« Il faut formaliser le G20 »

Un mois après le sommet de Pittsburgh, l’économiste, membre du Conseil d’analyse économique, plaide pour le développement institutionnel de la réunion des 20 dirigeants mondiaux.

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Un mois après le sommet de Pittsburgh, l’économiste, membre du Conseil d’analyse économique, plaide pour le développement institutionnel de la réunion des 20 dirigeants mondiaux.

Après trois réunions du G20, que retenez-vous de cette nouvelle instance ?

Au bout de trois expériences, on peut considérer que le bilan est très positif. D’abord, le G20 existe. Il est manifestement en ligne avec les réalités économiques et politiques du moment. Cela fait palir le rôle du G7, même si cette formation ne disparaît pas complètement. 

Le G20 a été actif en organisant et en coordonnant des plans de relance très importants dans tous les pays du monde, et en donnant au FMI les moyens de soutenir la demande dans les pays menacés de difficultés de financement.

Il faut cependant reconnaître que l’on est sur un terrain un peu difficile. Après le G20 de Londres, qui avait suscité beaucoup d’enthousiasme, des rendements décroissants avec le G20 de Pittsburgh sont à craindre. Les résultats concrets de cette dernière réunion n’ont pas été extraordinairement nombreux…

Comment voyez-vous l’avenir de ce G20 ?

Nous sommes dans une période de transition. Les politiques de relance sont en train de faire effet. Cela provoque des signes de reprise : il faut s’en réjouir. Mais en même temps, on voit bien qu’il y a des problèmes en matière macroéconomique, en ce qui concerne ce que l’on appelle les «stratégies de sortie» qui vont se profiler. Là encore, des divergences existent entre les pays. 

Ce sujet va être discuté lors du prochain G20. De ce point de vue, le cadre existant est assez approprié, même s’il n’aboutit pas à des décisions d’une absolue limpidité. Ce sera un bon moyen de débattre au printemps de la façon dont définir le timing et l’ampleur de ces mesures de sortie.

Le plus ennuyeux est l’absence d’avancée institutionnelle.

Vous voulez parler de la formalisation de ce G20 ?

Oui, de la formalisation de sa composition, de son fonctionnement, et peut-être d’un secrétariat. Au fil des années, on avait reproché au G7, créé à l’occasion d’une crise des valeurs de paiement, d’être un peu verbeux. Il est excellent que les chefs d’État puissent se réunir rapidement en cas de crise. Mais tout cela reste informel…

Or, à un moment ou à un autre, il faudra quand même qu’une procédure de gouvernance mondiale trouve une expression plus légitime, plus institutionnelle. L’Union européenne compte par exemple sept ou huit représentants : tout cela n’est pas très raisonnable.

Quelles sont les pistes pour formaliser ce groupe ?

Il y en a principalement deux.

La première consiste à faire jouer au FMI un rôle plus important et plus formel que celui qu’il a aujourd’hui. Il s’agirait de créer au FMI un comité de ministres de l’Économie et des Finances. Les statuts du Fonds le prévoit, mais cette possibilité n’a jamais été appliqué. A la place de l’instance actuelle, qui est un Conseil d’administration sans véritable pouvoirs, ce comité aurait un rôle de directoire des affaires fiancières mondiales. La France a toujours soutenu cette idée.

Mais cette piste est un peu embarrassante pour les Européens puisque l’une des questions les plus difficiles est le poids trop élevé des chaises européennes dans le Conseil d’Administration. La négociation serait donc très délicate. 

Et la deuxième piste?

Il s’agit d’une initiative plus politique qui consisterait à composer différemment le conseil du Fonds pour former une sorte de conseil de sécurité économique de l’Onu. Cet instrument serait localisé au niveau des chefs d’État, avec des membres permanents et des membres tournant, ce qui permettrait de faciliter le problème de la composition.

Certains, dont le président Chirac autrefois, la chancelière Merkel il y a quelques mois, et l’ancien ministre des Finances turc Kemal Dervis, sont favorables à cette solution.

Et côté français ?

Je ne sais pas où on en est pour l’instant. Nicolas Sarkozy a beaucoup insisté pour dire que la présidence française [du Conseil de sécurité de l’Onu], dans 18 mois, allait être très active dans ce domaine, mais je n’ai pas encore vu les propositions qu’il mettait en avant. 

Quelle rôle joue l’Union européenne ? Peut-elle tirer son épingle du jeu, ou est-ce plutôt un boulet ?

Pour l’instant, c’est plutôt un boulet. L’Europe est en position d’accusée. Tout le monde à Washington estime que les Européens ont une représentation tout à fait disproportionnée au FMI, le fait que les Belges et les Hollandais aient des sièges à part entière est considéré comme indécent.

Donc, d’une certaine manière, les Américains et les pays émergents sont d’accord pour considérer que les Européens détiennent la clé de cette réforme. 

Pendant longtemps, les Européens ont adopté une attitude absolument immobile, en refusant d’entrer dans ces discussions. Or, les trois grands pays (l’Angleterre, l’Allemagne et la France) ont accepté de bouger et se préparent à des révisions. Parviendront-ils à donner satisfaction aux pays émergents sans blesser les pays européens qui seraient pénalisés? Cela reste à voir.

Et à plus long terme?

A un horizon un peu plus lointain, j’ai un grand espoir que les choses bougeront autour de l’Eurozone et de la relance du couple franco-allemand, qui a été un sous-produit de ce G20. A chaque fois, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont pris des initiatives communes. 

Dominique Strauss-Kahn avait avancé l’idée d’une chaise unique franco-allemande. C’est une bonne idée, et elle est toujours dans les esprits.

Mais que ce soit cette initiative ou une autre, les choses bougeront plus vite et plus significativement pour l’Eurozone que pour l’UE dans son ensemble.