Ursula von der Leyen scelle un accord avec Donald Trump pour éviter des droits de douane de 30 % sur l’UE

L’UE et les États-Unis ont conclu un accord prévoyant 15 % de droits de douane sur les produits européens, alors que Washington devait imposer le mois prochain des droits de 30 % qui auraient profondément déstabilisé les échanges transatlantiques.

AFP / EURACTIV.com
EU Commissioners College meeting in Brussels
Ursula von der Leyen. [EPA/OLIVIER MATTHYS]

L’accord a été annoncé dimanche 27 juillet après une rencontre entre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président américain, Donald Trump à Turnberry, en Écosse. Il prévoit que l’UE sera soumise à un droit de douane de 15 % sur « les automobiles et tout le reste », selon Donald Trump.

Bruxelles achètera également pour 750 milliards de dollars d’énergie américaine et investira 600 milliards de dollars outre-Atlantique « en plus » de ce qu’elle a déjà promis, a ajouté le républicain.

Il a aussi souligné que l’UE achètera une « grande quantité d’équipements militaires [américains] » et « ouvrira » ses marchés pour permettre aux exportations américaines d’entrer sur le continent sans droits de douane.

Le locataire de la Maison-Blanche a qualifié cet accord de « plus grand » jamais conclu dans le domaine commercial, le présentant comme un symbole d’« unité et d’amitié ».

Aux côtés de Donald Trump, Ursula von der Leyen a déclaré que cet accord « énorme » apporterait « stabilité [et] prévisibilité » aux entreprises « des deux côtés de l’Atlantique ».

« Il s’agit d’un tarif douanier de 15 % applicable à tous les produits, sans exception », a expliqué Ursula von der Leyen, qui préside l’institution chargée de superviser la politique commerciale de l’Union. « 15 %, ce n’est pas négligeable, mais c’est le mieux qu’on pouvait obtenir », a-t-elle reconnu.

Cet accord survient après plusieurs mois d’intenses négociations, menées dans un contexte de fortes tensions liées aux hausses tarifaires décidées par Washington, qui ont perturbé les chaînes d’approvisionnement et alimenté l’inquiétude économique en Europe.

Donald Trump avait précédemment annoncé des droits de 50 % sur l’acier et l’aluminium, de 25 % sur les voitures et les pièces automobiles, et de 10 % sur la plupart des autres exportations de l’UE, ce qui représente environ 370 milliards d’euros de marchandises européennes, soit 70 % des exportations de l’Union européenne vers les États-Unis.

Ces taxes s’ajoutaient aux droits moyens de 4,8 % que les exportateurs européens devaient déjà acquitter avant le retour de Donald Trump au pouvoir en janvier.

Au début du mois, Donald Trump avait également menacé d’introduire un « droit de douane réciproque » de 30 % sur les exportations de l’UE à partir du 1er août. Celui qui se surnomme lui-même le « Tariff Man » (l’Homme des droits de douane) avait en outre promis d’imposer des droits « sectoriels » supplémentaires sur une série de produits, notamment les produits pharmaceutiques, les semi-conducteurs et les avions.

S’adressant aux journalistes après la rencontre, Ursula von der Leyen a précisé que l’accord-cadre prévoit que les produits pharmaceutiques et les semi-conducteurs seront eux aussi soumis à une taxe de 15 %, tandis que les exportations d’acier et d’aluminium de l’UE seront soumises à un « système de quotas » dans lequel une certaine quantité de métaux sera taxée à moins de 50 %.

L’UE et les États-Unis renonceront également complètement aux droits de douane sur les avions, équipements de semi-conducteurs, matières premières essentielles et « certains » produits chimiques, génériques et agricoles, a-t-elle ajouté, précisant que Bruxelles « continue à travailler pour ajouter d’autres produits à cette liste ».

Avant la réunion de dimanche, Donald Trump avait explicitement exclu les produits pharmaceutiques de tout accord. « Les produits pharmaceutiques n’en feront pas partie, car nous devons les fabriquer aux États-Unis, et nous voulons qu’ils soient fabriqués aux États-Unis », avait-il martelé.

Les États-Unis sont la première destination des exportations pharmaceutiques de l’UE, avec 120 milliards d’euros de produits pharmaceutiques et médicaux expédiés outre-Atlantique l’année dernière.

Les détails de l’accord doivent encore être réglés « dans les prochaines semaines », a indiqué Ursula von der Leyen.

L’accord doit encore être validé par les États membres. Leurs ambassadeurs, en déplacement au Groenland, ont été informés dimanche matin des dernières tractations, et devront se concerter pour le valider.

Les échanges transatlantiques sont actuellement estimés à 1 700 milliards d’euros par an.

Un accord timidement salué par les entreprises et les dirigeants de l’UE

L’annonce a été bien accueillie par les entreprises de l’UE ainsi que plusieurs dirigeants.

« L’accord a permis d’éviter un conflit commercial qui aurait durement touché l’économie allemande, orientée vers l’exportation », a affirmé le chancelier allemand Friedrich Merz, ajoutant que cela était « particulièrement vrai » pour le secteur automobile, fleuron de l’économie allemande. Il a toutefois fait savoir qu’il aurait souhaité « davantage d’allègements ».

« Je considère positif qu’il y ait un accord », a commenté de son côté la Première ministre italienne Giorgia Meloni, expliquant toutefois qu’elle doit encore en étudier les détails. Dans un communiqué commun avec ses vice-Premiers ministres, Antonio Tajani et Matteo Salvini, elle indique que l’accord « évite une guerre commerciale au sein de l’Occident avec des conséquences imprévisibles ».

À Madrid, le Premier ministre Pedro Sanchez a déclaré qu’il soutenait cet accord, mais le faisait « sans aucun enthousiasme ».

En France, le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, estime que l’accord apporte « une stabilité temporaire » mais reste « déséquilibré ».

Le ministre délégué au Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin, a déclaré ne pas vouloir « que l’on s’arrête à ce qui s’est passé [dimanche] », car « ce serait effectivement assumer que l’Europe n’est pas une puissance économique. Et surtout, il y a un enjeu politique derrière ». « Est-ce que […] l’Union européenne est une force ? Si on veut que la réponse soit oui, alors la messe ne doit pas être dite », a-t-il déclaré sur France Inter lundi 28 juillet. Il juge lui aussi l’accord « déséquilibré ».

Le Premier ministre français François Bayrou s’est montré encore moins favorable à cet accord, regrettant « un jour sombre » pour l’Europe qui « se résout à la soumission ».

Fredrik Persson, président de BusinessEurope, un lobby basé à Bruxelles, a déclaré que cet accord éviterait « une escalade tarifaire qui serait extrêmement préjudiciable aux entreprises et aux consommateurs des deux côtés » de l’Atlantique.

« Nous devons encore examiner les détails et espérons qu’une solution sera bientôt trouvée pour les secteurs importants qui semblent être exclus de l’accord », a-t-il ajouté.

« Quand on s’attend à un ouragan, on se réjouit d’une simple tempête », a concédé la fédération VCI de la chimie allemande, tandis que la Fédération allemande de l’industrie (BDI) a d’ores et déjà prédit « des répercussions négatives considérables ».

Selon deux diplomates européens, l’annonce faite dimanche signifie que le paquet de mesures de rétorsion de 93 milliards d’euros de Bruxelles sur les produits américains sera probablement suspendu. La liste, approuvée par les États membres la semaine dernière, devrait entrer en vigueur le 7 août.

Selon ces mêmes diplomates, les ambassadeurs de l’UE se réuniront lundi dans la matinée pour discuter de l’accord.