À Varsovie, le chancelier allemand reste évasif sur les grands dossiers
En visite à Paris puis à Varsovie mercredi 7 mai pour relancer le Triangle de Weimar, le nouveau chancelier allemand Friedrich Merz a réservé les annonces stratégiques à la France. Côté polonais, il s’est contenté de promesses d’amélioration des liaisons ferroviaires, loin des attentes sur la sécurité ou la migration.
En visite à Paris puis à Varsovie mercredi 7 mai pour relancer le Triangle de Weimar, le nouveau chancelier allemand Friedrich Merz a réservé les annonces stratégiques à la France. Côté polonais, il s’est contenté de promesses d’amélioration des liaisons ferroviaires, loin des attentes sur la sécurité ou la migration.
Mercredi 7 mai, après une élection mouvementée par le parlement allemand la veille, le nouveau chancelier allemand a effectué une tournée diplomatique éclair à Paris puis à Varsovie. Son objectif : relancer le Triangle de Weimar, cette alliance historique entre l’Allemagne, la France et la Pologne. Mais la priorité semble avoir été donnée à la France.
En effet, dans la capitale française, Friedrich Merz a promis la création d’un conseil de défense et de sécurité conjoint avec Emmanuel Macron, tandis qu’à Varsovie, il s’est contenté d’un vague engagement à développer les liaisons ferroviaires avec la Pologne.
« Il était important pour moi d’être d’abord à Paris, puis à Varsovie le même jour », a pourtant déclaré Friedrich Merz lors d’une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre polonais Donald Tusk.
Le Triangle de Weimar, une alliance trilatérale née il y a plus de trente ans, a longtemps été un organe de coordination entre l’Allemagne et ses deux grands voisins. Cependant, ces dernières années, les tensions entre les gouvernements polonais et allemand ont vidé le format de sa substance.
Friedrich Merz avait pourtant fait de l’apaisement avec Varsovie une priorité. Sous le mandat de son prédécesseur Olaf Scholz, les relations s’étaient envenimées, entre contentieux énergétiques et exigence de réparations de guerre.
Malgré la portée symbolique de cette visite, aucun geste fort n’a été posé par Friedrich Merz dans la capitale polonaise. Rien ne laisse donc penser qu’un réel tournant diplomatique est amorcé.
Lignes ferroviaires
Le chancelier a tout de même évoqué deux engagements lors de sa visite à Varsovie : la construction d’un mémorial à Berlin en hommage aux victimes polonaises du nazisme et l’amélioration des liaisons ferroviaires entre les deux pays.
Le nouveau gouvernement allemand « vient de déclarer dans l’accord de coalition que nous voulons développer les infrastructures à l’est exactement de la même manière qu’à l’ouest », a affirmé Friedrich Merz.
Le trajet en train entre Berlin et Varsovie dure environ six heures pour 600 kilomètres. Le renforcement des infrastructures de transport est une priorité pour les deux pays, notamment pour la question de la logistique militaire de l’OTAN.
« Je suis heureux que cinq minutes aient suffi aujourd’hui pour nous dire que nos pays, et plus largement l’Europe, devraient être reliés par un train à grande vitesse », s’est réjoui Donald Tusk.
Un format qui nécessite un nouveau souffle
À l’issue de sa rencontre avec le chancelier allemand, Donald Tusk a souligné que les résultats du Triangle de Weimar avaient été maigres et dépendaient souvent de la qualité des relations bilatérales.
« Il est temps de mettre un terme [à cette situation] », a-t-il affirmé, ajoutant que les deux parties s’efforceraient de renforcer leur coopération en matière de sécurité et d’infrastructures, et d’inclure le Royaume-Uni dans un partenariat quadripartite.
« En tant que vétéran de [ce format], je suis convaincu que l’avenir de l’Europe dépend dans une large mesure du bon fonctionnement du Triangle de Weimar », a-t-il ajouté.
La migration, un sujet sensible
Malgré la cordialité affichée, les tensions ne se sont pas faites oublier. Le ton s’est durci lorsque la question de la migration a été abordée, sujet de discorde entre Varsovie et Berlin depuis le rétablissement de contrôles à leur frontière commune, en octobre 2023.
Friedrich Merz a déclaré que l’Allemagne travaillerait avec la Pologne à une solution visant « l’objectif commun de réduire considérablement la migration irrégulière ».
Cependant, en parallèle de la visite du chancelier, Berlin a annoncé mercredi un renforcement des contrôles aux frontières afin de refouler les migrants illégaux, ce qui aura un impact important sur la Pologne et l’Autriche voisines. Varsovie ne se réjouira pas de cette mesure, qui intervient en pleine campagne électorale.
Si les deux hommes ont convenu que la protection des frontières de la Pologne avec la Biélorussie et la Russie était une tâche commune, Donald Tusk a tenu à souligner que « toute la responsabilité de la protection de cette frontière » incombait à la Pologne.
Autre pomme de discorde : Varsovie souhaite que le système de défense aérienne Patriot, déployé par Berlin en janvier pour protéger l’aéroport stratégique de Rzeszów — plaque tournante de l’aide à l’Ukraine — reste en place jusqu’à la fin de l’année au lieu des six mois initialement prévus.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]