Une philosophe hongroise provoque un clash au Parlement européen
Le gouvernement hongrois de centre-droit de Viktor Orbán « est en train de criminaliser 20 ans de transition démocratique dans le pays », a déclaré hier (1e mars) une éminente philosophe hongroise au Parlement européen. Des eurodéputés proches du gouvernement de M. Orbán l'ont qualifiée de « menteuse ».
Le gouvernement hongrois de centre-droit de Viktor Orbán « est en train de criminaliser 20 ans de transition démocratique dans le pays », a déclaré hier (1e mars) une éminente philosophe hongroise au Parlement européen. Des eurodéputés proches du gouvernement de M. Orbán l'ont qualifiée de « menteuse ».
passionné visant à rappeler aux Européens de rester alertes sur les tendances anti-démocratiques qui existent en Hongrie, en ce moment dirigée par le gouvernement de Viktor Orbán.
S’exprimant lors d’un débat ouvert organisé par les Verts/Alliance libre européenne, Mme Heller, qui a quitté le pays en 1977 et a effectué une carrière universitaire en Australie et aux Etats-Unis, a lourdement critiqué le gouvernement hongrois qui « abuse de sa majorité législative pour démanteler méthodiquement les valeurs démocratiques ».
Le gouvernement de M. Orbán n’est pas conservateur mais révolutionnaire, a affirmé Mme Heller, car le premier ministre a parlé d’une « révolution » lorsque son parti a remporté les deux tiers des sièges au parlement le 25 avril 2010.
« C'est une révolution qui criminalise 20 ans de tradition démocratique en Hongrie », a déclaré Mme Heller. Elle a insisté sur le fait qu'elle ne s'exprimait pas en tant que femme politique mais bien en tant qu' « intellectuelle libérale ».
Elle a affirmé que M. Orbán cherchait à « criminaliser » les anciens gouvernements de Ferenc Gyurcsány et de Gordon Bajnaj en adoptant une loi rétroactive qui considérerait l’augmentation de la dette nationale comme un crime. Dans le cadre de cette loi, a-t-elle argué, tous les membres du précédent gouvernement mené par les socialistes pourraient être poursuivis comme des criminels.
Mme Heller a également critiqué d’autres lois rétroactives adoptées en Hongrie, telle que celle sur les taxes spéciales imposées aux entreprises étrangères, ainsi que sur la nationalisation des programmes de retraites privés.
Mme Heller a également mentionné la loi controversée sur les médias, que les autorités hongroises ont récemment décidé de réviser. Elle a affirmé que malgré l’approbation de la loi par la Commission, l’idée directrice de la loi restait la même, à savoir que l’autorité de supervision demeurerait contrôlée à 100 % par le parti au pouvoir.
La philosophe a déclaré que dans les pays démocratiques, ce sont les médias qui contrôlent le gouvernement, alors qu’en Hongrie, le gouvernement avait adopté une loi lui permettant de contrôler les médias.
Elle a également exprimé des inquiétudes quant au fait que M. Orbán ait exprimé ses espoirs de voir la loi hongroise sur les médias devenir un exemple à suivre pour les autres pays.
Illustrant son idée selon laquelle le gouvernement en place était en train de détruire les valeurs démocratiques, elle a affirmé que le chef d’Etat actuel, Pál Schmitt, qui fait parti du Fidesz et a prêté serment le 6 août, était une « marionnette ».
Un débat hongrois
Les déclarations de Mme Heller ont suscité une vive réaction de la part des eurodéputés proche du Fidesz au pouvoir. Près de la moitié du public présent dans la salle de réunion était hongrois.
L'eurodéputée Krisztina Morvai, du parti nationaliste Jobbik, s'en est prise à Mme Heller en la traitant de « menteuse » et en l'accusant d'être restée muette lorsque le gouvernement précédent « avait tiré sur les manifestants ». En 2006, la police hongroise avait tiré des balles en caoutchouc et lancé des bombes lacrymogènes pour disperser des milliers de manifestants anti-gouvernement qui marchait vers le parlement lors du 50e anniversaire du soulèvement du pays contre le pouvoir soviétique.
L'eurodéputé du Fidesz, György Schöpflin, est resté plus réservé, expliquant à l'audience qu'au cours des 20 années de transition en Hongrie, il y avait eu deux versions complètement différentes des évènements, une du centre-gauche et l'autre du centre-droit. Mme Heller est clairement en faveur d'une de ces deux versions, a-t-il expliqué.
D'autre eurodéputés du Fidesz ont aussi reproché à Mme Heller son présumé manque d'objectivité et ont déclaré qu'elle n'était pas qualifiée pour parler de la Hongrie, dans la mesure où selon eux, elle ne vit plus dans le pays depuis des années.
Mme Heller a également été critiquée pour avoir traité le président hongrois de « marionnette ». Un eurodéputé a souligné que l'ancien président Árpád Göncz (1990-2000) était lui aussi très proche des socialistes alors au pouvoir.
L'eurodéputée allemande Helga Trüpel, qui présidait la réunion, a déclaré que les modifications opérées dans la loi hongroise sur les médias avaient été jugées insuffisantes par les eurodéputés et que la Commission avait fermé les yeux sur le vrai problème, à savoir l'organisme de supervision qui ne représente qu'un parti. Elle a affirmé que le Parlement était déterminé à maintenir la pression pour obtenir davantage de changements.