Les conchyliculteurs réclament une politique européenne commune pour lutter contre le réchauffement climatique

La filière européenne du coquillage doit s'adapter aux conséquences du réchauffement climatique, qui affecte la production du continent. Pour sortir la tête de l'eau, les organisations professionnelles demandent une politique aquacole commune et une véritable stratégie de relance.

Euractiv France
Mussel Farming at low tide
Le réchauffement climatique met la filière coquillage européenne dans une situation de plus en plus délicate, alors que démarre l’une des plus importantes périodes de l’année à l’approche des fêtes de Noël. [Getty Images/edencophoto]

La filière européenne du coquillage doit s’adapter aux conséquences du réchauffement climatique, qui affecte durement la production du continent. Pour sortir la tête de l’eau, les organisations professionnelles demandent la mise en place d’une politique aquacole commune et d’une véritable stratégie de relance.

Le réchauffement climatique met la filière coquillage européenne dans une situation de plus en plus délicate, alors que les fêtes de Noël approchent.

« La filière subit plusieurs crises liées à la dégradation de la qualité des eaux, principalement en raison des conséquences du réchauffement climatique — hausse de la température des eaux, de la salinité, acidification », explique pour Euractiv Thibault Pivetta, secrétaire de l’association européenne des producteurs de mollusques, qui regroupe 90 % des producteurs de l’UE.

En France, la production de coquillage a été divisée par deux en l’espace de 20 ans, selon le Comité national de conchyliculture. « Toutes les filières européennes sont concernées, ajoute le spécialiste, principalement le pourtour méditerranéen, qui connaît un réchauffement de ses eaux plus important. »

Ces deux dernières décennies, la production de moules s’est effondrée de 60 à 70 % en Galice, la principale région de production en Europe avec la Catalogne.

Espèces invasives et problèmes sanitaires

Si l’ensemble des pays producteurs subissent les conséquences du réchauffement global, celles-ci se matérialisent différemment selon les régions.

L’Italie, premier producteur européen de palourdes, fait ainsi face à un prédateur exotique redoutable, arrivé par des navires, mais dont l’expansion s’accélère à la faveur de l’augmentation des températures : le crabe bleu. En l’espace de quelques années, ce dernier a décimé 80 % de la production de palourde dans la botte, selon le spécialiste.

Ce sont parfois des espèces endémiques qui prolifèrent. En France, entre la Bretagne et la Normandie, les araignées de mer ont décimé de 80 % à 100 % de la production de moules de Bouchot l’année dernière, « dans plusieurs exploitations ».

Le réchauffement des eaux favorise également le développement d’agents microbiens (virus, toxines) qui contaminent les coquillages, et propagent diverses maladies pouvant affecter les consommateurs.

« L’intensification des crues des rivières déverse dans la mer une eau trop riche en matière organique et favorise le développement de toxines sur les côtes. Inversement, les sécheresses répétées limitent le ruissellement des eaux terrestres, entraînant parfois un manque de matière organique », ajoute Thibault Pivetta.

Selon les derniers chiffres de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), 141 cas d’infections aux norovirus ont été enregistrés en Europe en 2021 suite à une consommation de fruits de mer — principalement des mollusques.

Pour faire face à ces défis, des adaptations seront nécessaires : trouver de l’eau plus froide en déplaçant les cultures plus au large, et mettre en place des bassins de purification sur terre afin de protéger les coquillages des pollutions.

Cette année, la Catalogne a décidé de délocaliser un site de production à plusieurs centaines de kilomètres au nord du pays, dans Delta de l’Ebre, pour faire face au réchauffement, relève par exemple le journal L’Indépendant.

Les espèces cultivées changent également. Depuis quelques années, l’huitre plate européenne, espèce endémique ayant frôlé l’extinction au XXe siècle, fait son grand retour dans les parcs car plus adaptée à l’évolution du climat.

Création d’une politique aquacole commune

Les producteurs de l’UE appellent les pouvoirs publics à soutenir davantage le secteur, qui ne parvient pas à trouver sa place dans les différentes politiques européennes, à cheval entre la Politique commune de la pêche (PCP) et la Politique agricole commune (PAC).

Pour Thibault Pivetta, la plupart des producteurs dirigent de petites entreprises qui bénéficient de fonds comme le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA) de la PCP, et des projets Horizon 2020, mais de manière insuffisante, aides pour l’aquaculture étant « surtout captés par la pisciculture et la production de saumon ».

L’association européenne des producteurs de mollusques profite de la nouvelle législature (2024-2029) pour réclamer la mise en place d’une véritable politique commune aquacole. Si cette option ne figure pas dans le calendrier de la Commission européenne, le prochain commissaire aux Océans et à la Pêche Kóstas Kadís a tout de même annoncé vouloir faire de l’aquaculture l’une de ses priorités.

Selon la filière, le coquillage est un des leviers qui permettra à l’Union de retrouver sa souveraineté protéique, alors que près de 70 % des produits de la mer consommés sont aujourd’hui importés de pays tiers.

Alors que l’accord entre l’UE et les pays du Mercosur suscite actuellement d’intenses débats, notamment dans le monde agricole, Thibault Pivetta rappelle que les Européens consomment aussi de nombreux produits de la mer provenant d’Amérique latine.

« Les moules consommées en Europe proviennent notamment du Chili. Nous regrettons d’avoir été si peu consultés autour de l’accord UE-Mercosur, alors qu’il y a, pour nous aussi, de vraies inquiétudes », déplore-t-il.

[Édité par Anne-Sophie Gayet et Laurent Geslin]