Le Parlement doit montrer l'exemple en matière d'antiracisme, selon une eurodéputée
Les membres du Parlement européen sont élus au suffrage universel direct par les citoyens et devraient donc refléter nos sociétés, a déclaré une députée européenne de l’Intergroupe antiracisme et diversité du Parlement européen (ARDI) lors d’un entretien avec EURACTIV.
Les membres du Parlement européen sont élus au suffrage universel direct par les citoyens et devraient donc refléter nos sociétés, a déclaré une députée européenne de l’Intergroupe antiracisme et diversité du Parlement européen (ARDI) lors d’un entretien avec EURACTIV.
L’Intergroupe antiracisme et diversité du Parlement européen (ARDI) vise à promouvoir l’égalité raciale, contrer le racisme et sensibiliser la population à la lutte contre la discrimination.
« À l’heure où les actes racistes et xénophobes se multiplient, il est crucial de créer des alliances multipartites solides pour défendre les valeurs européennes ; il est crucial d’endiguer le racisme et la discrimination que ce soit au sein des institutions européennes, de la société européenne et au-delà. Enfin, il est crucial de mettre en avant la diversité de manière positive », a indiqué la députée européenne et membre de l’ARDI Monica Semedo (Renew Europe).
« Dans ce contexte, les institutions européennes devraient montrer l’exemple et établir de meilleures pratiques de promotion de la diversité », a-t-elle expliqué.
Néanmoins, les ONG, les groupes de défense des droits de l’homme et les experts dans la lutte contre la discrimination déplorent depuis longtemps un manque de diversité au sein des institutions, et ce, malgré les progrès accomplis.
Les institutions européennes manquent-elles de volonté pour se diversifier ? Selon l’eurodéputée luxembourgeoise, « les membres du Parlement européen sont élus au suffrage universel direct par les citoyens. Par conséquent, ils devraient refléter nos sociétés ».
« Pour le moment, des lacunes subsistent sur le plan de la diversité », a-t-elle indiqué, ajoutant qu’aucun changement ne s’opérera tant que les listes électorales des partis à l’échelle nationale demeurent inchangées.
« Alors seulement le Conseil et le Parlement seront véritablement représentatifs des sociétés », a-t-elle poursuivi.
Depuis sa création, l’Intergroupe a mis en évidence plusieurs problématiques liées à la discrimination, notamment la répression policière au sein de l’UE à la suite du décès de George Floyd aux États-Unis d’Amérique et de Stanislav Tomas en République tchèque.
Soul Cap : sous le chapeau de la controverse
Plus récemment, l’ARDI a fait la lumière sur les inégalités raciales dans le sport, en vue des Jeux olympiques de Tokyo.
En effet, nombre de membres du groupe ont rédigé une lettre dans le courant du mois de juillet accusant la communauté sportive mondiale, notamment le Comité international olympique (CIO), « de créer des structures institutionnelles et de suivre des règles qui excluent les personnes de couleur, en particulier les femmes noires ».
Ces propos font suite au refus par la Fédération internationale de natation (FINA) d’approuver l’utilisation de bonnets fabriqués par la marque britannique Soul Cap à l’intention des nageurs et nageuses aux cheveux crépus, sous prétexte qu’ils ne « respectent pas la forme naturelle de la tête ».
Les législateurs européens ont déclaré que cette interdiction « reflétait la discrimination capillaire et entraînait des inégalités institutionnelles, ciblant en particulier les femmes noires ». Dans ce contexte, ils ont rappelé que les « traités de l’UE encourageaient le bloc à mettre en avant l’équité et l’ouverture dans toutes les compétitions sportives ».
« Nous devons prendre en compte tous les groupes de la société et les écouter lorsque nous esquissons des solutions visant à endiguer les actes discriminatoires. Nous devons adopter une approche intersectionnelle. Nous ne formons pas un groupe homogène, mais nous sommes unis dans notre diversité », a soutenu Mme Semedo.
En outre, celle-ci a salué les avancées de la Commission européenne sur les questions de discrimination, y compris le plan d’action de l’UE contre le racisme 2020-2025, le nouveau cadre stratégique de l’UE en faveur des Roms et la stratégie de lutte contre l’antisémitisme.
« La volonté de la Commission est essentielle. Toutefois, en fin de compte, il revient aux États membres d’introduire et de transposer la législation visant à éradiquer le racisme et la discrimination sur leur territoire. »
Vers des procédures d’infractions ?
Dans ses rapports et missives, l’Intergroupe a émis des critiques à l’encontre de plusieurs nations du bloc – comme la Grèce, les Pays-Bas et la Lituanie – où des manquements persistent quant à la transposition du droit européen en droit interne, plus précisément de la législation relative à la lutte contre le racisme et la xénophobie.
En ce qui concerne la Hongrie, les législateurs ont noté que le cadre juridique national n’était pas conforme à la directive sur l’égalité raciale.
« Nous pouvons esquisser des lois, mais elles demeurent inutiles si elles ne sont pas transposées. De ce fait, la Commission européenne doit redoubler d’efforts et lancer des actions concrètes », a appuyé la députée luxembourgeoise.
La Commission européenne devait-elle lancer plus de procédures d’infraction ou imposer davantage de sanctions contre les États membres qui n’introduisent pas les stratégies ébauchées à l’échelle du bloc ? « Il existe des outils considérables afin d’insuffler un vent de changement », a-t-elle fait savoir.
Cependant, « même si ces démarches s’avèrent utiles, nous devons sensibiliser la population européenne ».
« Nous devons changer la perception des choses au sein de la société. Cela ne se fera pas un jour, mais je pense que nous pouvons tendre vers une société qui accepte la diversité », a conclu la législatrice.