A Paris comme à Bruxelles, Nicolas Sarkozy soutient les constructeurs automobiles
Alors qu’à Bruxelles, la Présidence française de l’UE défend un accord a minima sur la législation relative aux émissions de CO2 des véhicules, Nicolas Sarkozy annonce à Paris un plan de soutien national pour la recherche et développement des véhicules propres.
Alors qu’à Bruxelles, la Présidence française de l’UE défend un accord a minima sur la législation relative aux émissions de CO2 des véhicules, Nicolas Sarkozy annonce à Paris un plan de soutien national pour la recherche et développement des véhicules propres.
400 millions d’euros sur quatre ans. C’est la somme que le gouvernement français investira pour venir en aide au secteur automobile touché par la crise et permettre aux industries de développer de nouveaux types de véhicules (hybrides, électriques). A titre de comparaison, l’industrie automobile française a investi 4,5 milliards d’euros en recherche et développement en 2007, selon les chiffres du comité des constructeurs français d’automobiles.
Etant donnée la position actuelle de la Présidence française de l’UE sur ce dossier, cette annonce prend un sens particulier.
Retour en arrière. Contre toute attente, la France s’est rangée du côté de l’Allemagne, le 9 juin dernier (EURACTIV.fr 10/06/08), en acceptant des objectifs moins contraignants pour les constructeurs automobiles que ceux prévus par la Commission européenne dans sa proposition.
Mais lors d’un vote le 25 septembre dernier, les députés de la commission Environnement du Parlement européen ont, au contraire, décidé de maintenir 2012 comme date butoir pour faire passer les émissions de CO2 des véhicules à 120g/km. Oubliée donc la période de transition de trois ans voulue par les constructeurs automobiles. En cas de non respect des objectifs, les amendes seront aussi lourdes que celles prévues par la Commission européenne.
Quelques jours après le vote du Parlement, un document de la Présidence française de l’UE demandant aux États membres d’assouplir les propositions du Parlement a circulé à Bruxelles. (EURACTIV.com 01/10/2008)
Catastrophés à l’issue du vote en commission Environnement, les constructeurs français semblent satisfaits de la proposition de soutien à la R&D formulée par Nicolas Sarkozy au Salon de l’Automobile. « Cette décision n’arrive pas là par hasard, explique-t-on chez l’un d’entre eux. Elle tient compte du contexte très difficile actuel et de la chute des marchés depuis quelques mois. Comme par ailleurs, les propositions de réglementation européennes sont très fortes, tout cela est très cohérent ». Cette annonce présidentielle serait donc une réponse à l’inquiétude des constructeurs français quant à leur incapacité à tenir les objectifs climatiques négociés à Bruxelles dans le contexte actuel de crise du crédit.
Car Nicolas Sarkozy a bien fait comprendre qu’il préférait un accord a minima que pas d’accord du tout. « L’absence d’accord constitue l’option la plus défavorable pour l’environnement », a-t-il indiqué. En un mot, pas question de se fâcher ouvertement avec les Allemands. Le ministre allemand de l’environnement, Sigmar Gabriel, ayant précisé après le vote au Parlement européen que son pays n’accepterait pas un accord en l’état.
Un communiqué de presse de la fédération européenne des industries automobiles diffusé le 6 octobre demande aux responsables européens de mettre en place des prêts à faible taux d’intérêt à hauteur de 40 milliards d’euros pour aider les constructeurs à créer un marché européen durable pour les technologies les plus économes en essence. Les constructeurs européens demandent également des aides pour abandonner les vieux véhicules, et ainsi renouveler la flotte.
Alors que les États-Unis ont annoncé un plan de 25 milliards de dollars de prêts à taux bonifiés, Nicolas Sarkozy a répondu à la demande des constructeurs européens. « Je vais voir avec mes partenaires [européens] comment nous pouvons mettre en place des crédits à taux bonifié pour aider l’industrie automobile européenne à s’adapter à la concurrence, spécialement avec ce qu’on fait les Américains ».
Positions :
Selon Olivier Crassous, économiste au Centre international de Recherche sur l’Environnement et le développement (CIRED), « pour que les objectifs climatiques soient respectés, il faut des menaces à long terme et des coup de pouce en recherche et développement. Mais surtout une certitude réglementaire pour que l’industrie puisse planifier ses investissements ».
De son côté Greenpeace condamne le double discours tenu par Nicolas Sarkozy. « En matière d’environnement, le président de la République a le verbe haut mais la pratique déplorable, déclare Anne Valette, de Greenpeace France. Au Mondial de l’auto, il prétend vouloir développer les voitures efficaces. Mais, à Bruxelles, dans le cadre des négociations sur la législation sur les CO2 des automobiles, il défend des objectifs au rabais ».