À Bruxelles, des agriculteurs radicaux protestent contre les règles environnementales de l’UE

Plus d’un millier d’agriculteurs venus d’au moins neuf États membres se sont rassemblés à Bruxelles mardi (4 juin) pour protester contre les règles environnementales européennes et les accords commerciaux de l’UE avec des pays tiers.

/ Euractiv.com
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Les organisateurs avaient indiqué à Euractiv en amont de la manifestation que l’évènement devait réunir plus de 5 000 personnes, mais selon la police belge, seuls environ 500 tracteurs et 1 200 participants étaient présents. [Zoran Popovici]

Plus d’un millier d’agriculteurs venus d’au moins neuf États membres se sont rassemblés à Bruxelles mardi (4 juin) pour protester contre les règles environnementales européennes et les accords commerciaux de l’Union européenne avec des pays tiers.

Les organisateurs avaient indiqué à Euractiv en amont de la manifestation que l’évènement devait réunir plus de 5 000 personnes, mais selon la police belge, seuls environ 500 tracteurs et 1 200 participants étaient présents.

La manifestation était organisée par la Farmers Defence Force (FDF), une organisation fondée en 2019 en réponse aux manifestations des défenseurs des droits des animaux aux Pays-Bas. Elle serait proche de l’extrême droite, selon certaines associations environnementales et certains syndicats agricoles qui ne se sont par ailleurs pas joints à l’évènement.

La plupart des tracteurs venaient des Pays-Bas, de Belgique et d’Allemagne, et nombre d’entre eux affichaient des messages hostiles à l’Union européenne.

Parmi les autres syndicats agricoles participants figuraient la Coordination Rurale de France, Agricoltori Italiani d’Italie, LSV d’Allemagne, Plataforma 6 d’Espagne et Solidarność de Pologne, certains connus pour leurs liens avec des partis politiques d’extrême droite.

Le lobby agricole le plus influent de l’UE, le COPA et le COGECA, ainsi que les plus grandes organisations nationales au niveau de l’UE, telles que la Coldiretti italienne, la FNSEA française et l’ASAJA espagnole, étaient absents.

Dans une ambiance festive, les agriculteurs se sont réunis autour de la scène principale, où était diffusée de la musique techno allemande tout au long de la matinée, alors que les participants pouvaient se ravitailler dans des foodtrucks à proximité.

« Ni de gauche ni de droite »

Alors que les médias associent souvent la FDF à l’idéologie d’extrême droite, Jos Ubels, vice-président de la FDF et agriculteur néerlandais, a expliqué à Euractiv que le groupe n’était « ni de gauche ni de droite ».

« Nous sommes simplement de l’opposition », a-t-il ajouté.

Selon lui, les mesures du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), en particulier la loi sur la restauration de la nature, sont responsables des difficultés du secteur agricole.

Cependant, contrairement à ce qu’il affirme, la loi sur la restauration de la nature n’a pas encore été approuvée et n’est donc pas appliquée en Europe, le feu vert des États membres étant nécessaire pour cela.

« Je pense qu’il est très malhonnête de dire que nous sauvons le climat en réduisant la production », a indiqué l’agriculteur.

Tout en se félicitant de l’assouplissement de certaines exigences environnementales dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC), accordées en réponse aux protestations agricoles, il a exhorté les responsables politiques à en faire plus.

« Les politiques voient qu’il y a une réelle détresse des agriculteurs […], mais ils doivent faire plus pour sauver les exploitations », a expliqué M. Ubels, appelant Bruxelles à abandonner ses ambitions en matière de climat et sa « législation rigide ».

« Nous voulons montrer au reste de l’Europe qu’ils doivent voter différemment cette semaine », a-t-il souligné.

Mardi, les manifestants ont fait part de leurs préoccupations nationales et européennes. Les agriculteurs néerlandais se sont particulièrement opposés au projet de leur précédent gouvernement de racheter des exploitations afin de réduire le nombre de têtes de bétail et de se conformer aux règles de l’UE en matière d’émissions d’azote.

Par ailleurs, Damian Murawiec, producteur polonais de céréales, a parlé à Euractiv des conséquences négatives des importations de céréales ukrainiennes en 2022 et 2023.

Il a également critiqué le Green Deal et le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, un compatriote, pour son rôle dans la politique phare de l’UE en matière de climat et d’environnement.

« M. Wojciechowski a fait beaucoup de mal aux agriculteurs européens, et nous ne sommes pas heureux qu’il ait été commissaire », a déclaré M. Murawiec.

Un coup d’éclat pré-électoral

Le rassemblement s’est rapidement transformé en une manifestation pré-électorale, les responsables politiques d’extrême droite exhortant les citoyens à « exclure » les groupes traditionnels du Parlement européen.

« Nous avons besoin de toutes les voix critiques de l’UE pour inverser ce qui a été endommagé ces cinq dernières années », a affirmé Rob Roos, eurodéputé néerlandais indépendant au Parlement européen, membre du groupe de droite nationaliste des Conservateurs et Réformistes européens (CRE). Il a également qualifié les décideurs politiques de l’Union comme de « communistes du climat ».

Anna Mirosława, membre du parti polonais d’extrême droite Konfederacja (« Confédération ») qui se présente comme eurodéputée, a également condamné la « politique climatique radicale » de l’UE et l’« ouverture des frontières » pour les produits alimentaires provenant de pays non membres de l’UE.

Certains discours ont abordé des théories du complot, notamment la désinformation sur les aliments à base d’insectes et les messages anti-vaccins.

Par ailleurs, les organisations environnementales ont souligné que la manifestation de mardi donnait une image erronée du secteur agricole.

Leif Miller, directeur de l’ONG verte allemande NABU, a expliqué que la proximité du FDF avec le populisme de droite « ne donne pas une bonne image de la profession qu’il prétend représenter ».

Selon lui, le secteur agricole « se tire une balle dans le pied » en plaidant pour une réduction de la bureaucratie au détriment de la protection de l’environnement.

Une porte-parole du FDF, Sieta van Keimpema, a toutefois qualifié les préoccupations des écologistes d’« hystériques ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]