Viktor Orbán se présente à Bruxelles comme un « promoteur du projet européen »
Loin de craindre ceux qui l'accusent de prendre le chemin de l'autoritarisme, le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a expliqué en long et en large à un public bruxellois hier la raison pour laquelle son pays devrait plutôt être considéré comme un « laboratoire » de la transformation de l'UE sur le plan économique et politique.
Loin de craindre ceux qui l'accusent de prendre le chemin de l'autoritarisme, le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a expliqué en long et en large à un public bruxellois hier la raison pour laquelle son pays devrait plutôt être considéré comme un « laboratoire » de la transformation de l'UE sur le plan économique et politique.
Lors d'un évènement public organisé par le groupe de réflexion European Policy Centre, M. Orbán a fait part de son opinion sur la crise qui sévit en Europe et dans le monde, avant d'appeler l'UE à prendre exemple sur son pays qui a entrepris de profondes réformes.
S'exprimant en anglais et en toute décontraction, Viktor Orbán s'est posé en « promoteur du projet européen » et s'est dit inquiet des nouvelles alarmantes en provenance de la France, où les forces antieuropéennes ont rassemblé 30 % des voies lors du premier tour des élections présidentielles.
Ce score, a-t-il commenté, est plus élevé que « celui du candidat qui a remporté le premier tour », François Hollande, dont le nom n'a pas été prononcé.
M. Orbán a additionné le score de la dirigeante d'extrême droite, Marine Le Pen (18,1 %), qui a créé la surprise lors de la soirée électorale, et celui du candidat de gauche Jean-Luc Mélenchon, qui s'est retrouvé en quatrième place avec 11,13 % des suffrages. Ces deux candidats sont de farouches détracteurs de l'UE.
Il a également exprimé ses inquiétudes face à la situation politique aux Pays-Bas, où le premier ministre, Mark Rutte, a démissionné hier. Il n'est en effet pas parvenu à trouver un accord pour réduire le budget du pays conformément aux instructions européennes. M. Orbán a en outre évoqué la République tchèque, où le premier ministre, Petr Ne?as, a réussi à trouver in extremis des partisans au parlement après le départ de son partenaire de coalition, le parti Affaires publiques. Il a ainsi pu éviter des élections anticipées.
Des dirigeants européens obsédés par les marchés
M. Orbán a déclaré que les décisions prises lors des sommets de l'UE étaient fondées sur « la volonté des marchés ». Il a expliqué que l'économie européenne était sur le déclin à cause des dettes nationales et des déficits budgétaires, mais aussi en raison de sa population vieillissante et de ses performances médiocres.
« En comparant les pourcentages de population active de l'Europe, de l'Amérique et de l'Asie, nous pouvons constater que 65 % de la population européenne travaille, contre 75 % aux États-Unis et 85 % en Chine.
Son pays a pour objectif de s'aligner sur le modèle américain et d'atteindre les 75 % de population active, a-t-il précisé.
Il a ajouté que la Hongrie avait ramené la durée des prestations de chômage à trois mois et que ceux qui refusaient d'effectuer des travaux d'intérêt public en étaient privés. Il en va de même pour ceux qui n'auraient pas inscrit leurs enfants à l'école.
Le premier ministre hongrois a déclaré que son pays avait supprimé près de 50 % des sièges au sein du parlement et des conseils locaux. « Le partage du fardeau » s'applique également aux banques hongroises et à certains secteurs pour lesquels de nouvelles taxes ont été introduites.
« La vraie question est de savoir quels acteurs ne sont pas encore soumis à des taxes », a-t-il expliqué.
Hier (23 avril), Eurostat a confirmé ses estimations de budget et de déficit pour la plupart des pays européens en 2011, à l'exception de l'Irlande. La Hongrie est le seul pays qui dispose d'un surplus budgétaire important (4,3 % de son PIB), suite à une mesure inédite portant sur les fonds de pension.
D'une société assistée à une société du travail
À propos des questions sociales et économiques, M. Orbán a affirmé que son gouvernement avait laissé de côté le régime d'aide sociale au profit de la « société du travail ».
Les retraites anticipées et le « système social hérité du passé » dans lequel un million de travailleurs hongrois sur quatre millions ne payaient pas d'impôts ont été supprimés, a-t-il ajouté. L'un de ses objectifs était de renforcer « la catégorie de population qui veut travailler » et fonder un foyer. M. Orbán considère cette catégorie comme l'épine dorsale de la stabilité économique et politique.
Les salariés ont tendance à voter pour le Parti populaire européen de centre-droit et ceux qui profitent des avantages sociaux votent pour le centre-gauche, selon les explications du premier ministre hongrois. M. Orbán est d'ailleurs le vice-président du PPE.
Le dirigeant hongrois a souligné qu'il ne voulait pas que son pays « fasse partie des pays européens en déclin » d'ici fin 2012, mais qu'il soit parmi les plus dynamiques d'un point de vue économique. Les banques ayant limité leurs activités, M. Orbán souhaite que son gouvernement mette en oeuvre un système de financement de l'économie « hors du système des banques commerciales » dès cette année.
« C'est pour cette raison que nous devons travailler ensemble au renouveau de l'Union européenne, car Bruxelles ne pourra pas survivre ainsi […] La Hongrie traverse actuellement une période de réformes majeures et sert en quelque sorte de laboratoire pour l'Europe », a déclaré Viktor Orbán.
Lorsqu'EURACTIV lui a demandé s'il suggérait alors que l'Europe soit « Orbanisée », le premier ministre a évoqué sa grande expérience d'homme politique.
« Je sais ce que démocratie et concurrence politique signifient. Voici la clé de mon succès politique. Soyez assurés que lorsque la Hongrie en tant que « laboratoire » progresse aux yeux de l'Union européenne, c'est [grâce à] la concurrence politique et à la démocratie », a-t-il répondu.
Aucun compliment pour M. Sarkozy
S'exprimant de façon très ouverte, M. Orbán a surpris son public à plusieurs reprises. À propos de la gouvernance économique de l'UE, il a déclaré que l'efficacité du paquet de six, que la présidence hongroise du Conseil de l'UE avait aidé à négocier au premier semestre de 2011, n'avait pas été prouvée.
Lorsque le sujet des élections françaises a été abordé, le dirigeant hongrois a fait savoir qu'il n'accorderait pas ouvertement son soutien à son collègue du PPE, Nicolas Sarkozy, pourtant d'origine hongroise.
« Je préfère ne pas lui témoigner mon soutien, car cela lui porterait préjudice. La Hongrie a une très mauvaise image en France », a-t-il ajouté sous les éclats de rire de l'audience.
Quant au soutien que la Hongrie apporte au gazoduc South Stream financé par la Russie, M. Orbán a déclaré que son concurrent soutenu par l'UE, le projet Nabucco, était « en difficulté », dans la mesure où son partenaire hongrois, le groupe MOL, comptait se retirer du projet.
Il est normal que la Hongrie soit critiquée
Selon M. Orbán, il est « normal » et « rationnel » que les réformes de son gouvernement aient été vivement critiquées. La Hongrie a eu l'opportunité d'instaurer une nouvelle constitution et 165 nouvelles lois, ce qui a « modifié le principe cardinal de la législation du pays », a-t-il expliqué en référence à la majorité de son gouvernement au parlement.
« Nous devons à présent nous atteler à la tâche et accepter les critiques. Tout ceci était calculé », a-t-il assuré.
Le premier ministre hongrois devrait rencontrer aujourd'hui le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, afin de discuter des deux procédures d'infraction entamées contre son pays pour ingérence politique dans son système judiciaire et dans l'autorité de protection des données. Il devrait également discuter de l'« aide préventive » de l'UE et du Fonds monétaire international, un filet de sécurité nécessaire pour prémunir le pays contre d'éventuelles difficultés financières.
À ce propos, M. Orbán s'est plaint du système de « doubles normes » en vigueur, affirmant que l'Égypte, le Bélarus et même le Pakistan avaient entamé des négociations alors que la Hongrie attendait toujours le feu vert de l'UE.