Pour La Gauche et la Finlandaise Li Andersson, la protection sociale est la clé de la compétitivité en Europe

En visant la présidence de la commission des affaires sociales du Parlement européen, la Gauche (GUE/NGL) souhaite œuvrer contre le recul des protections de l’environnement et des travailleurs au cours du nouveau mandat.

Euractiv.com
EP-171127A_EMPL
Réunion constitutive de la commission EMPL. [Parlement européen]

En visant la présidence de la commission des Affaires sociales du Parlement européen, le groupe de La Gauche (GUE/NGL) souhaite œuvrer contre le recul des protections de l’environnement et des travailleurs au cours du nouveau mandat.

Li Andersson, la nouvelle présidente de gauche de la commission de l’Emploi et des Affaires sociales (EMPL) au Parlement européen, a affirmé dans un entretien à Euractiv, que cette commission était une priorité absolue pour le groupe.

Le contexte politique est en effet particulier étant donné le virage à droite du Parlement lors des élections européennes de juin et les nombreux eurodéputés nouvellement élus qui ont spécifiquement fait campagne pour la réduction des réglementations environnementales.

« Après les élections européennes, je pense que beaucoup s’inquiètent de voir la dimension sociale et l’investissement dans le domaine social relégués au second plan », a souligné l’eurodéputée finlandaise.

Elle a ajouté que l’un de ses principaux objectifs en tant que présidente de la commission EMPL sera de s’assurer que les questions sociales restent au premier plan de l’agenda parlementaire — en s’efforçant de « relier » les questions sociales à d’autres objectifs politiques clés de l’UE, y compris la compétitivité et les transitions écologique et numérique.

« Investir dans la protection des travailleurs, l’éducation, tous ces éléments — je pense que cela, ainsi que le respect d’un agenda environnemental ambitieux, est vraiment ce sur quoi la compétitivité devrait être construite », a-t-elle déclaré.

« Je pense que c’est vraiment ce que l’Europe devrait faire dans les années à venir. »

Ses propos interviennent alors que les craintes concernant la fragilité de l’économie européenne s’intensifient et qu’un consensus se dégage parmi les chefs d’entreprises et les responsables politiques. Tous s’accordent sur l’importance d’alléger le fardeau réglementaire des entreprises pour stimuler la production et l’investissement.

Li Andersson, qui débute son premier mandat en tant qu’eurodéputée et qui a remporté le mois dernier plus de voix que tout autre député européen dans l’histoire de la Finlande, sera la seule membre du groupe de La Gauche à présider une commission parlementaire.

Selon elle, le virage à droite de l’Europe montre également l’importance pour les partis politiques « progressistes » de travailler ensemble pour renforcer le modèle social de l’Union.

« Selon moi, il est d’autant plus important que les différents groupes politiques, les différentes forces politiques [qui] conviennent de l’importance de ces questions [sociales], coopèrent pour former des majorités et des coalitions et travailler ensemble pour faire avancer l’ordre du jour. »

Des propositions concrètes s’imposent

L’eurodéputée de gauche a précisé que plusieurs textes législatifs en faveur des travailleurs ont été adoptés au cours du mandat précédent, notamment la directive sur le travail des plateformes, qui améliore les conditions d’emploi pour ceux qui gagnent de l’argent grâce au covoiturage et aux applications de livraison, et la directive sur le salaire minimum, qui fixe un objectif de 80 % pour la couverture des négociations collectives dans l’ensemble des États membres.

Li Andersson a également salué le fait que la présidente réélue de la Commission, Ursula von der Leyen, ait mentionné à la fois le droit à la déconnexion et la nécessité d’optimiser les marchés publics (qui représentent 14 % du PIB annuel de l’Union) dans ses orientations politiques pour le prochain mandat récemment publiées.

Cependant, elle a indiqué que l’exécutif européen pourrait mettre davantage l’accent sur les enjeux liés au travail, en particulier lorsqu’il s’agit de s’assurer que la sous-traitance et les marchés publics respectent le droit des citoyens à la négociation collective.

« Les conventions collectives garantissent des conditions de concurrence équitables pour les entreprises en s’assurant que personne ne bénéficie d’un avantage déloyal en termes de concurrence en maltraitant les travailleurs », a expliqué l’eurodéputée.

Elle a également exprimé son soutien à la proposition d’Ursula von der Leyen de nommer un commissaire ayant la « responsabilité directe » de s’attaquer à la crise croissante du logement en Europe, tout en soulignant la nécessité de « propositions concrètes » dans ce domaine aussi.

« Il ne suffit pas de dire que l’on a un domaine politique désigné. »

En attendant le rapport de Mario Draghi

Les remarques de Li Andersson précèdent la publication d’un rapport très attendu sur la compétitivité de l’UE par l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, qui devrait fortement influencer les politiques de l’UE pour les prochaines années.

Ces derniers mois, Mario Draghi, dont le rapport devrait être publié en septembre, s’est efforcé de trouver un juste milieu entre les appels à la déréglementation et la nécessité de protéger le modèle de protection sociale européen.

L’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) a déjà souligné que « les couches successives de réglementation ont pesé sur les investissements à long terme » dans l’Union et a appelé à une « rationalisation » du cadre réglementaire de l’UE.

Il a toutefois également souligné que « le maintien de niveaux élevés de protection sociale » à travers l’Europe n’était « pas négociable ».

La secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES), Esther Lynch, a également souligné que Mario Draghi avait « cité le modèle social nordique comme un exemple à suivre pour le reste de l’Europe » lors de leur rencontre en début d’année.

« Il sera très intéressant de voir comment [le rapport] est équilibré et à quel point la question sociale y est présente », a déclaré Li Andersson.

Ancienne ministre finlandaise de l’Éducation de 2019 à 2023, elle a reconnu que les pays nordiques pouvaient offrir des enseignements importants sur la relation entre la protection sociale et la productivité.

« Je pense que l’une des leçons que les pays nordiques, du moins dans le passé, ont apprises est qu’investir dans l’égalité et l’innovation sociale, investir pour s’assurer que nos économies traitent correctement les travailleurs, que nous avons des règles du jeu équitables pour les travailleurs et les entreprises, que nous avons une éducation de haute qualité ouverte à tous — c’est en fait très bon pour la compétitivité », a-t-elle conclu.

[Édité par Sarah N’tsia et Anna Martino]