Accord avec le Royaume-Uni, réforme de la PCP : avis de tempête à la commission de la pêche du Parlement européen
La réforme de la politique commune de la pêche (PCP) ou encore le renouvellement de l'accord commercial avec le Royaume-Uni seront au menu de la nouvelle commission de la pêche du Parlement européen, alors que Parti populaire européen (PPE) est en pole position pour en prendre la présidence.
La réforme de la politique commune de la pêche (PCP) ou encore le renouvellement de l’accord commercial avec le Royaume-Uni seront au menu de la nouvelle commission de la pêche du Parlement européen, dont la présidence ne devrait pas échapper au Parti populaire européen (PPE).
La commission de la pêche (PECH) est l’une des rares à avoir perdu des sièges lors de cette nouvelle législature, passant de 28 à 27 membres, dont la liste a été publiée vendredi matin (19 juillet).
« Je regrette que les questions maritimes ne soient plus une préoccupation européenne, alors que le XXIe siècle est un siècle très maritime », a réagi auprès d’Euractiv l’ancien président de la commission PECH entre 2020 et 2024, Pierre Karleskind (Renew).
Pourtant, cette législature s’annonce cruciale pour le secteur. Les députés européens auront à se prononcer sur la renégociation de l’accord commercial avec le Royaume-Uni en 2026, et sur la réforme de la politique commune de la pêche (PCP). En 2025, se déroulera également à Nice la conférence des Nations unies sur les océans.
Dans son discours devant le Parlement européen, jeudi 18 juillet, la présidente réélue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a par ailleurs annoncé un « pacte européen sur les océans » et la désignation d’un nouveau commissaire européen chargé de la pêche et des océans.
Durant son mandat de 2019 à 2024, l’ancien commissaire européen lituanien Virginijus Sinkevičius avait dirigé la politique de l’UE en matière d’environnement, d’océans et de pêche. La création de ce nouveau portefeuille témoigne de la volonté de l’UE de donner une priorité au secteur.
Deux candidats à la présidence
La présidence de la commission parlementaire, décidée le 23 juillet prochain, pourrait prendre une nouvelle tournure politique. Selon des sources au Parlement européen, deux noms sont en lice, tous deux membres du PPE et de la délégation espagnole : la nouvelle eurodéputée Carmen Crespo Díaz, déjà vice-coordinatrice de la commission de l’agriculture, et Francisco José Millán Mon.
Les deux prétendants sont politiquement alignés sur le nouveau coordinateur de la commission du PPE, Gabriel Mato, personnage influent qui a également présidé la commission de 2009 à 2014. Il « a réussi à transcender les divisions », admet son prédécesseur centriste Pierre Karleskind, s’appuyant sur un important rapport sur l’avenir de la politique commune de la pêche, élaboré par Gabriel Mato et soutenu par Renew et le groupe S&D.
Stéphanie Yon-Courtin (Renew, FR) pourrait de son côté obtenir la vice-présidence. « Nous avons besoin d’un commissaire européen dédié à la pêche », a-t-elle insisté auprès d’Euractiv.
L’élue normande, déjà membre de la commission lors de la dernière législature, a annoncé qu’elle se battrait pour un « meilleur encrage local » de la pêche européenne, et pour « une forte protection des ressources face au changement climatique ».
Avis de tempête
Cette législature s’annonce houleuse, voire tempétueuse, pour les 27 membres de la commission PECH.
En 2026, ils dervont prendre en main de renouvellement de l’accord de pêche avec le Royaume-Uni. Le maintien des licences de pêche dans les eaux britanniques, valables depuis 2021, suite au Brexit, n’a rien de garanti, même si l’arrivée des travaillistes au pouvoir pourrait faciliter les discussions.
« Il va falloir maintenir les autorisations avec l’aide des Néerlandais et des Belges, trouver les bonnes personnes pour faire des alliances et se parler », explique pour Euractiv Isabelle Le Callennec, (PPE), eurodéputée de Bretagne, première région française en matière de pêche, qui a perdu près d’une centaine de bateaux dans le cadre du plan de sortie de flotte post-Brexit.
La PCP, dont la dernière révision date de 2013, devra également être révisée. « Les deux défis seront d’intégrer la souveraineté alimentaire, à l’heure où 70% des produits de la mer consommés dans l’UE sont importés, et la question du changement climatique », avance Pierre Karleskind.
Le développement de l’aquaculture et l’impact des mesures environnementales sur la capacité de pêche ou encore les quotas figureront à l’ordre du jour, tout comme l’adaptation au changement climatique (décarbonisation et renouvellement de la flotte).
Autre dossier qui devrait s’imposer rapidement aux élus : la pêche de fond et son interdiction dans les Aires marines protégées (AMP). Dans son plan d’action pour 2023, l’exécutif européen a suggéré une élimination progressive de cette technique de pêche d’ici 2030.
La Grèce, la Suède et le Royaume-Uni ont récemment annoncé des interdictions et des restrictions, tandis que d’autres pays défendent la pêche de fond comme un élément essentiel de leur viabilité économique dans le secteur.
La dimension géopolitique pourrait enfin jouer un rôle de plus en plus important dans les débats. « Il y a une guerre presque ouverte dans le Pacifique pour l’accès aux hautes eaux pour la pêche et nous avons une relation tendue avec la Chine dans tous les océans », prévient Pierre Karleskind.
Selon lui, le dégel de l’océan Arctique et l’apparition de nouvelles routes maritimes devraient faire l’objet d’une attention particulière de la part de la nouvelle commission. Elle se réunit pour la première fois le 23 juillet prochain.