Visite du prince saoudien en France : silence radio à l’Elysée

De nombreux médias font état de la visite du prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane jeudi à Paris pour un dîner avec le président de la République française. L’Élysée reste silencieux.

Euractiv France
Le prince héritier était devenu persona non grata depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018. M. Khashoggi, fervent critique de MBS, avait été assassiné et démembré dans l’Ambassade d’Arabie saoudite en Turquie par un commando saoudien. [YOAN VALAT/EPA-EFE]

De nombreux médias font état de la visite du prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane jeudi (28 juillet) à Paris pour un dîner avec le président de la République française. L’Élysée reste silencieux.

[Mise à jour : l’Elysée a communiqué sur la tenue d’un dîner de travail entre Emmanuel Macron et Mohammed Ben Salmane quelques heures après la publication de cet article.]

La rencontre entre les deux chefs d’Etat n’apparaît pas à l’agenda officiel du président Emmanuel Macron. Le ministère des Affaires Etrangères saoudien, dans un communiqué, a précisé que M. ben Salmane rencontrerait le président français « pour échanger sur les relations bilatérales et les moyens de les renforcer dans divers domaines, et discuter des questions d’intérêt commun ».

Le prince héritier était devenu persona non grata depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018. M. Khashoggi, fervent critique de Mohammed ben Salmane, avait été assassiné et démembré dans le consulat d’Arabie saoudite en Turquie par un commando saoudien. Un rapport de la direction du renseignement américain, publié en 2021, a confirmé que le prince avait lui-même approuvé l’assaut contre le journaliste.

Mohammed ben Salmane l’infréquentable

Dans un fil Twitter, Agnès Callamard, secrétaire générale de l’ONG Amnesty International, a fustigé un « prince de la Honte, un prince meurtrier, un presque-roi qui réprime et assassine ».

Elle souligne les détentions arbitraires de journalistes et défenseurs des droits humains, et d’ajouter : « La réhabilitation du Prince meurtrier sera justifiée en France comme aux Etats Unies par des arguments de realpolitik. Contre la flambée des prix du pétrole, l’inflation record, résultats de l’invasion Russe de l’Ukraine – que peuvent nos arguments sur les droits humains ? »

L’Arabie saoudite reste aussi le premier acheteur d’armes françaises, selon un décompte du média universitaire The Conversation, daté de janvier 2022.

En juin, les associations Sherpa, Mwatana for Human Rights et le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’homme (ECCHR) ont déposé plainte devant le tribunal judiciaire de Paris contre les entreprises d’armement françaises Dassault Aviation, Thalès Group et MBDA France.

En cause, leur « éventuelle complicité dans des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité présumés au Yémen, lesquels auraient pu être commis du fait de leurs exportations d’armes vers l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ».

Franchir le Rubicon

Avec la guerre en Ukraine, le prix du baril de pétrole s’est envolé et l’Union européenne cherche depuis février à convaincre les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). L’Arabie saoudite en est un acteur majeur et est le troisième exportateur de pétrole au monde.

Dès décembre 2021, Emmanuel Macron avait franchi le Rubicon en devenant le premier dirigeant occidental à rencontrer Mohammed ben Salmane depuis 2018. Joe Biden s’est aussi entretenu avec le prince héritier au détour d’un voyage diplomatique au Moyen-Orient.

L’arrivée du prince hériter à Paris, non confirmée par les autorités françaises, doit se faire dans la foulée de sa visite d’Etat en Grèce, où l’installation d’un câble électrique reliant les deux pays a été annoncée. Cette visite est la première du dirigeant saoudien dans un pays européen depuis 2018.

Un projet de câble de transfert de données a aussi été abordé, connu sous le nom de « East to Med data Corridor », faisant de la Grèce un centre numérique régional entre l’Europe et l’Asie.

Emmanuel Macron avait, dans la même veine, accueilli le président émirati Mohammed ben Zayed lors d’une visite d’Etat les 18 et 19 juillet dernier. Si l’Élysée avait souligné l’importance de renforcer des liens « en matière de sécurité et défense« , les milieux associatifs avaient dénoncé les actions du régime émirati contre des populations civiles au Yémen et en Lybie notamment.

Aucun ordre du jour n’a été publié pour le dîner entre les dirigeants français et saoudien. Si la question de la production de pétrole sera vraisemblablement évoquée, le flou reste total.