Viticulteurs et arboriculteurs peinent à se détourner du cuivre
Malgré sa nocivité, le cuivre est encore très utilisé pour contrer les maladies et les ravageurs. Après avoir obtenu l’approbation d’une nouvelle homologation par la Commission européenne en 2018, il demeure une alternative efficace et peu onéreuse.
Malgré sa nocivité pour l’homme et l’environnement, le cuivre est encore très utilisé en Europe pour contrer les maladies et les ravageurs. Après avoir obtenu l’approbation d’une nouvelle homologation par la Commission européenne en 2018, il demeure une alternative efficace et peu onéreuse, en particulier en viticulture et en arboriculture.
C’est dans les cultures biologiques que le traitement au cuivre a le vent en poupe, s’agissant d’un produit « naturel » accepté par le label. Lors d’un webinaire organisé par EU Focus le 9 mars dernier, la société Nufarm France annonçait que 31% des vignes bio y ont recours en France pour surmonter notamment les attaques de mildiou (une des principales maladies de la vigne) ; et 23 % des arbres fruitiers pour lutter à la fois contre le mildiou, mais aussi contre de nombreuses affections bactériennes.
Risques
Cependant, les agences sanitaires alertent depuis de nombreuses années sur les effets délétères de ce métal. En 2018, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qualifiait la molécule de « particulièrement inquiétante pour la santé publique et l’environnement ». Les effets avérés sur les organismes du sol et auxiliaires de cultures ont conduit à des restrictions. La réglementation européenne limite l’usage à 28 kg/ha pour 7 ans.
Sur la santé humaine, les données restent lacunaires. Santé publique France (SPF) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) se sont récemment lancés dans une étude d’ampleur, le projet PestiRiv, visant à étudier les effets des pesticides, dont le cuivre, sur les populations vivant près des cultures viticoles. Les résultats devraient être connus en 2024.
Efficacité et coût
Avec le développement du bio dans les filières du vin et du fruit, le cuivre s’avère être néanmoins une sécurité efficace contre les aléas. Certains producteurs la jugent même incontournable. « Aujourd’hui, sans cuivre, il est impossible de continuer à produire des pommes bio, nous n’avons pas assez de molécules naturelles à disposition » témoigne lors du webinaire Françoise Roch, Présidente de la Fédération Nationale des Producteurs de Fruits (FNPF) et productrice de pommes, prunes et raisins dans le Lot et Garonne.
Même son de cloche pour Thierry Mothe, Secrétaire Général des Vignerons Indépendants de France et vigneron à Chablis : « C’est le seul produit efficace homologué dans la lutte biologique contre mildiou […] C’est vraiment un produit essentiel ! » Et de rappeler l’année noire de 2021, lors de laquelle les vignes françaises ont été ravagées par le mildiou.
Outre l’efficacité du traitement, son coût reste aussi très attractif. En France, le coût moyen d’un passage de traitement pour le mildiou en bio est de 28 euros en moyenne contre 16,5 avec du cuivre. Une diminution du prix par deux.
Des doses plus faibles
Concernant les impacts sur la santé et l’environnement, les défenseurs insistent sur le fait que cette molécule, présente à l’état naturel dans notre organisme, est beaucoup mieux dosée qu’autrefois. « Suite à des essais de plus en plus précis sur la molécule, nous arrivons à baisser les quantités de cuivre par hectare en ayant de très bons résultats avec des quantités assez faibles » insiste Thierry Mothe.
Le vigneron rappelle également que les traitements sont effectués de manière « réfléchie », dans une « stratégie économe en cuivre » : « Les interventions sont décidées quand plusieurs paramètres sont réunis, chose que nous analysons aujourd’hui très précisément : la maturité des œufs de mildious, les températures supérieures à 10-11 degrés et la contamination épidémique par les pluies. »
Afin de limiter l’utilisation de cuivre dans l’attente d’études plus poussées sur ses impacts, « l’alternance » de molécules semble être la solution selon la productrice de pommes Françoise Roch. Tant pour des raisons d’économie de cuivre que pour prévenir le risque de résistance des pathogènes. D’autant que, pour l’instant, les substituts ne répondent pas aux exigences de production. Une expertise scientifique collective de l’Institut national de la recherche agronomiquel (Inrae), publiée en janvier 2018, pointe quelques alternatives disponibles (variétés résistantes aux maladies, biocides naturels…). Reste que l’efficacité et le coût ne sont pas, pour l’instant, au rendez-vous.
« Le pas de temps de la recherche n’est pas le même que le pas de temps du producteur. On voit bien qu’en recherche il y a des choses qui pourront émerger dans les années à venir, mais quid de la production avant que ces recherches aboutissent ? »
Souveraineté
Dans le contexte du réchauffement climatique, cette dépendance au cuivre risque de s’accroître dans l’avenir, avec l’intensification des intempéries et des maladies. Si bien que les producteurs de bio en particulier, s’inquiètent de cette dynamique de limitation des usages.
« Les années de forte pression de mildious, dans certains vignobles plus au nord de la France, en Val de Loire, Bourgogne, Champagne, certains viticulteurs repassent en conventionnel, car le cuivre a ses limites, prévient Thierry Mothe. D’où l’importance de ne pas diminuer la dose actuelle »
Les réglementations ne fixent pas de doses maximales annuelles, comme c’est le cas pour d’autres produits mais limitent une dose maximale autorisée pour 7 ans. Ce qui permet d’adapter les usages en fonction des besoins annuels, et notamment de les augmenter lors des intempéries. C’est ce qu’on appelle le lissage. Cette dose est aujourd’hui fixée à 28 kg par hectare sur les 7 années de l’approbation.
Alors que l’heure est à l’autonomie alimentaire de la France et de l’Europe, le maintien du cuivre, en particulier en bio, serait pour les producteurs la meilleure solution : « Plus nous aurons ce type de produit à disposition, plus nous arriverons à produire des quantités suffisantes à un coût correct pour pouvoir apporter une alimentation saine et diversifiée à nos consommateurs, notre population. » Selon la Présidente de la Fédération Nationale des Producteurs de Fruits (FNPF), c’est une des conditions pour « garder notre souveraineté alimentaire », sachant que « plus de 50% des fruits sont déjà importés en France ».
Les composés du cuivre ont été approuvés pour 7 ans, jusqu’en 2025, en tant que substance « candidate à la substitution », par la législation européenne.