Réponse de Willy Schraen sur France Bleu Nord : « Ça les emmerde tous, mais Schraen est un mec libre ».

Dans le sillage du Mouvement agriculteur citoyen hollandais

Opposer une écologie de la ruralité à une écologie punitive portée par les écologistes, et fustiger les normes européennes : telles sont les revendications du célèbre Mouvement agriculteur-citoyen qui prend de l’ampleur aux Pays-Bas. Ce dernier, pour le moment favori pour les élections européennes, s’est illustré en s’opposant violemment à la législation sur les émissions d’azote, au côté des agriculteurs.

« Nous n’avons pas de grandes prétentions, nous voulons dire aux gens “vous avez des valeurs, vous avez un mode vie… On va surtout se battre pour les préserver. Le travail des politiques n’est pas de compliquer vie des gens, mais de la simplifier », insiste le candidat français, dans le sillage du BBB.

En France, un précédent a eu lieu en 1999, avec la liste Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT), conduite par Jean Saint-Josse. Elle avait récolté 6,77 % des voix et obtenu six eurodéputés au Parlement européen.

De son côté Willy Schraen espère passer le cap des 3 % pour avoir droit au remboursement des frais de campagne, et « peut-être 5 % pour avoir des élus », mais doit auparavant « résoudre l’équation financière » — deux millions d’euros sont pour mener campagne. La liste et les membres de « Touche pas à ma ruralité » seront dévoilés au mois de décembre.