Teresa Ribera : la COP28 doit s’engager à atteindre le pic d’émissions et à interdire les nouvelles centrales au charbon

La COP28 doit aboutir à des engagements concrets pour limiter les émissions mondiales et arrêter la construction de nouvelles centrales électriques au charbon, selon Teresa Ribera, qui représentera les États membres de l’UE lors du sommet à Dubaï.

Euractiv.com
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La vice-première ministre et ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, représentera les 27 États membres de l’UE lors du sommet qui se tiendra à Dubaï à partir du 30 novembre. [<a href="https://newsroom.consilium.europa.eu/permalink/p172084" target="_blank" rel="noopener">European Union</a>]

La prochaine conférence internationale sur le climat, la COP28, doit aboutir à des engagements concrets pour limiter les émissions mondiales et arrêter la construction de nouvelles centrales électriques au charbon, a déclaré la vice-première ministre et ministre espagnole de la Transition écologique, Teresa Ribera, qui représentera les 27 États membres de l’UE lors du sommet qui se tiendra à Dubaï à partir du 30 novembre.

Teresa Ribera a confié à Euractiv qu’une COP réussie viserait à remettre le monde sur la voie de la limitation du réchauffement de la planète à 1,5 °C et à prévenir un changement climatique drastique.

« Sur le fond, cela signifie que nous devons obtenir une référence concrète au plafonnement [des émissions], plus de [nouvelles centrales au] charbon, l’élimination progressive du pétrole, du gaz et des carburants fossiles en général – en commençant par cette référence à l’interdiction [des nouvelles centrales au] charbon », a-t-elle expliqué.

Ces objectifs sont déjà soutenus par les Vingt-Sept, qui ont défini leurs priorités pour la COP28 à Luxembourg le 16 octobre, notamment en appelant à l’abandon progressif des combustibles fossiles sans dispositifs d’atténuation et à l’interdiction de tout nouveau projet de production d’électricité à partir de charbon.

Toutefois, Mme Ribera a prévenu que certains pourraient s’opposer à cette interdiction de construire de nouvelles centrales au charbon, ce qu’elle a qualifié d’« effrayant » car « toute centrale au charbon supplémentaire rendrait presque impossible la réalisation de l’objectif de 1,5 °C ».

« Il est évident qu’il faut laisser le charbon dans le sol et de s’assurer que cela constitue la première étape vers l’abandon progressif des combustibles fossiles », a-t-elle ajouté.

Elle a également mis en garde contre les « fortes pressions » exercées par les entreprises du secteur des combustibles fossiles et les pays producteurs afin d’assouplir les mesures prises. Les précédentes COP ont été marquées par un affaiblissement de la rhétorique, notamment lors de la COP26, où l’on est passé de « l’élimination progressive » à « la réduction progressive » des émissions provenant du charbon.

Interrogée sur la manière de garantir une formulation forte, Mme Ribera a déclaré qu’elle ne pouvait rien garantir « car le processus dépend de 192 pays et les opinions divergent ». « Mais je pense que l’Union européenne doit jouer un rôle très important dans ce domaine et doit se faire entendre », a-t-elle poursuivi.

Elle fait également confiance au président de la COP28, Sultan Ahmed Al Jaber, pour « pousser les compagnies pétrolières et gazières et les pays producteurs de pétrole et de gaz à en faire plus ».

Limiter la capture du carbone

La question de savoir si le monde devrait éliminer progressivement tous les carburants fossiles ou seulement ceux qui n’ont pas de technologie pour éliminer les émissions (les combustibles fossiles sans dispositif d’atténuation) est également controversée, les États membres de l’UE préférant la seconde option.

Cependant, Mme Ribera a expliqué à Euractiv que les technologies de réduction, comme la capture du carbone, devraient être limitées aux secteurs difficiles à décarboner plutôt qu’à l’électricité ou au transport routier, où des alternatives sont disponibles.

« Concernant la mobilité, et en particulier les voitures, il peut être possible d’arriver à des technologies de réduction en amont de l’extraction et du raffinage du pétrole, mais nous ne pouvons pas avoir de dispositif de réduction dans chaque voiture, cela n’a donc pas de sens », a-t-elle expliqué.

« Bien sûr, nous sommes technologiquement neutres, mais nous devons nous assurer que ce qui est à notre portée est utilisé et que ces nouveaux investissements fournissent ce que nous attendons d’eux à un prix abordable », a-t-elle ajouté.

Cependant, lorsqu’on lui a demandé si elle pensait qu’il fallait définir l’expression « difficile à abattre » pour faciliter la discussion, Mme Ribera a répondu qu’il s’agirait d’une « seconde étape ».

Financer le changement

Lors de leur réunion à la mi-octobre, les ministres de l’UE ont également convenu de soutenir les objectifs visant à tripler la capacité mondiale en matière d’énergies renouvelables, à doubler l’efficacité énergétique mondiale d’ici 2030 et à décarboner totalement la production mondiale d’électricité dans les années 2030, ce qui, selon Mme Ribera, pourrait être soutenu par le financement de la lutte contre le changement climatique.

La question de savoir comment fournir le financement nécessaire aux pays vulnérables pour assurer la transition vers des économies durables et rembourser les pertes et dommages causés par les émissions sera, une fois de plus, l’un des principaux thèmes de la COP28.

Mme Ribera espère que les travaux préparatoires relatifs au mécanisme de remboursement des pertes et dommages seront achevés et que le monde passera à un débat plus approfondi sur le financement de la lutte contre le changement climatique.

Il s’agira notamment de déterminer comment ce financement pourrait contribuer au développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, ainsi qu’à la mise en place de systèmes d’alerte préventive, qui devraient couvrir tous les pays d’ici la fin de 2027, selon les souhaits de l’ONU.

Si des pays comme la Chine doivent jouer leur rôle dans le financement de la lutte contre le changement climatique, Mme Ribera souhaite que l’on ne se contente pas de transférer de l’argent d’un budget public à un autre.

« Je pense que le financement de la lutte contre le changement climatique devrait, en fin de compte, concerner tous les flux financiers dans le monde », a-t-elle déclaré.

« Il ne s’agit pas seulement de moderniser la gouvernance des institutions financières et des institutions de Bretton Woods, mais aussi de prendre en considération le fait que, par exemple, les compagnies pétrolières et gazières ne devraient pas seulement désinvestir leurs placements existants, mais aussi investir une partie de leurs revenus dans un développement adéquat et sans danger pour le climat dans les pays les plus vulnérables », a-t-elle expliqué.

Chaque pays doit jouer son rôle

Pour Mme Ribera, le monde doit adopter une approche unie pour lutter contre le changement climatique. Selon elle, la COP28 serait un échec si les pays la quittaient avec l’idée que chacun peut faire ce qu’il veut, au lieu d’une gouvernance mondiale pour l’action.

« Il ne s’agit pas d’identifier contre qui nous nous battons, mais avec qui nous construisons des partenariats et avec qui nous nous assurons que nous pouvons avancer ensemble sur ce chemin difficile », a-t-elle expliqué.

L’engagement de l’UE en matière de réduction d’émissions est en deçà des attentes, un objectif plus ambitieux — soutenu par Mme Ribera — n’ayant pas reçu un soutien suffisant de la part des États membres. La ministre espagnole s’est toutefois déclarée satisfaite de celui que l’UE va défendre à Dubaï.

« Je pense que ce que nous avons obtenu est bon. Et je pense que la question n’est pas de savoir ce que l’UE devrait faire en plus […], mais de s’assurer que les autres n’aggraveront pas le problème », a-t-elle ajouté.

Elle attend « beaucoup plus de la part de tous les grands émetteurs ». Les États-Unis et le Canada peuvent faire plus, la Chine ne devrait pas continuer à augmenter ses émissions et peut faire davantage que ce qui a été annoncé, et l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil ont également un rôle à jouer, a-t-elle affirmé à Euractiv.

« Je pense qu’il existe des moyens de s’assurer qu’ils peuvent se développer d’une manière différente. Bien sûr, la Chine détient aujourd’hui une part très importante des technologies vertes dans le monde entier, » a ajouté Mme Ribera, précisant que la Chine est également un financeur majeur des projets de développement et que « le type de projets qu’elle choisit de financer fait la différence ».