« Le libre-échange avec le Mercosur serait catastrophique pour l’agriculture »

L’eurodéputé Kader Arif (S&D/PS) revient sur la reprise des négociations commerciales entre l’Union européenne et le Mercosur. Il alerte sur la nécessité de prendre en compte les spécificités de l’agriculture.

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L’eurodéputé Kader Arif (S&D/PS) revient sur la reprise des négociations commerciales entre l’Union européenne et le Mercosur. Il alerte sur la nécessité de prendre en compte les spécificités de l’agriculture.

Pourquoi vous opposez-vous à l’accroissement des échanges commerciaux entre l’Union et les pays du Mercosur ?

Les échanges avec les pays du Mercosur ne doivent pas s’arrêter. Ils sont des partenaires agricoles importants, en particulier le Brésil. L’Union européenne importe près de 80% de sa viande bovine de ce pays.

Mais je ne vois pas pourquoi on privilégierait ces échanges à d’autres. Une relation avec ces pays, telle qu’elle avait été envisagée en 2004, allait dans le sens de la mise en place d’une zone de libre-échange. Cela serait catastrophique pour l’agriculture européenne et plus particulièrement pour l’agriculture française.

En quoi le libre-échange avec le Mercosur menace t-il le secteur agricole?

Il ne faut jamais oublier, lorsque l’on parle de l’activité rurale, dans des régions comme par exemple celle de la Haute-Garonne, que l’on évoque un secteur qui embauche la majorité de la population active. 

Si une zone de libre-échange était mise en place avec ces pays, l’agriculture européenne ferait les frais d’une concurrence déloyale pour la main d’œuvre. Les conséquences sociales et économiques seraient dramatiques.

Le secteur agricole dans son ensemble serait touché. Pas seulement l’élevage, qui représente déjà une part majeure de nos échanges avec le Mercosur, mais aussi les céréales, les fruits et légumes. 

On a également parlé de conséquences environnementales ….

Ces pays n’ont pas les mêmes normes que l’Union européenne en matière d’utilisation des pesticides, ou d’OGM. Si une zone de libre-échange était créée, il faudrait redéfinir des règles communes avec le Mercosur. La qualité de nos produits et l’impact environnemental de notre agriculture seraient dégradés.

De plus, l’intensification des exportations et des importations génèrerait des émissions de CO2. Cette logique est tout à fait contraire aux engagements pris dans le cadre du protocole de Kyoto et de la stratégie pour l’Europe en 2020.

Que reprochez-vous au contenu des décisions de 2004 ?

A l’époque, l’idée de certains États et de la Commission était de conclure un accord de libre échange pour favoriser le secteur des services et de l’industrie.

L’agriculture n’était donc pas au cœur des négociations, mais plutôt en annexe du débat. Ses intérêts n’ont pas été pris en compte et des États comme la France ont tiré la sonnette d’alarme en pointant les conséquences dramatiques d’un accord de ce type.

Si les discussions reprennent comment souhaitez-vous qu’elles s’organisent?

Il faudrait, sans aucune hésitation, mettre en place un nouveau mandat de négociation. En 2004, les États membres et la Commission européenne ont utilisé les données et expertises de 1999, sans prendre en compte les évolutions respectives de ces deux agricultures.

Le recours à une analyse indépendante, autre que celle mandatée par les commissaires, est également indispensable. 

Le Parlement souhaiterait être cette fois-ci pleinement intégré aux processus de décision, les députés voudraient pouvoir examiner les textes auparavant, puis suivre les négociations entre les États et la Commission.

Pourquoi ce manque de transparence lors des précédents échanges?

Certains États, comme l’Espagne et le Portugal entretiennent des liens historiques, culturels et surtout économiques avec les États d’Amérique Latine, et avaient donc une propension à faire du libre-échange avec eux au sein de l’Union européenne.

L’Europe doit apprendre à protéger son marché intérieur sans tomber dans le protectionnisme. Aux États-Unis par exemple, le marché est ouvert, mais les Américains savent pour autant protéger leur agriculture.