Pour l'Union, ouvrez un Vatican II du nucléaire

Face à la crise énergétique et climatique, l’UE avance un nouveau paradigme pour la plus grande révolution écologique du monde. Le plan ne sera réalisable qu’à la condition de rogner, pour le mieux, sur l’orthodoxie économique qui fonde sa puissance de feu, pour notamment réinvestir le nucléaire.

Euractiv France
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La France dispose, depuis lors, de plusieurs années de réserves d’uranium sur son sol pour assurer le fonctionnement de ses 56 réacteurs nucléaires. Aujourd'hui, le parc est toutefois en branle, en proie à des problèmes que la perte de compétences consécutive d’années d’abandon de la filière amplifient. [EPA-EFE/MARTIN DIVISEK]

Face à la crise énergétique et climatique, l’UE avance un nouveau paradigme pour la plus grande révolution écologique du monde. Le plan ne sera réalisable qu’à la condition de rogner, pour le mieux, sur l’orthodoxie économique qui fonde sa puissance de feu, pour notamment réinvestir le nucléaire.

« La majorité du peuple français a choisi l’indépendance nucléaire. Nous ne voulons pas être dépendants indéfiniment du bon vouloir ou des caprices de ceux qui nous décomptent le pétrole et qui en fixe le prix à leur guise », déclarait en 1981 Valéry Giscard d’Estaing, dit « VGE », alors président de la République française (1974-1981).

Largement amplifiée par la guerre que Vladimir Poutine livre à Volodymyr Zelensky, la situation actuelle des prix de l’électricité n’est pas bien différente de celle du pétrole en 1973 et qui justifiait l’adoption par le président de la République George Pompidou — réaffirmé par son successeur, VGE — du plan « Messmer » de construction de 13 réacteurs nucléaires.

La France dispose, depuis lors, de plusieurs années de réserves d’uranium sur son sol pour assurer le fonctionnement de ses 56 réacteurs nucléaires. Aujourd’hui, le parc est toutefois en branle, en proie à des problèmes que la perte de compétences consécutive d’années d’abandon de la filière amplifient.

Preuve en est du choix de la Pologne d’accorder sa confiance aux Coréens et aux Américains, plutôt qu’aux Français, pour construire de nouvelles centrales.

Faut-il pour autant se résigner ?

Ne pourrions-nous pas « en Européens », selon l’expression désormais consacrée, nous inspirer du plan « Messmer » d’une ampleur Marshall, pour relancer l’UE vers la voie de l’indépendance — relative —  énergétique grâce, entre autres, au nucléaire ?

Ce, même si Bruxelles n’est pas un allié naturel, multipliant les faux-semblant contre cette « énergie du passé ».

Reconnaissons à ce titre que la dissonance cognitive est parfaite : le nucléaire représente l’abondance, alors que ces temps de conflits appellent à penser la sobriété énergétique comme un acte de résistance.

Toutefois, la situation actuelle est telle qu’elle oblige à faire face à la réalité.

D’ailleurs, n’est-ce pas déjà à l’œuvre lorsque l’exécutif européen et les chefs d’États membres serrent les mains des pétromonarques du golfe et des gaziers d’Asie centrale, sans crier gare trop fort à leurs politiques sociétales contraires à nos valeurs ?

Pourquoi, dans ce cas, rechigner à appliquer cette realpolitik au sein l’UE, dans le respect de nos valeurs, sur des énergies dont nous dispos(i)ons déjà d’un savoir-faire et d’infrastructures, et dont les quantités nécessaires sont d’un ordre infiniment plus petit que les besoins en énergies fossiles ?

À toute fin utile, le Commissariat à l’énergie atomique a constaté que pour développer une puissance de 1000 mégawatts (MW), une centrale électrique n’a besoin que de 27 tonnes d’uranium enrichi par an, contre 1,5 millions de tonnes de pétrole.

D’autant qu’au nom du climat, l’UE s’avance pour réaliser la plus grande révolution économique de son histoire septuagénaire.

Alors de grâce, pour l’amour de l’Union, entreprenons un Vatican II du nucléaire. Réinvestissons cette énergie calorique et peu coûteuse.

Demain, elle comblera le manque d’électricité renouvelable que seuls les scénarios les plus optimistes ne couplent pas à des technologies de sauvegarde pilotables.

Quitte à ne pas avoir anticipé la crise, autant pouvons-nous nous donner les moyens d’y répondre, de relâcher un temps soit peu l’orthodoxie de nos règles économiques, de concurrence et d’aides d’État, pour relancer la machine énergétique.

Déjà, l’exécutif européen et les libéraux ont fait un pas de géant en ne faisant plus front sémantique contre le mot « souveraineté », quitte à le travestir du mot « européenne ».

Avec son Plan industriel vert, la Commission européenne entreprend en effet une réponse au protectionnisme raffermi du reste du monde. Le cadre qui est posé, s’il est encore balbutiant, peut donner à l’UE la force nécessaire pour contrebalancer les faiblesses de son système économique, faire évoluer son paradigme.

Dans cette démarche, ne boudons pas nos compétences, réinvestissons nos physiciens de l’atome et nos soudeurs de réacteurs.

L’Europe n’a peut être pas de ressources, mais elle a des idées. Simon Kuper, éditorialiste au Financial Times d’obédience libérale, de nous rappeler que « sur les plus gros problèmes — la guerre en Irak, l’énergie nucléaire, le fromage — les français ont tendance à avoir raison ».