Une « Maison de l'Histoire » européenne trop coûteuse pour les eurosceptiques
Les projets de création d'un musée pour célébrer l'Histoire de l'Union européenne ont suscité une controverse cette semaine, notamment du fait des coûts exorbitants et des plaintes d'eurodéputés eurosceptiques concernant de possibles conflits d'intérêts. Hier (6 avril), les parlementaires ont donné leur feu vert pour fonder l'institution à condition de réduire les coûts et d'élaborer un vrai plan de financement.
Les projets de création d'un musée pour célébrer l'Histoire de l'Union européenne ont suscité une controverse cette semaine, notamment du fait des coûts exorbitants et des plaintes d'eurodéputés eurosceptiques concernant de possibles conflits d'intérêts. Hier (6 avril), les parlementaires ont donné leur feu vert pour fonder l'institution à condition de réduire les coûts et d'élaborer un vrai plan de financement.
La « Maison de l'Histoire européenne », une idée originale de l'ancien président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, devrait ouvrir ses portes au public en 2014.
Mais beaucoup reste à faire et la controverse entoure le projet depuis le début, certains eurodéputés s'insurgeant quant à son objectif exact et son coût total.
Le musée, considéré comme « une partie essentielle de la stratégie d'information et de communication du Parlement », se concentrera sur « l'histoire politique, économique et sociale de l'Europe et de l'intégration européenne, y compris ses origines et ses accomplissements, d'une perspective européenne et non purement nationale », selon une demande de financement consultée par EURACTIV.
La rénovation et l'aménagement du bâtiment Eastman à Bruxelles, qui devrait accueillir le musée, coûtera 52,4 millions d'euros, révèle le document. Une fois ouvert au public, le musée aura besoin d'environ 13,5 millions d'euros par an pour fonctionner.
Dans le même temps, les estimations du coût total du musée ont plus que doublé pour atteindre 156 millions d'euros avant même que le travail n'ait commencé, selon le Daily Telegraph.
Les estimations des coûts initiaux, qui concernent la location des locaux du musée, les rénovations et le lancement de l'exposition, ont grimpé à 129 millions d'euros alors que seuleme,t 58 millions avaient été prévus au début, a calculé le Daily Telegraph.
Les coûts de fonctionnement estimés à 13,5 millions d'euros par an sont environ 80 % plus élevés que ceux prévus au départ, ajoute le quotidien.
Les porte-paroles du Parlement contactés par EURACTIV ont refusé de commenter ces chiffres.
Les eurodéputés demandent une réduction des coûts et un plan de financement
Hier, les parlementaires ont demandé qu'un plan de financement détaillé définisse « la stratégie commerciale à long terme de la Maison de l'Histoire européenne » avant qu'un accord soit conclu sur le déblocage des fonds dans leur intégralité.
Ils ont voté sur un rapport sensible, rédigé par l'eurodéputé portugais de centre-droit José Manuel Fernandes, qui détaille l'estimation du budget du Parlement européen pour 2012. Ce rapport fut adopté par une majorité de 479 votes contre 176 avec 23 abstentions.
Ayant « pris note » de l'estimation des coûts totaux lié à la Maison de l'Histoire européenne, les eurodéputés ont soutenu hier une version amendée du rapport de M. Fernandes en demandant aux responsables du Parlement de « réduire les coûts de fonctionnement estimés » du musée.
« Afin de maintenir un dialogue transparent et fructueux avec les parties prenantes, ils ont également demandé que leur soit présenté un plan de financement établissant la stratégie commerciale à long terme de la Maison de l'Histoire européenne ». Ils ont aussi demandé « d'être informés le plus tôt possible de la mise en œuvre du projet ».
En attendant de recevoir le plan de financement, la séance plénière du Parlement a accepté de mettre sur pied une réserve de deux millions d'euros pour faire avancer le projet. Le comité budgétaire avait demandé 2,5 millions d'euros au départ.
Le report du vote n'a pas été accepté
Des eurosceptiques du United Kingdom Independence Party (UKIP – Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni) ont tenté en vain hier de reporter au mois de mai le vote en plénière qui a donné le feu vert pour la création du musée, criant au conflit d'intérêt.
L'eurodéputé français Alain Lamassoure (PPE), président du comité budgétaire du Parlement qui a donné le feu vert, est membre du conseil d'administration du musée d'histoire.
« Il est déjà assez déplorable que ce projet mal conçu, inutile et ridiculement coûteux ait pu voir le jour », a déclaré l'eurodéputé Marta Andreasen du UKIP.
« Mais […], le pire de tout […] c'est que le président du comité responsable de donner le feu vert à la création de la Maison de l'Histoire européenne fasse partie de son conseil d'administration, que ce poste soit rémunéré ou non », a-t-elle ajouté.
« C'est un immense conflit d'intérêt [qui] ne serait toléré […] dans aucun autre parlement. Le tollé soulevé par le public et les médias serait accablant », s'est-elle insurgé.
Des accusations de conflit d'intérêt réfutées
M. Lamassoure a personnellement rejeté les objections de l'UKIP quant à son rôle.
« Il y a des divergences d'opinion entre les différents groupes politiques. Mais je ne peux pas permettre […] à Mme. Andreasen […] de dire […] qu'il y a conflit d'intérêt » entre le poste de président du comité budgétaire et celui de membre du conseil d'administration de la Maison de l'Histoire européenne, a-t-il déclaré.
« Je ne siège pas [au conseil d'administration] en tant qu'individu. J'y suis ex officio en tant que président du comité budgétaire afin de le représenter dans cet organisme », a ajouté M. Lamassoure.
En effet, d'autres présidents de comités parlementaires siègent au conseil d'administration du musée et y remplissent des rôles similaires, comme la présidente de la commission de la culture, l'eurodéputée Doris Pack (PPE; Allemagne).
« Franchement, si vous prenez le terme « conflit d'intérêt » dans de telles circonstances, je pense que ça ne reflète pas les faits », a déclaré M. Lamassoure qui fut applaudi par ses collègues de la Chambre.
La Maison de l'Histoire européenne devrait couvrir les évènements après 1946 dans la mesure où les eurodéputés n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur la manière d'aborder les évènements de la Seconde Guerre mondiale.
Le musée se concentrera plutôt sur « les racines des valeurs européennes communes », peut-on lire dans le document qui prévoit le projet.