Van Rompuy veut créer deux millions d’emplois dans le bâtiment

Le président du Conseil européen va appeler à une stratégie de réduction des émissions à long terme et de rénovation profonde du parc immobilier européen. Cette stratégie pourrait créer deux millions d'emplois.

EURACTIV.com
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Le président du Conseil européen va appeler à une stratégie de réduction des émissions à long terme et de rénovation profonde du parc immobilier européen. Cette stratégie pourrait créer deux millions d'emplois.

M. Van Rompuy va participer à la conférence « Renovate Europe » le 9 octobre à Bruxelles. Les règlements européens qui obligent les nouvelles propriétés à n'émettre aucun gramme de carbone d'ici la prochaine décennie ne suffisent pas, selon lui.

« La rénovation des bâtiments est aussi indispensable parce que 90 % de ces bâtiments sont là pour durer », expliquera-t-il aux représentants de l'industrie.

« La rénovation profonde des bâtiments pourrait également stimuler l'innovation, améliorer la santé et créer près de deux millions d'emplois directs dans l'Union d'ici 2020 », selon une allocution préparée et diffusée à l’avance.

Ce discours direct du président du Conseil de l'UE est assez inhabituel. M. Van Rompuy est connu pour sa mesure et sa modestie. Il s'agit d'une « déclaration forte par un acteur fort », selon Randalll Bowie, un ancien concepteur de la politique énergétique de l'UE.

« Pour les économies qui cherchent à briser le cercle du chômage, c'est un bon début », explique à EURACTIV M. Bowie, désormais consultant en efficacité énergétique pour Rockwool, une entreprise d'isolation en laine de roche. « Une grande partie du parc immobilier doit être rénové. Le financement est là, il n'y a plus qu'à le mobiliser. »

Le parc immobilier européen représente environ 40 % de la consommation d'énergie primaire de l'UE. Des rénovations profondes dans le domaine de l'efficacité énergétique pourraient réduire la consommation d'énergie et les factures d'environ 75 %.

Outre la création d'emploi, Renovate Europe estime que l'Europe doit rénover en profondeur 3 % de toutes ses maisons chaque année si elle veut atteindre ses objectifs de décarbonisation d'ici 2050.

Une rénovation normale permet de réduire la consommation d'énergie entre 20 et 30 %, contre 90 % dans le cas d'une rénovation profonde, grâce à des technologies de pointe.

Une directive édulcorée

Les taux de rénovation actuels en Europe s'élèvent seulement à 1 % par an. Malgré la pression des responsables politiques européens, les États membres ont réduit l'ambition de la directive sur l'efficacité énergétique.

En raison de lacunes dans les négociations, l'objectif de 3 % pour les rénovations des bâtiments publics dans chaque État membre a été tellement réduit que les remises à neuf ne concerneront que 12 bâtiments par an dans certains pays.

Cet objectif s’écarte grandement de la position du Green New Deal Group. Larry Elliott, rédacteur au service économique du Guardian, l'économiste Ann Pettifor, la députée Verts Caroline Lucas et le fiscaliste Richard Murphy ont lancé ce groupe de pression  en 2008, après la crise économique.

S'inspirant du New Deal du président américain Franklin Roosevelt dans les années 1930, les membres de ce groupe appellent à des investissements dans la rénovation des maisons, axée sur l'efficacité énergétique, pour créer des emplois.

Le premier ministre britannique de l'époque Gordon Brown et le Programme des Nations unies pour l'environnement s'y sont beaucoup intéressés. Mais l'idée d'austérité pour répondre à la crise économique a rapidement pris de l'ampleur par la suite.

La lumière verte au bout du tunnel

Néanmoins, les défenseurs de l'efficacité énergétique voient enfin le bout du tunnel. Dans le budget de l'UE pour 2014-2020, le cadre financier pluriannuel (CFP), les fonds disponibles pour l'efficacité énergétique des bâtiments seront doublés pour atteindre 23 milliards d'euros.

Le Parlement européen votera le CFP lors de la séance plénière du 21-24 octobre.

Selon Adrian Joyce, le secrétaire général d'EuroACE, cette promesse d'augmentation des fonds offre « une fenêtre d'opportunité sans précédent ». Les autorités nationales et régionales en Europe pourront ainsi combler l'écart entre les économies actuelles et potentielles.

« Le financement de départ reste le principal obstacle pour tirer profit des énormes avantages économiques, environnementaux et sociétaux des rénovations profondes axées sur l'efficacité énergétique », ajoute-t-il.

« Cette hausse de financements européens pourrait réellement relancer les réductions de coûts grâce au marché de la rénovation. »

Les nouveaux fonds proviendront de trois sources : le Fonds européen de développement régional (FEDER), du Fonds social européen (FSE) et du Fonds de cohésion.

Dans le FEDER, un investissement minimum obligatoire dans l'énergie durable remplace à présent le financement maximum de 4 % dans l'efficacité énergétique des bâtiments. Cet investissement varierait entre 12 et 20 % en fonction du niveau de développement de la région.

Selon Daiva Matoniene, la vice-ministre lituanienne de l'environnement, chaque État membre doit à présent concevoir des feuilles de route ambitieuses sur la rénovation des bâtiments, conformément à la directive sur l'efficacité énergétique.

Elle déclare : « La rénovation profonde du parc immobilier en Lituanie est une priorité absolue dans notre pays. Non seulement en raison des économies d'énergie potentielles, mais aussi de l'effet positif sur la santé de la population, l'indépendance énergétique du pays et les finances publiques de l'État. »