« Les produits agricoles ne sont pas des produits comme les autres »

Dans un entretien accordé EURACTIV.fr, le nouveau président de la Coordination rurale, Bernard Lannes, fait le point sur sa stratégie européenne.

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Dans un entretien accordé EURACTIV.fr, le nouveau président de la Coordination rurale, Bernard Lannes, fait le point sur sa stratégie européenne.

Vous venez d’être élu à la tête de la Coordination rurale. Quelles seront vos priorités pour la négociation de l’avenir de la politique agricole commune?

Notre priorité est de défendre la régulation européenne des marchés, sans laquelle nous n’arriverons pas à réformer la PAC. 

Nous voulons aussi construire un contre-pouvoir au Copa-Cogeca [fédération européenne de syndicats agricoles, dont la FNSEA fait partie, ndlr]. Pour ce faire, nous cherchons à nous organiser avec des syndicats de notre mouvance. Il faut pouvoir peser afin de réorienter la politique européenne. Pour l’instant, dans le texte fourre tout qu’a proposé le commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos, le mot «régulation» n’est pas gravé dans le marbre.

Que reprochez-vous au Copa-Cogeca?

Leur omniprésence aboutit à une forme de cogestion des politiques agricoles. Le pouvoir politique assimile le Copa à une majorité d’agriculteurs. Or, c’est faux. Il faut rééquilibrer ce rapport de force dans le syndicalisme.

Que pensez-vous du projet de la Commission européenne pour l’après-2013?

Pour l’instant, Dacian Ciolos, qui est un fin négociateur, a présenté un texte consensuel. Mais, dans les prochains mois, il va préciser les choses, pour que la politique que nous désirons se mette en place.

Il faut veiller à ce que les agriculteurs ne soient pas jetés, pieds et poings liés, dans un système où ils auraient une capacité de négociation très faible. Nous voulons mettre en place des organismes de négociation pour pouvoir arriver à des prix rémunérateurs pour les agriculteurs.

Vous parlez aussi d’une exception agricole…

Nous militons pour une « exception agri-culturelle ». Il faut que la PAC cesse de considérer les produits agricoles comme des produits comme les autres. Si nous ne militons pas pour une sortie de l’agriculture de l’OMC, il faut qu’elle bénéficie d’un traitement à part dans cette instance internationale. 

Par ailleurs, la série d’accords bilatéraux adoptés entre l’Europe et d’autres pays est en train de tuer la PAC, qui essaye de définir des règles communes. C’est par exemple le cas avec le Brésil. Si l’Europe veut parvenir à l’autosuffisance alimentaire, il va falloir s’y prendre autrement.