Une offre hostile pour Nabucco par une société russe [FR]

Une société pétrolière et gazière russe que l’on estime proche du Premier ministre Vladimir Poutine, s’est arrogé une participation dans le groupe pétrochimique hongrois MOL, dans le but de prendre le contrôle de ce membre clé du consortium du gazoduc Nabucco, ont affirmé certains experts à EURACTIV.

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Une société pétrolière et gazière russe que l’on estime proche du Premier ministre Vladimir Poutine, s’est arrogé une participation dans le groupe pétrochimique hongrois MOL, dans le but de prendre le contrôle de ce membre clé du consortium du gazoduc Nabucco, ont affirmé certains experts à EURACTIV.

Se confiant à EURACTIV sous couvert d’anonymat, des experts internationaux du domaine de l’énergie ont regretté « l’aveuglement » de l’Ouest face à ce qu’il ont décrit comme une tentative du Kremlin d’interférer dans les projets européens de construire une politique étrangère énergétique.

L’Autriche, l’Allemagne et l’Italie ont été pointés du doigt comme des pays dont les leaders qui « pensaient faire des affaires en or » avec la Russie, avaient en réalité été manipulés par le Kremlin.

Ces avertissements coïncident avec les préparations par l’UE et la Russie d’un sommet bilatéral les 21 et 22 mai, pendant lequel les questions de sécurité énergétique domineront les débats. 

L’offre de MOL a des « motifs politiques » 

Selon les experts, les motivations politiques du Kremlin ont été mises à nu quand la société pétrolière russe Surgutneftgas a récemment pris le contrôle de 21,2 % du géant pétrochimique hongrois MOL. 

Surgutneftgas, une mystérieuse compagnie pétrolière connue pour ses liens étroits avec le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a consacré 1,4 milliard d’euros à la conclusion du marché, plus de deux fois sa valeur sur le marché, ont fait remarquer les experts tout en minimisant l’importance stratégique de l’opération. 

L’accord a eu lieu les 29 et 30 mars, au centre d’une crise politiques ayant vu la démission de l’ex-Premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsány (EURACTIV 23/03/09). Mais Gordon Bajnaj, le remplaçant de M. Gyurcsány, a ultérieurement dénoncé l’accord. Selon le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Balázs, le problème dans l’affaire est de savoir qui est exactement tire les ficelles. Les méthodes russes se basent sur des traditions byzantines et non sur une éthique protestante : il est très difficile de négocier avec cette culture, a-t-il déclaré à EURACTIV Hongrie dans un entretien récent (EURACTIV 24/04/09). 

Braquage à l’autrichienne 

D’autres officiels hongrois ont suggéré que la Russie procédait par le biais d’OMV, un groupe gazier et pétrolier autrichien qui avait tenté sans succès d’acquérir MOL en 2007.

En juin 2007, OMV a lancé une offre non sollicitée sur MOL, qu’a rejeté la société hongroise. La Commission européenne a aussi fait part de son opposition à l’acquisition hostile, mentionnant des inquiétudes en matière de concurrence. 

La tentative d’acquisition avortée a ultérieurement poussé OMV à vendre la part restante de 21 % de MOL à la société russe Surgutneftgas. L’accord, signé en mars de cette année, a été qualifié par MOL de peu amical. 

La société autrichienne rejette les accusations de manipulations par Moscou. Le porte-parole d’OMV, Thomas Huemer, a rappelé une déclaration faite en 2007 par Zsolt Hernadi, le directeur exécutif de MOL, qui avait déclaré préférer une reprise par une société russe que de céder le contrôle à PMV. Ce rêve est maintenant devenu réalité, conclut M. Huemer. 

Surgutneft est maintenant le quatrième plus gros actionnaire de MOL, sans avoir encore obtenu l’approbation formelle des autorités hongroises d’être enregistrée, en tant qu’actionnaire. Une réunion des actionnaires qui s’est tenue directement après la prise de contrôle a pris des mesures pour préserver leur indépendance. 

Selon les experts, Surgutneftgas devrait maintenant faire monter la pression pour déloger la direction hongroise de MOL et la remplacer par une équipe pro-russe. 

La stratégie, selon eux, est clairement de faire obstacle à la construction du projet de gazoduc Nabucco.

Lors d’une déclaration à la presse russe, le ministre russe de l’Energie, Sergei Shmatko, a démenti que Surgutneftgas veuille bloquer Nabucco. Les parts de Surgutneftgas dans MOL ne peuvent pas constituer une minorité de blocage, a-t-il déclaré. L’intérêt de Surgutneftgas est, en achetant les parts hongroises, d’améliorer ses capacités de travail, qui sont insufisantes en Russie, selon ses mots.