Xie Duo : La réforme des quotes-parts au FMI passe avant l'aide à l'Europe

La Chine ne peut pas se permettre un échec de l'Europe : si elle a besoin d'aide, un soutien sera envisagé via le Fonds monétaire international, mais la priorité reste de finaliser la réforme des quotes-parts au FMI, a déclaré Xie Duo, un haut dirigeant de la Banque populaire de Chine, lors d'un entretien accordé à EURACTIV.

/ EURACTIV.fr
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La Chine ne peut pas se permettre un échec de l'Europe : si elle a besoin d'aide, un soutien sera envisagé via le Fonds monétaire international, mais la priorité reste de finaliser la réforme des quotes-parts au FMI, a déclaré Xie Duo, un haut dirigeant de la Banque populaire de Chine, lors d'un entretien accordé à EURACTIV.

Le FMI serait le mieux placé pour aider les pays européens surendettés en cas de besoin, et la Chine apporterait son soutien à une telle décision si nécessaire, mais les membres du FMI se doivent d'avancer rapidement sur la réforme du système des quotes-parts au Fonds monétaire international, a déclaré M. Duo, le directeur général du département des marchés financiers de la Banque populaire de Chine.

La quote-part est l'argent qu'un pays membre du FMI doit verser au Fonds pour qu'il puisse prêter de l'argent aux pays dans le besoin. Cette quote-part a un impact sur le poids des votes exprimés par un pays au sein de cette organisation internationale.

La Chine a déjà beaucoup investi dans les actifs européens, a affirmé M. Duo. « Nos dirigeants ont promis d'investir dans des actifs libellés en euros et nous sommes déjà des investisseurs nets dans plusieurs pays de l'UE », a-t-il ajouté.

« Le FMI a la possibilité d'élargir sa capacité de prêt, mais la priorité est de finaliser à temps la réforme des quotes-parts », a-t-il insisté.

Le banquier a relayé les propos du président chinois, Hu Jintao, qui, lors du dernier sommet du G20 à Cannes, a demandé que des progrès soit instamment réalisés dans la réforme du système monétaire international, que l'utilisation des droits de tirage spéciaux (DTS) soit accrue, que le panier de monnaies composant le DTS soit réformé et qu'un système de monnaie de réserve international soit mis sur pied avec une valeur stable, une émission réglementée et des réserves gérables.

L'Europe a besoin de réformes structurelles, pas d'argent

M. Duo a insisté sur le fait que, selon lui, les attaques visant la zone euro ne seraient que temporaires. « Quand l'UE aura remis de l'ordre dans ses affaires, l'euro sera beaucoup plus fort », a-t-il ajouté, faisant remarquer que des réformes structurelles apaiseraient les marchés.

« L'Europe a besoin de réformes structurelles, pas d'argent pour le moment », a-t-il affirmé.

Une meilleure discipline budgétaire, mais aussi un système social plus équilibré et un marché du travail plus flexible rassureraient les marchés, a expliqué M. Duo.

Il n'a pas souhaité s'avancer et dire si de telles mesures rassureraient la Chine et les autres économies émergentes du G20 s'agissant d'investir dans le Fonds européen de stabilité financière. Il s'est toutefois dit confiant quant aux capacités de l'UE de résoudre sa crise de la dette par elle-même.

« L'Europe est l'une des plus grandes économies au monde, elle dispose d'une grande productivité et d'un PIB par habitant élevé, sa base industrielle est forte, le taux d'épargne des ménages est plus élevé dans l'UE qu'aux Etats-Unis et l'euro est déjà une monnaie de réserve », a expliqué ce dirigeant de la Banque populaire chinoise.

Réforme des agences de notation de crédit

Beijing soutiendrait l'établissement d'une agence de notation de crédit européenne, a affirmé M. Duo.

« Nous avons besoin d'un autre modèle de notation pour éviter les effets conjoncturels », a-t-il déclaré, expliquant que les investisseurs ne pouvaient pas uniquement dépendre des agences de notation déjà établies et que des évaluations financières devaient également être réalisées par les investisseurs et pas seulement par les émetteurs de produits financiers.

Bruxelles a pris des mesures pour pousser les entreprises qui se fient aux « trois grandes » agences de notation à se tourner vers de plus petites agences pour l'obtention d'un avis financier, et ce afin de stimuler la concurrence. Les décideurs politiques décrivent la domination mondiale de Moody's, Fitch Ratings et Standard & Poor's comme un oligopole et la Commission européenne a proposé de forcer les émetteurs de produits financiers à régulièrement changer d'agence de notation, notamment pour éviter les conflits d'intérêts.

Les agences de notation de crédit ont été souvent blâmées pour ne pas avoir identifié les risques attachés à certains produits financiers comme les titres adossés à des créances hypothécaires aux Etats-Unis au début de la crise financière.

Il y a peu, elles ont été accusées d'alimenter la panique des marchés dans la zone euro, lorsque Standard & Poor's a dégradé les obligations grecques et italiennes, ce qui a fait grimper en flèche leurs coûts d'emprunt.

« Les agences de notation peuvent servir de référence, mais leur modèle commercial doit changer : la responsabilité doit également incomber aux investisseurs, et non pas uniquement aux émetteurs », a affirmé M. Duo.

La Chine exige aujourd'hui des institutions financières qu'elles effectuent leur propre évaluation des produits d'investissement et qu'elles ne se basent plus uniquement sur les agences de notation traditionnelles. « Nous avons besoin d'un double système de notation », a-t-il ajouté.