L'UE consternée par l'assouplissement des sanctions américaines sur le pétrole russe

Le commissaire à l'économie estime que ce n'est pas le moment d'alléger la pression sur la Russie

EURACTIV.com
Valdis Dombrovskis [Photo : Daniel Gnap/NurPhoto via Getty Images]

Bruxelles a critiqué la décision américaine de prolonger une dérogation aux sanctions sur les ventes de pétrole russe, avertissant que cette mesure ne ferait qu’accroître les gains financiers de Moscou depuis le début de la guerre en Iran.

« Du point de vue de l’UE, nous ne pensons pas que ce soit le moment d’alléger la pression sur la Russie », a déclaré mardi Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l’Économie, aux journalistes avant une réunion des ministres des Finances du G7 à Paris.

« En réalité, c’est la Russie qui tire profit de la guerre en Iran et de la hausse des prix des combustibles fossiles », a-t-il ajouté. « Par conséquent, nous devons au contraire renforcer cette pression. »

Ces remarques font suite à l’annonce faite lundi soir par Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, selon laquelle Washington prolongerait de 30 jours la dérogation aux sanctions pour le pétrole russe déjà en mer.

Cette mesure « contribuera à stabiliser le marché physique du brut et à garantir que le pétrole parvienne aux pays les plus vulnérables sur le plan énergétique », a indiqué Bessent. Il a ajouté qu’elle « aiderait également à réacheminer l’approvisionnement existant vers les pays qui en ont le plus besoin en réduisant la capacité de la Chine à stocker du pétrole à prix réduit ».

Il s’agit de la deuxième prolongation de 30 jours par Washington d’une dérogation introduite pour la première fois en mars, alors que l’administration de Donald Trump cherche à contenir la flambée des prix du pétrole déclenchée par l’attaque américano-israélienne contre l’Iran fin février.

Ce conflit, actuellement soumis à un cessez-le-feu fragile, a donné lieu à des frappes répétées contre les infrastructures énergétiques du Moyen-Orient. Il a également conduit l’Iran et les États-Unis à imposer ce qui équivaut à un double blocus sur le détroit d’Ormuz, un goulet d’étranglement énergétique crucial par lequel transitait un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz avant la guerre.

La flambée des prix de l’énergie a considérablement profité à l’économie russe, qui dépend fortement des exportations de combustibles fossiles et a été mise à mal par de multiples séries de sanctions occidentales depuis son invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022.

Le Centre for Research on Energy and Clean Air, un groupe de réflexion finlandais, a indiqué la semaine dernière que les recettes d’exportation de combustibles fossiles de la Russie avaient atteint 733 millions d’euros par jour en avril : le niveau le plus élevé depuis deux ans et demi.

Les marchés sont également restés sur le qui-vive mardi matin, après que Donald Trump a annoncé qu’il avait annulé une attaque contre l’Iran à la demande des dirigeants du Golfe. Le Brent, référence mondiale du pétrole, s’échangeait à environ 110 dollars le baril, soit environ 40 dollars de plus qu’avant le début de la guerre.

(mm)