Perspectives agricoles en France et en Europe
Un an avant le début des renégociations des perspectives financières de l’UE, Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris Dauphine dresse, dans un rapport publié par la documentation française, le portrait du monde agricole en France et en Europe et propose des pistes de réflexion pour mettre en place une nouvelle politique agricole.
Un an avant le début des renégociations des perspectives financières de l’UE, Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris Dauphine dresse, dans un rapport publié par la documentation française, le portrait du monde agricole en France et en Europe et propose des pistes de réflexion pour mettre en place une nouvelle politique agricole.
En 2007, au début du XXIe siècle, il est pour le moins paradoxal de constater que le point d’achoppement principal des négociations économiques européennes et internationales soit encore l’agriculture. Du sommet agricole de Luxembourg en juin 2003 qui a décidé d’une nouvelle réforme de la Politique agricole commune à la conférence de l’Organisation mondiale du commerce, fin juillet 2006 à Genève, les questions agricoles sont restées à la une des agendas politiques. Paradoxe pour un secteur économique qui pèse 2 à 3 % du PIB des pays concernés et qui représente moins de 10 % des échanges mondiaux de marchandises.
Si la question agricole empoisonne ainsi les relations économiques internationales, c’est qu’elle représente un véritable enjeu de société pour les principaux pays développés, de l’Europe et de l’Amérique du Nord en passant par le Japon et l’Asie émergente. Vieilles de plus d’un demi-siècle, la plupart des grandes politiques agricoles sont inadaptées face aux défis actuels et restent la proie des démagogies politiciennes de tous bords.
Par sa complexité, par ses implications concrètes sur le terrain, la question agricole défie les réformateurs les mieux disposés. Les débats se situent en effet à plusieurs niveaux. Il y a tout d’abord la question de la place fondamentale de l’agriculture dans une société moderne, postindustrielle même. Pendant des siècles, la seule fonction de l’agriculture fut de nourrir les hommes, de fournir des bras pour les armées et les guerres (comme en témoignent les monuments aux morts des moindres villages de France).
Ce fut encore le cas durant l’essentiel du XXe siècle. L’agriculteur se trouvait rémunéré pour cette seule fonction de production. Mais dans les pays développés, à la pénurie ou à la crainte de manquer, a succédé l’abondance. Le consommateur final a peu à peu perdu le fil le reliant au monde agricole : il veut des produits alimentaires toujours plus élaborés et satisfaisants à des normes, parfois subjectives, de sécurité alimentaire. L’agriculteur se trouve confronté à un marché dont la demande se fait plus discriminante en termes de qualité. Mais cette activité de production ne recouvre maintenant qu’une partie du « métier » d’agriculteur.
Dans un monde de plus en plus urbanisé, l’agriculteur est celui qui, par sa seule présence, entretient l’espace, le cultive et l’humanise. D’agriculteur (celui qui s’occupe de l’« ager », les terres cultivées en latin), il redevient le paysan qui entretient le « pagus », ensemble de la campagne. On retrouve des dimensions de gestion de l’environnement et d’aménagement du territoire qui se trouvent au cœur des préoccupations actuelles de nos sociétés.
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