Une pétition citoyenne anti-pesticide suscite la controverse au Parlement européen
Une pétition de citoyens et d’ONG demandant l’interdiction des pesticides de synthèse a suscité la controverse lors de sa présentation au Parlement durant un débat auquel ont participé la Commission européenne et les eurodéputés des commissions de l’Agriculture et de l’Environnement.
Une pétition de citoyens et d’ONG demandant l’interdiction des pesticides de synthèse a suscité la controverse lors de sa présentation au Parlement européen durant un « débat animé » auquel ont participé la Commission et les eurodéputés de la commission de l’Agriculture (AGRI) et de l’Environnement (ENVI).
L’initiative citoyenne européenne (ICE) « Sauvons les abeilles et les agriculteurs ! Vers une agriculture respectueuse des abeilles pour un environnement sain » a été présentée mardi (24 janvier) au Parlement européen lors d’une audition publique de quatre heures.
La pétition, signée par plus d’un million de personnes, exige que l’UE se fixe des objectifs contraignants pour réduire les pesticides de synthèse de 80 % en 2030 et les interdire complètement d’ici 2035. Elle demande également la mise en place de mesures de restauration de la biodiversité sur les terres agricoles et un soutien aux agriculteurs en transition agroécologique.
« Il n’y a pas d’alternative à la réduction des pesticides si nous voulons garantir l’approvisionnement alimentaire à long terme », a confié le co-organisateur de la pétition et chimiste environnemental de l’organisation environnementale autrichienne indépendante GLOBAL 2000, Helmut Burtscher-Schaden, lors de l’audition.
La pétition a reçu une réaction largement positive de la part de Claire Bury, directrice générale adjointe de la DG santé et sécurité alimentaire de la Commission européenne, qui a déclaré que l’exécutif européen avait entendu « très clairement » que « les citoyens veulent une alimentation saine sans pesticides ». Elle a également souligné que la réduction de la dépendance aux pesticides devait être à la fois « progressive et ambitieuse ».
Pour y parvenir, elle a cité des actions en vue de « simplifier et d’accélérer l’accès aux alternatives biologiques » aux pesticides. Elle a aussi évoqué le potentiel des nouvelles technologies génétiques.
Néanmoins, bien que la pétition ait été soutenue par la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI) du Parlement européen et par le centre gauche, la Gauche et les Verts/ALE, elle a été moins bien accueillie par le centre droit du Parlement.
Par exemple, l’eurodéputé du Parti populaire européen (PPE) de centre droit et rapporteur de la Commission de l’agriculture et du développement rural (AGRI) chargé de la stratégie « de la ferme à la table », Herbert Dorfmann, a appelé les organisateurs de l’ICE à « respecter nos différents points de vue ».
Il a ajouté qu’il « souhaitait avoir plutôt des échanges sur la manière dont nous pouvons améliorer les choses que de simplement critiquer ce qui ne va pas ».
Cependant, d’autres eurodéputés, comme Tiemo Wölken du groupe des Socialistes et Démocrates, se sont opposés aux interventions du PPE en soulignant la nécessité « d’atteindre l’objectif » de réduire de moitié l’utilisation des pesticides d’ici 2030, tel qu’il est défini dans la politique alimentaire phare de l’UE, la stratégie « de la ferme à la table ».
« Il est clair que cela ne sert à rien si un groupe politique majeur déclare, avec des arguments fallacieux, que nous n’avons pas besoin de faire des efforts [pour atteindre l’objectif] », a-t-il déclaré. Pour sa part, l’eurodéputée de la Gauche Anja Hazekamp a dénoncé le lobby « vicieux » qui s’oppose aux projets de réduction de l’utilisation des pesticides.
La société civile fait front uni
Après avoir écouté les interventions des législateurs de l’UE, la responsable de la politique alimentaire de Slow Food Europe, Madaleine Coste, a reproché aux eurodéputés de centre droit d’alimenter les craintes liées à la sécurité alimentaire et de « propager de faux récits » selon lesquels les ONG agissent contre les agriculteurs.
Elle a également souligné que « ce sont les systèmes alimentaires non durables qui conduiront à l’insécurité alimentaire » plutôt qu’une réduction des pesticides.
De son côté, le professeur de l’université néerlandaise de Wageningen, Jeroen Candel, a fait remarquer qu’« il n’y a pas un seul scientifique crédible en Europe qui soutiendrait que le règlement sur les pesticides représente un risque pour la sécurité alimentaire européenne ».
Au contraire, il a indiqué qu’il existait un « niveau élevé de consensus » sur le fait que le changement climatique et la perte rapide de biodiversité et constituent les « plus grandes menaces pour la durabilité et la résilience de notre système alimentaire ».
Le plan de l’UE pour protéger les pollinisateurs sauvages
L’audition publique fait suite à la révision récemment annoncée par la Commission de l’initiative européenne sur les pollinisateurs, qui vise à inverser le déclin des pollinisateurs sauvages d’ici 2030.
Les pollinisateurs sauvages, notamment les abeilles, les guêpes, les syrphes, les papillons, les mites et les coléoptères, jouent un rôle clé dans la sécurité alimentaire, puisqu’ils contribuent directement à environ un tiers de la production alimentaire mondiale.
« L’extinction des pollinisateurs entraînerait l’effondrement des écosystèmes », a prévenu le commissaire à l’Environnement et aux Océans Virginijus Sinkevičius lors d’une conférence de presse.
L’initiative sera axée sur l’atténuation de l’impact de l’utilisation des pesticides sur les pollinisateurs, sur la conservation des espèces et des habitats ainsi que sur la restauration des habitats dans les paysages agricoles. De plus, l’agriculture respectueuse des pollinisateurs sera soutenue dans le cadre de la politique agricole commune (PAC).
« Nous savons que l’utilisation des pesticides constitue un facteur important du déclin des pollinisateurs », a déclaré M. Sinkevičius. Le commissaire a ajouté qu’« une partie de la solution consiste en des exigences juridiques plus strictes visant à assurer la lutte intégrée contre les organismes nuisibles, conformément à la proposition de règlement sur l’utilisation durable des pesticides (SUR). »
Selon le commissaire, la proposition révisée de l’initiative européenne sur les pollinisateurs « va constituer l’instrument clé pour réduire les risques et l’utilisation des pesticides » et va également soutenir les initiatives phares de l’UE telles que la stratégie « de la ferme à la table » et la stratégie en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]