À court d’argent, l’UE appelle à une meilleure prévention des catastrophes climatiques
Les États membres devraient réaliser de « meilleurs » investissements pour lutter contre le changement climatique, car les ressources financières de l’Europe atteignent leurs limites, a déclaré mardi le commissaire européen à l’Aide humanitaire et à la Gestion des crises, Janez Lenarčič.
Les États membres de l’UE devraient réaliser de « meilleurs » investissements pour lutter contre le changement climatique, car les ressources financières de l’Europe atteignent leurs limites, a déclaré mardi (12 septembre) le commissaire européen à l’Aide humanitaire et à la Gestion des crises, Janez Lenarčič, suite aux récentes inondations meurtrières en Grèce.
« Bientôt, nous pourrions ne plus être en mesure d’aider là où c’est nécessaire […] les ressources atteignent leurs limites », a déclaré M. Lenarčič au Parlement européen, appelant simultanément à une augmentation des fonds de l’UE et à plus de « flexibilité » pour les réaffecter en cas de besoin.
Le commissaire européen a souligné la nécessité de mieux investir dans la prévention et la préparation en matière de protection civile « dans l’ensemble des politiques et des programmes de l’UE ».
« Les investissements dans la préparation et la prévention sauvent des vies, protègent les communautés et épargnent les budgets », a déclaré le responsable politique slovène. Il a également ajouté que chaque euro investi dans la prévention permet d’économiser 5 à 10 euros dans la réponse aux évènements, « alors que les pertes annuelles moyennes dues aux phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes dans l’ensemble des États membres s’élèvent aujourd’hui à 14 milliards d’euros ».
Selon l’Agence européenne pour l’environnement, les catastrophes météorologiques et climatiques ont causé 56,6 milliards d’euros de dommages en 2021. Entre 1980 et 2021, les pertes totales pour 41 années se sont élevées à 560 milliards d’euros.
Des évènements « inattendus » mettent à rude épreuve les fonds de l’UE
Cet été, le sud de l’UE a été confronté à des phénomènes naturels extrêmes, allant des feux de forêt à des inondations sans précédent. Pour faire face aux conséquences de ces catastrophes, le Fonds de solidarité de l’UE a dû débloquer beaucoup plus d’argent que prévu.
Or, ce fonds est aujourd’hui épuisé, car on ne s’attendait pas à autant de catastrophes d’une telle ampleur.
« C’est pourquoi nous avons demandé un renforcement de la réserve de solidarité et d’aide d’urgence et de l’instrument de flexibilité dans la révision du cadre financier pluriannuel », a ajouté M. Lenarčič.
Une source de la Commission proche du dossier a confié à Euractiv qu’à court terme, cela pourrait se faire en proposant aux États membres de remanier leurs programmes de cohésion et leurs plans stratégiques nationaux dans le cadre de la PAC.
« L’exécutif européen peut et doit faire preuve de flexibilité et les États membres doivent demander et faire cet exercice », a déclaré la source.
La Commission a déjà offert de la flexibilité à la Slovénie pour réattribuer 3,3 milliards d’euros de ses fonds de cohésion afin d’atténuer les conséquences des inondations désastreuses qui ont ravagé le pays en août, une solution qui pourrait être proposée à tous les États membres, a continué la source.
Le cas de la Grèce
La Grèce a été la dernière victime en date d’inondations qui ont, à ce jour, ont tué 15 personnes et touché plus de 70 000 hectares de terres cultivées en Thessalie.
La catastrophe agricole est estimée à plus de 2 milliards d’euros, bien qu’il ne soit pas encore possible de se faire une idée précise des dégâts réels, étant donné que des milliers d’hectares sont encore sous l’eau.
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a rencontré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, à Strasbourg mardi, dans le cadre d’une mission visant à préserver les fonds de l’UE et à contenir la colère qui gronde dans le pays.
Mme von der Leyen a expliqué que la Grèce ne devait pas être « laissée seule » dans cette crise et a promis un plan d’aide de 2,2 milliards d’euros. Cet argent, selon des sources au fait de la discussion, proviendra principalement des fonds non utilisés du budget de l’UE 2014-2020, du nouveau budget 2021-2027, ainsi que d’autres fonds tels que NextGenerationEU.
« Il ne s’agit pas de nouveaux fonds mais de fonds qui arriveraient de toute façon à maturité dans les années à venir […] la Commission ne fera qu’accélérer les choses », a déclaré une source de l’UE à EURACTIV.
Le fonds de relance, un fiasco ?
Pendant ce temps, un haut fonctionnaire de la Commission impliqué dans les opérations d’urgence et la gestion des catastrophes a confié à Euractiv que quelques semaines avant les inondations en Grèce, le gouvernement d’Athènes avait soumis à l’exécutif européen une version révisée du plan de relance du pays, dont les projets de lutte contre les inondations avaient été retirés.
« Il s’agissait de construire des infrastructures de prévention des inondations », a déclaré le fonctionnaire, ajoutant qu’il espérait que la position du gouvernement grec changera à la suite de cette nouvelle catastrophe.
Le principal parti d’opposition grec, le parti de gauche Syriza, a soulevé la question lundi (11 septembre) dans un communiqué, mais le gouvernement n’a fourni aucune réponse au moment de la publication de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]