Vladimir Poutine, ému, remporte les élections, l'opposition crie à la fraude

Vladimir Poutine a triomphé aux élections présidentielles hier (4 mars). Versant une larme, il a affirmé que sa victoire empêcherait le pays de tomber aux mains de ses ennemis. Peu de messages de félicitations sont arrivés au Kremlin, alors que ses opposants crient à la fraude électorale.

EURACTIV.fr / Reuters
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Vladimir Poutine a triomphé aux élections présidentielles hier (4 mars). Versant une larme, il a affirmé que sa victoire empêcherait le pays de tomber aux mains de ses ennemis. Peu de messages de félicitations sont arrivés au Kremlin, alors que ses opposants crient à la fraude électorale.

La commission électorale a annoncé la victoire de M. Poutine avec 63,7 % des voix lorsque près de 100 % des votes avaient été comptabilisés. Ses opposants ont toutefois refusé de reconnaître ces résultats et ont affirmé qu'ils continueraient de manifester. Il s'agit du mouvement de protestation le plus important depuis l'arrivée de M. Poutine au pouvoir il y a 12 ans.

L'ancien espion du KGB a quant à lui affirmé avoir remporté une victoire « honnête » et qu'il retournait au Kremlin après quatre ans au poste de premier ministre.

« Je vous avais promis que nous gagnerions. Nous avons gagné. Gloire à la Russie », a déclaré M. Poutine, aux côtés du président sortant, Dmitri Medvedev, devant des dizaines de milliers de partisans brandissant des drapeaux lors d'un rassemblement pour célébrer la victoire aux portes du Kremlin.

Dénonçant des tentatives de destruction de l'Etat et d'usurpation du pouvoir, il a affirmé :   « Le peuple russe a montré aujourd'hui que ces scénarios n'auraient pas cours sur notre territoire […] Nous ne vivrons pas cela ! »

La foule a scandé son nom à plusieurs reprises. Certains ont dansé pour se tenir chaud et ont bu de la vodka dans des gobelets en plastique, les bouteilles vides jonchant le sol.

M. Poutine s'est livré à un discours provocant et hargneux qui n'a fait que raviver les protestations d'une partie de la classe moyenne à Moscou et dans d'autres grandes villes où ont été organisés d'importants rassemblements depuis les élections législatives controversées du 4 décembre dernier.

Déclaration de guerre

Son plus grand rival, le leader du Parti communiste, Guennadi Ziouganov, a récolté 17 % des suffrages. Le nationaliste Vladimir Jirinovski, l'ancien président de la chambre haute du Parlement Sergueï Mironov et le milliardaire Mikhaïl Prokhorov ont tous été crédités de moins de 10 % des voix, bien que M. Prokhorov ait été acclamé lors de sa campagne.

M. Ziouganov a affirmé que son parti ne reconnaîtrait pas les résultats de l'élection et il a qualifié cette dernière d'« illégitime, malhonnête et opaque ». Le leader libéral Vladimir Ryjkov a lui aussi qualifié le scrutin d'illégitime.

Les organisateurs des manifestations, qui voient M. Poutine comme un dirigeant autocratique dont le retour au pouvoir est de mauvais augure en termes de réformes économiques et politiques, ont annoncé que les manifestations ne faibliraient pas, bien au contraire.

« La base sociale de la protestation va se renforcer et M. Poutine et son équipe ont tout fait pour que ça arrive. Il nous vraiment aidé », a déclaré le journaliste Sergueï Parkhomenko, l'un des meneurs du mouvement de protestation.

« Il pousse la situation vers un point de rupture. Il nous déclare la guerre. Par conséquent, le sentiment d'aversion à son encontre ne va faire que croître. »

Des milliers de militants de l'opposition, ainsi qu'une mission internationale d'observation ont contrôlé le scrutin.

Les observateurs de l'opposition et de nombreux blogueurs ont parlé d'élections truquées dans ce pays qui compte 143 millions d'habitants. Golos, un organisme de contrôle indépendant, a déclaré avoir enregistré au moins 3500 infractions potentielles dans tout le pays.

Des défis à relever

Malgré l'opposition, qui évolue surtout au sein d'une tranche de la population éduquée, jeune et aisée, M. Poutine jouit toujours d'un soutien important en province et sa victoire n'a pas été remise en cause.

Il a exprimé sa reconnaissance en montrant tard dans la soirée des vidéos de ses partisans un peu partout en Russie, notamment des travailleurs d'une usine de chars dans la ville de Nizhniy Tagil dans l'Oural, qui ont dénoncé les manifestations.

« Vous avez remis à leur place ceux qui ont été trop loin et ont insulté les travailleurs », a déclaré M. Poutine. « Vous avez montré le peuple russe tel qu'il est, le travailleur, l'ouvrier et l'ingénieur. Vous avez montré que vous valez mieux que tous ces glandeurs et moulins à paroles. C'est mon plus beau cadeau. »

Un porte-parole a déclaré plus tard dans la soirée que M. Poutine avait effectivement versé quelques larmes lors du rassemblement célébrant sa victoire, mais qu'elles étaient dues au vent.

La réaction à son appel au ralliement lors de ce rassemblement a toutefois été plus mitigée que prévu. Des centaines de bus ont amené la foule à Moscou, ce qui laisse penser qu'il s'agissait plus d'une démonstration de force bien organisée que d'une manifestation de soutien spontanée.

L'atmosphère a changé dans le pays et nombreux sont ceux qui doutent que M. Poutine se montre conciliant et favorable aux réformes. Ils doutent également qu'il reste en faveur d'un changement politique et économique.

M. Poutine, qui devrait être investi de ses nouveaux pouvoirs en mai prochain, devrait reprendre les discours belliqueux contre l'Occident qui étaient la marque de fabrique de sa première présidence et ont été au coeur de sa campagne électorale.