Personnel de santé : la présidence belge du Conseil de l’UE planche sur une stratégie

La présidence belge du Conseil de l’UE cherche à poser les bases d’une future stratégie européenne en matière de personnel de santé et veut intensifier les actions à ce niveau — des ambitions qui contrastent avec les conclusions limitées adoptées en 2010 par le Conseil, alors dirigé par la Belgique.

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Les problèmes rencontrés par le personnel de santé au sein de l’UE figurent parmi les priorités de la présidence belge, qui souhaite notamment poser les bases d’une stratégie pour le personnel de santé à l'échelle de l’Union. [<a href="https://www.shutterstock.com/da/image-photo/health-medicine-pandemic-concept-doctors-medical-2310796743" target="_blank" rel="noopener">[Shutterstock: NDAB Creativity]</a>]

La présidence belge du Conseil de l’UE cherche à poser les bases d’une future stratégie européenne en matière de personnel de santé et veut intensifier les actions à ce niveau — des ambitions qui contrastent avec les conclusions limitées adoptées en 2010 par le Conseil, alors dirigé par la Belgique, sur le même sujet.

Les problèmes rencontrés par le personnel de santé au sein de l’UE figurent parmi les priorités de la présidence belge, qui souhaite notamment poser les bases d’une stratégie pour le personnel de santé à l’échelle de l’Union.

« [Un défi] qui refait toujours surface, c’est celui du personnel de santé. Ce n’est pas un sujet facile parce qu’il est multifactoriel, mais il est clair que tout le monde est confronté à des défis liés au personnel de santé », a confié à Euractiv Pedro Facon, responsable du personnel de santé pour la présidence belge et vice-président de l’Institut belge d’assurance maladie-invalidité (INAMI).

La Commission européenne a conclu dans son rapport sur l’état de la santé dans l’UE de décembre 2023 que chaque État membre est confronté à des problèmes liés au personnel de santé.

Ces problèmes vont du vieillissement du personnel de santé à des problèmes de formation, de recrutement, de rétention et de reconversion des travailleurs du secteur de la santé.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la crise du personnel est le résultat de plusieurs crises distinctes, notamment liées au travail, à la santé mentale, à l’éducation, à l’égalité des genres et au manque d’investissements financiers.

En 2010, lors de la dernière présidence belge du Conseil, des conclusions concernant « l’investissement dans le personnel de santé européen de demain » ont été adoptées. Quatorze ans et une pandémie plus tard, de nouvelles actions au niveau de l’UE pourraient se profiler à l’horizon.

Préparer la prochaine législature

« Nous aimerions que les ministres de la Santé de l’UE en viennent à la conclusion que nous avons vraiment besoin d’une stratégie explicite et globale en matière de personnel de santé, qui ne soit pas isolée », a expliqué Pedro Facon.

« Elle doit être complémentaire aux politiques nationales ainsi qu’à certaines initiatives de l’OMS et de l’OCDE. Nous souhaitons vraiment que la prochaine Commission [européenne] développe une stratégie au niveau de l’UE pour le personnel de santé », a-t-il ajouté, expliquant que cela va déjà plus loin que les conclusions de 2010.

Le travail est déjà en cours, et la prochaine étape majeure à l’ordre du jour est la conférence sur l’avenir de l’Union européenne de la santé les 26 et 27 mars prochains, au cours de laquelle un atelier réunissant des responsables politiques, des parties prenantes et des experts de la santé discutera des pistes « pour mettre en place une meilleure approche stratégique au niveau de l’UE en ce qui concerne le personnel de santé ».

Dans un premier temps, ce débat alimentera les discussions d’une réunion informelle des ministres de la Santé qui se tiendra les 23 et 24 avril. Et si la présidence belge parvient à atteindre son but, cela débouchera sur des conclusions formulées par les ministres de la Santé de l’UE lors d’une réunion formelle du Conseil « Emploi, politique sociale, santé et consommateurs » (EPSCO) le 21 juin prochain, soit à la fin de la présidence belge.

Il est également prévu d’analyser en profondeur le cadre règlementaire en vigueur au niveau de l’UE, qui affecte le personnel de santé des États membres. Il s’agit notamment des directives relatives aux qualifications professionnelles, à la proportionnalité, aux soins de santé transfrontaliers et au commerce en ligne.

« Nous aimerions évaluer leur impact, tant positif que négatif, sur les défis que nous rencontrons au niveau national », a expliqué M. Facon, qualifiant cette analyse plus approfondie du cadre règlementaire et des instruments politiques de « réalisation importante de la présidence belge ».

Faire mieux que la dernière fois

Dans un entretien accordé à Euractiv le mois dernier, Paul De Raeve, secrétaire général de la Fédération européenne des associations infirmières, a déclaré qu’une éventuelle stratégie de l’UE pour le personnel de santé nécessiterait plus de « chair sur les os » que les conclusions du Conseil de 2010 pour faire une quelconque différence. M. Facon a reconnu que la formulation de l’époque n’était pas très ferme.

« Si vous lisez ce texte, il est beaucoup question d’échange de bonnes pratiques, de sensibilisation et de stimulation de l’apprentissage. Il s’agit donc d’une formulation assez douce. Je pense que c’était aussi probablement le meilleur résultat que l’on pouvait atteindre à ce moment-là », a ajouté M. Facon.

Une action concrète découlant de ces conclusions a été une action conjointe entre les États membres pour anticiper les besoins en personnel de santé et la planification des effectifs.

Cependant, cette fois-ci, la situation est différente, a insisté M. Facon, car une « stratégie globale de l’UE » et l’accent mis sur les mesures et les instruments europens déboucheront sur davantage « d’actions concrètes ».

En ce qui concerne la critique selon laquelle les pays manquent de volonté pour investir dans le personnel de santé, M. Facon a déclaré qu’il n’était globalement pas d’accord avec une telle affirmation, citant à titre d’exemple les efforts de la Belgique pour financer les augmentations de salaire du personnel de santé.

« Je peux accepter la remarque selon laquelle nous devons intensifier nos actions et continuer à investir dans le personnel de santé. C’est ce que nous devrions faire. […] Mais d’un autre côté, je demande également aux associations professionnelles de se montrer positives et ouvertes à des réformes, car nous avons besoin de leur soutien pour modifier les modèles d’organisation. »

Pedro Facon affirme au contraire que les États membres sont très désireux de trouver des solutions — au niveau de l’UE également, alors que les pays se sont par le passé montrés réticents à toute action à ce niveau dans le domaine de la santé car cela pourrait menacer leurs compétences nationales. La pandémie de Covid a toutefois renversé la vapeur.

« Tout comme nous avons un plan européen de lutte contre le cancer, où dans les faits une grande partie des compétences relèvent du niveau national, nous aimerions avoir une approche [similaire] au niveau européen pour le personnel de santé », a déclaré M. Facon.

Il y a de nombreuses questions, a-t-il ajouté, pour lesquelles les pays pourraient fixer des objectifs communs, notamment en ce qui concerne la pénurie de travailleurs, les conditions de travail et la santé mentale.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]