Loi de santé : jusqu'ici tout va bien... ou presque

Soyons francs, la loi de santé portée par Marisol Touraine avance bien et les débats devant l'Assemblée nationale sont concluants. En somme, un point d'étapes réussi -ou presque- pour une loi qu'on annonçait comme fourre-tout mais qui finalement a une réelle cohérence.

Jean Luc Romero – [Franck Laguilliez]
Jean Luc Romero - [Franck Laguilliez]

Soyons francs, la loi de santé portée par Marisol Touraine avance bien et les débats devant l’Assemblée nationale sont concluants. En somme, un point d’étapes réussi -ou presque- pour une loi qu’on annonçait comme fourre-tout mais qui finalement a une réelle cohérence.

Jean-Luc Romero est un homme politique et un militant associatif français et écrivain. Il est le premier homme politique à avoir révélé sa séropositivité au VIH, en mai 2002, après avoir évoqué son homosexualité dans son livre « On m’a volé ma vérité » en 2001.

Nul besoin de dresser une liste à la Prévert mais listons quand même et commençons par les deux polémiques : les salles de consommation à moindre risque et la généralisation du tiers payant.

L’Assemblée nationale a donc voté, 30 ans après nos amis suisses dont on se moque gentiment de la lenteur -sic-, l’expérimentation des salles de consommation à moindre risque. Je passerai vite et volontiers sur les cris de certains parlementaires UMP parlant de promotion de la drogue, d’antichambres de la mort, etc. Alors que plus de 80 de ces salles existent à travers le monde, notamment chez nos voisins européens, ce dispositif est largement documenté, évalué, justifié en tant qu’outil de santé publique. Je renvoie donc ces parlementaires à la saine lecture du rapport de l’INSERM sur le sujet global des risques infectieux chez les usagers de drogues, rapport dans lequel cette agence d’État se prononce pour l’ouverture de ces salles : 592 pages dont on ne peut douter de l’objectivité. Populisme vs réalité scientifique, sociale et sociétale: l’éternel débat du « faut-il suivre l’intérêt général ou tenter de grappiller un peu de bulletins de vote ? »

Le tiers payant généralisé a également eu tous les honneurs des médias tant cette mesure a déclenché l’ire de certains médecins: étatisation et nationalisation de l’exercice de la médecine, mise sous tutelle des professionnels, bureaucratisation, etc. On aura tout entendu en oubliant un peu vite que cette mesure avait simplement pour but de permettre un accès aux soins facilité pour tous. Une loi ne devrait-elle pas viser l’intérêt général? Nul doute que la généralisation du tiers payant est une très bonne mesure!

Deux mesures fort débattues, avec une opposition totale de l’UMP.

Comme nous le savons tous, dans un « pour le moment, tout va bien », il y a souvent un « mais ». Alors quelles sont les mesures à venir déjà adoptées en commission, à venir devant l’assemblée?

Le droit à l’oubli pour les anciens malades du cancer : concrètement, lorsqu’une personne souhaite faire un emprunt ou contracter une assurance, elle doit (devait) remplir un questionnaire indiquant si elle avait été atteinte d’un cancer. Avec cette sorte de casier judiciaire médical, les majorations de tarifs pouvaient aller jusqu’à 50 % ! Avec ce nouveau droit, sous certaines conditions, les personnes ayant eu un cancer n’auront plus à la signaler. Une belle avancée qui tient enfin compte des progrès médicaux; une belle avancée dont il sera essentiel d’élargir le champ d’application à d’autres pathologies qui peuvent être guéries ou avec lesquelles on peut vivre sans augmentation de morbidité quand ses porteurs répondent bien aux traitements: VHC, VIH etc.

La fin de l’interdiction des soins funéraires pour les personnes séropositives : enfin ! Des avis concordants du Conseil national du sida, de l’IGAS, du Haut Conseil à la santé publique, 125.000 pétitionnaires contre cette interdiction… voilà le résultat de la mobilisation d’ELCS depuis des années! Enfin, la solution paraît toute proche! Mais attendons, il y a eu tellement d’espoirs déçus sur ce dossier avec un nombre d’engagements non tenus.

A venir également des mesures concernant la prévention combinée, la démocratie sanitaire, etc. Quoi qu’il en soit la mobilisation doit rester forte car certaines mesures sont retoquées pour des raisons assez peu compréhensibles, je pense notamment aux refus de soins, un phénomène pluriel, très largement documenté mais voilà, le testing n’a pas été retenu.

Cette opinion a initialement été publiée sur le site du Huffington Post.