La lutte contre la désertification est avant tout une question de volonté politique

À l'occasion du Sommet pour un nouveau pacte financier mondial, qui s'est ouvert à Paris jeudi (22 juin), Alain-Richard Donwahi alerte sur la nécessité de faire preuve d'une volonté politique forte afin de lutter réellement et efficacement contre le réchauffement climatique.

Closing of Conference of the Parties (COP15) of the UN Convention to Combat Desertification (UNCCD) in Abidjan
« Ces importants déplacements de population auront un impact sur la stabilité politique de nombreux pays et pourraient perturber encore davantage les équilibres géopolitiques actuels », écrit Alain-Richard Donwahi. [EPA-EFE/LEGNAN KOULA]

À l’occasion du Sommet pour un nouveau pacte financier mondial, qui s’est ouvert à Paris jeudi (22 juin), Alain-Richard Donwahi alerte sur la nécessité de faire preuve d’une volonté politique forte afin de lutter réellement et efficacement contre le réchauffement climatique. 

Alain-Richard Donwahi est président de la 15ème conférence des parties (COP15) à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Représentant la République de Côte d’Ivoire, il a été élu pour un mandat d’un peu plus de deux ans, jusqu’à la COP16, qui se tiendra en Arabie Saoudite en décembre 2024. Ancien ministre ivoirien de la Défense, puis des Eaux et Forêts, monsieur Donwahi est également président du conseil régional de la Nawa, dans la Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire.

Le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial, qui se tient cette semaine à Paris, est une occasion inédite d’identifier de nouveaux moyens et mécanismes pour soutenir les pays les plus vulnérables au changement climatique. Ce sommet est bienvenu, il est même essentiel : de COP en COP, les questions de solidarité internationale et de justice climatique sont devenues des serpents de mer. On promet de s’y pencher, mais le temps manque ; les discussions sont lancées, mais achoppent toujours pour les mêmes raisons : on refuse de s’engager.

C’est une évidence, le changement climatique nous affecte tous. Toutefois, les pays en voie de développement y sont encore plus exposés. Cela s’explique en premier lieu par des raisons géographiques. Situés pour nombre d’entre eux dans la bande tropicale, ils sont naturellement plus susceptibles de connaître un climat extrême ou d’être victimes de catastrophes naturelles, des phénomènes encore amplifiés par les bouleversements climatiques que nous connaissons. Ces pays sont également plus vulnérables, car ils disposent de moyens plus limités pour s’adapter au changement climatique et à ses conséquences et protéger leur population.

Pourtant, alors que ces pays sont touchés de plein fouet, ils sont ceux qui contribuent le moins au changement climatique et à son accélération. Avec 20 % de la population mondiale, l’Afrique ne produit que 4 % des émissions annuelles mondiales de CO2. Plus généralement, la Banque mondiale montre que chaque habitant de pays à revenus élevés produit en moyenne 10 tonnes de CO2 par an. C’est moins de 0,5 pour les habitants de pays à faibles revenus et moins de 4 pour ceux des pays à revenus intermédiaires. Ces questions sont cruciales et je me réjouis qu’elles fassent enfin l’objet d’un sommet dédié.

Hasard du calendrier, un autre sommet se tient cette semaine de l’autre côté de la Manche : le sommet organisé par la Grande-Bretagne sur la reconstruction de l’Ukraine. C’est extraordinaire : en 14 mois, plus de 151 milliards d’euros d’aide militaire, financière ou humanitaire ont été mobilisés pour l’Ukraine, et plus généralement, les dépenses militaires mondiales ont l’an dernier atteint un niveau record avec 240 milliards de dollars. Ce que vivent les Ukrainiennes et Ukrainiens est indescriptible. La communauté internationale doit continuer à les soutenir et à les aider à se défendre.

Ce soutien témoigne d’une volonté politique très forte. D’une volonté commune qui nous permet d’accomplir de grandes choses. C’est de cette même volonté, de cette détermination, dont nous avons aussi besoin pour lutter contre le changement climatique, contre la sécheresse, la désertification et la perte de biodiversité.

Les conséquences du changement climatique peuvent souvent sembler plus diffuses que celles d’une guerre, mais croyez-le, le changement climatique aussi tue et brise des vies. 30 % de la population mondiale est déjà exposé à des vagues de chaleur meurtrières. C’est notamment le cas en Inde ces derniers jours. Dans moins de 80 ans, soit au cours de la vie de nos enfants ou de nos petits-enfants, ce pourrait être le cas pour plus des trois quarts de la population mondiale.

La hausse des températures accroît par ailleurs la fréquence et l’intensité des épisodes de sécheresse, ce qui induit une augmentation des catastrophes naturelles : feux de forêt comme actuellement au Canada, tempêtes, inondations. Ces phénomènes font de nombreuses victimes et laissent des traces indélébiles.

Enfin, la sécheresse et les catastrophes naturelles perturbent les écosystèmes et les cultures. Ce faisant, ils aggravent l’insécurité alimentaire et entraînent des pénuries d’eau. Près d’un tiers de la population mondiale est déjà confrontée au stress hydrique. Dans moins de trente ans, ce pourrait être 60 %. Dans le même horizon, la Banque mondiale prévoit que plus de 216 millions de personnes pourraient être contraintes de migrer pour fuir la famine et/ou le manque d’eau. Ces importants déplacements de population auront un impact sur la stabilité politique de nombreux pays et pourraient perturber encore davantage les équilibres géopolitiques actuels.

Il ne s’agit pas ici de tenter de comparer ou de hiérarchiser la souffrance. Il s’agit d’unir nos forces et d’agir. Il y a plus de 20 ans, le président français Jacques Chirac déclarait au Sommet de la Terre : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». C’est littéralement ce qui est en train de se produire. Les pays en voie de développement sont en première ligne dans la guerre contre le changement climatique, les premières victimes. Il faut les soutenir, les aider à y faire face, à trouver des solutions innovantes, à se développer autrement qu’en reproduisant les erreurs commises par pays industrialisés.

J’ai espoir. Je sais que la volonté politique permet de relever de grands défis. Je crois fermement à l’engagement et à la créativité de la jeunesse, des communautés qui ont déjà inventé de nombreuses solutions pour être plus résilients ou développer de nouveaux modes d’agriculture. Notre rôle, en tant que décideurs politiques, institutionnels ou investisseurs privés, est d’aider les communautés, les porteurs de projet à trouver les ressources nécessaires pour les concrétiser le plus rapidement possible.

À titre d’exemple, la Grande muraille verte est une opportunité immense pour l’Afrique sub-saharienne et pour le monde. Il s’agit d’une initiative pan-africaine qui vise à restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées en Afrique, sur une bande longue de 8 000 km au sud du Sahara, allant du Sénégal à Djibouti. Cette ombrelle regroupe de nombreux projets développés par des communautés et adaptés aux besoins locaux. Au total, la réalisation de la Grande muraille verte nécessite plus de 43 milliards de dollars de financement. Plusieurs annonces de soutien ont déjà été exprimées. Pour ce projet comme pour tous ceux qui peuvent permettre d’inverser la tendance et de préserver la Terre, nous devons unir nos forces et faire preuve d’une volonté politique sans précédent.

Le Sommet de ces prochains jours doit en être l’occasion.