« Absolument faux » : l'ancien Premier ministre Rajoy rejette toute responsabilité dans l'enquête sur l'affaire de surveillance
Ce procès remet une nouvelle fois sous les feux des projecteurs les activités passées suspectes du Parti populaire
MADRID – L’ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a « catégoriquement nié » toute implication dans l’un des plus grands scandales politiques de l’histoire récente de l’Espagne.
Témoignant jeudi devant la Cour nationale dans le cadre de ladite « affaire Kitchen », l’ancien dirigeant du Parti populaire (PP), de centre-droit, a déclaré qu’il n’avait pas ordonné la saisie et la destruction de preuves incriminantes concernant le financement irrégulier du parti, détenues par l’ancien trésorier du PP, Luis Bárcenas, pendant son mandat de Premier ministre (2011-2018).
« Il n’y a pas eu d’opération politique », a assuré Rajoy, bien qu’il ait reconnu avoir eu connaissance d’une « opération policière » après avoir quitté ses fonctions. Selon le récit de Rajoy, celle-ci a été menée « dans le strict respect de la loi ». Il a ajouté que « l’objectif fondamental » était « de saisir l’argent de Bárcenas à l’étranger et de découvrir qui étaient ses prête-noms… Pas de la paperasse ».
Entre 2013 et 2015, période durant laquelle l’opération policière présumée a été menée, Bárcenas était en détention provisoire pour son implication dans l’« affaire Gürtel », un scandale retentissant de pots-de-vin en échange de contrats impliquant des hommes d’affaires de premier plan qui avaient soudoyé de hauts responsables du parti en échange de marchés publics.
Le procès Gürtel, qui a mis fin à une enquête de dix ans, a abouti à un jugement historique contre Bárcenas et a également établi que le Parti populaire lui-même était une « entité lucrative ». Ce verdict a conduit à la destitution de Rajoy par le chef de l’opposition de l’époque, Pedro Sánchez.
Les documents secrets de Bárcenas
En 2013, on a appris que l’ancien trésorier du PP aurait tenu des registres manuscrits relatifs au système comptable secret du parti, en place depuis des décennies. Cela aurait, selon certaines rumeurs, déclenché une opération policière menée par le ministère de l’Intérieur afin de mettre la main sur ces documents.
La Cour nationale enquête actuellement sur l’ancien ministre de l’Intérieur de Rajoy, Jorge Fernández, et son adjoint, soupçonnés d’avoir orchestré cette campagne de surveillance.
Devant la justice, Rajoy a affirmé que ni les ministres de l’Intérieur ni leurs subordonnés n’auraient eu connaissance de telles opérations.
« Leur travail ne consiste pas à avoir des informateurs ni à savoir comment les fonds opérationnels (confidentiels) sont dépensés… c’est ridicule », a-t-il déclaré. Un ministre de l’Intérieur approuve les « principales allocations budgétaires », a ajouté Rajoy – qu’il s’agisse de la Police nationale ou de la Garde civile – « et non des opérations spécifiques… Ce serait absurde si tel était le cas. »
L’ancien Premier ministre a nié à plusieurs reprises que son gouvernement ait donné l’ordre de surveiller l’ancien trésorier du PP, ou de proférer des menaces à son encontre et à l’encontre de sa famille dans le but d’obtenir des preuves pouvant être utilisées contre le parti.
(ow)