Le différend entre la Bulgarie et la raffinerie Lukoil pourrait dégénérer en crise pétrolière régionale

Le retrait immédiat de la dérogation sur l’importation de pétrole russe pour la raffinerie bulgare de Lukoil pourrait conduire à une crise sur le marché des carburants dans les Balkans, a averti le Premier ministre bulgare Nikolaï Denkov dans une interview pour Euractiv Bulgarie.

/ EURACTIV Bulgarie
a view of the biggest oil rafinery, in Bulgaria, of Russian petroleum giant LUKOIL
À l’heure actuelle, deux partis bulgares, le GERB (Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie) et le DPS (Mouvement des droits et des libertés) sont favorables au retrait immédiat de la dérogation accordée à Lukoil pour l’importation de pétrole russe. [EPA/ANTON CHALAKOV]

Le retrait immédiat de la dérogation sur l’importation de pétrole brut russe pour la raffinerie bulgare de Lukoil pourrait conduire à une crise sur le marché des carburants dans la région des Balkans, a averti le Premier ministre bulgare Nikolaï Denkov dans une interview exclusive pour Euractiv Bulgarie.

À l’heure actuelle, deux partis bulgares, le GERB (Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie) et le DPS (Mouvement des droits et des libertés) sont favorables au retrait immédiat de la dérogation accordée à Lukoil pour l’importation de pétrole russe. Le premier, de centre droit, fait partie de la majorité du gouvernement Denkov, tandis que le second, centriste et libéral, siège dans l’opposition.

Le gouvernement est en revanche défavorable et met en garde contre les risques encourus si la raffinerie bulgare est obligée d’arrêter son activité en raison d’un manque de pétrole. Il s’agit en effet de la plus grande raffinerie de la région des Balkans.

« Oui, le marché est ouvert, peut-être qu’après un certain temps il pourra se remettre grâce aux importations, peut-être qu’après un certain temps la raffinerie reprendra ses activités, mais personne ne l’a fait pour savoir combien ça coûterait et combien de temps ça prendrait. Avec toute l’instabilité politique et économique — parce que c’est un problème pour la population — les prix peuvent augmenter de manière significative », a déclaré M. Denkov.

Il a cité à titre d’exemple le fait que la raffinerie Lukoil est le seul fournisseur de carburant pour l’aviation en Bulgarie. « Quiconque sous-estime ces risques joue avec le feu », a averti le Premier ministre.

Le gouvernement bulgare, explique-t-il, développera rapidement le projet d’oléoduc entre le port grec d’Alexandroúpoli et la ville de Bourgas, sur le modèle de l’interconnexion gazière Grèce-Bulgarie (Gas Interconnector Greece–Bulgaria), un gazoduc qui permet au gaz azerbaïdjanais de parvenir aux autres pays des Balkans.

M. Denkov a déclaré que le projet d’oléoduc était crucial pour la région et qu’il serait sans aucun doute rentable s’il était associé aux activités de la raffinerie de Bourgas. Ce projet a aussi de fortes implications pour l’avenir de la raffinerie de Bourgas, car celui-ci sera différent si elle est « entourée » d’un oléoduc, a déclaré M. Denkov.

L’intention de la Bulgarie est de construire un oléoduc pour l’exportation des carburants déjà produits, et en cas de problème sur le marché, d’importer rapidement de Grèce.

La Roumanie est également intéressée par l’oléoduc vers Bourgas, et envisage de financer une extension jusqu’à sa frontière.

Le projet d’oléoduc, ainsi que sa prolongation vers le nord de la Roumanie, a fait partie des sujets abordés lors de la réunion tripartite des Premiers ministres bulgare, grec et roumain, qui s’est tenue le 9 octobre près de Varna, ville bulgare située sur la mer Noire.

Réduire la dépendance à la Russie

Le projet d’oléoduc, connu à l’origine sous le nom de « Grand Chelem » et convenu par le président bulgare pro-russe Georgi Parvanov et Vladimir Poutine en 2008, prévoyait initialement de relier ces deux villes pour acheminer le pétrole russe vers la Grèce. Aujourd’hui, il s’agit d’assurer l’approvisionnement en pétrole de la région Méditerranéenne sans passer par le Bosphore.

« La Bulgarie est désireuse d’avoir des approvisionnements fiables afin que les pétroliers ne passent pas par le détroit [du Bosphore] », a déclaré le Premier ministre à Euractiv.

Nikolaï Denkov a déclaré que la Bulgarie aurait le contrôle de l’oléoduc afin que le pays ne soit pas dépendant d’« autres facteurs ».

« L’idée est de créer une société qui construira l’oléoduc et l’exploitera, comme la société qui a construit et exploite l’interconnexion gazière Grèce-Bulgarie », a-t-il expliqué.

Une partie du tracé de l’interconnexion gazière bulgare avec la Grèce sera également utilisée, car elle a déjà fait l’objet d’une évaluation environnementale.

« Nous discutons avec la Grèce pour que l’oléoduc aille jusqu’à Stara Zagora et fasse partie de l’ensemble du complexe industriel bulgare dans la région », a également déclaré Nikolaï Denkov.

L’idée d’un oléoduc entre les deux ports d’Alexandroúpoli et Bourgas existe depuis le début des années 1990.

En 2007, un accord tripartite avait été signé par des parties grecque, bulgare et russe au siège de la société russe Transneft afin de créer une société internationale pour la construction Alexandroúpoli — Bourgas. L’idée était de construire un oléoduc de 285 km de long et d’une capacité de 35 millions de tonnes pour transporter du pétrole en contournant le Bosphore, qui est très encombré. Cependant, le projet n’a pas été réalisé.

Le gouvernement intérimaire du président bulgare, Roumen Radev, l’a relancé dans l’intention de fournir d’autres sources de pétrole à Lukoil, étant donné que la dérogation pour l’importation de pétrole russe par voie maritime vers la Bulgarie expire à la fin de 2024.

Un intérêt croissant pour le nucléaire

Le Premier ministre bulgare a déclaré à Euractiv que la Grèce, la Serbie et la Macédoine du Nord étaient intéressées par la conclusion de contrats à long terme pour l’achat d’électricité provenant des futures unités 7 et 8 de la centrale nucléaire de Kozloduy, qui utiliseront des réacteurs nucléaires AP1000.

Quant à savoir s’il est possible d’obtenir un financement européen pour la construction des nouvelles installations, M. Denkov a répondu qu’il ne s’agissait pas d’un problème majeur, car le projet semble « très prometteur » pour l’État d’un point de vue économique.

« Plusieurs pays sont intéressés par le projet. Il faut établir un modèle de la manière dont l’électricité est achetée. La Grèce, la Macédoine du Nord et la Serbie sont très certainement intéressées. Mais ils doivent décider ce qu’ils préfèrent, tout comme nous devons décider ce qui est le plus rentable pour nous — entrer en tant qu’investisseurs dans le projet ou avoir des contrats fixes pour l’achat d’électricité. D’après ce que j’entends, il semble qu’ils préfèrent la deuxième option, mais la discussion est ouverte », a commenté M. Denkov.

Il a ajouté que la Bulgarie utiliserait les deux nouveaux réacteurs nucléaires comme capacités de base du système énergétique pendant l’abandon progressif du charbon.