La Commission européenne veut restreindre la pêche dans la mer Baltique
La Commission européenne a annoncé lundi 26 août des quotas de pêche plus restrictifs dans la mer Baltique, hormis pour le hareng, tout en appelant à une application plus stricte des règles européennes sur le contrôle des pêches.
La Commission européenne a annoncé lundi 26 août des quotas de pêche plus restrictifs dans la mer Baltique, hormis pour le hareng, tout en appelant à une application plus stricte des règles européennes sur le contrôle des pêches.
L’exécutif européen a présenté lundi les totaux admissibles des captures (TAC) pour la mer Baltique en 2025, qui devront encore être validés par le Conseil de l’UE au mois d’octobre.
« Je suis préoccupé par le mauvais état des stocks halieutiques de la mer Baltique », s’est inquiété Maroš Šefčovič, vice-président exécutif de la Commission chargé du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), des Relations interinstitutionnelles et de la Prospective.
« L’importance de prendre des mesures pour remédier à la situation désastreuse des principales espèces commerciales devient de plus en plus évidente chaque année », a-t-il ajouté.
La Commission propose ainsi de réduire les captures de saumon dans le bassin principal de la mer baltique (-36%) et dans le golfe de Finlande (-20%), ainsi que celles des sprats (-42%).
Alors que la pêche ciblée du cabillaud est interdite depuis 2019, les prises accessoires inévitables doivent baisser de 73 %, de 68 % dans la mer Baltique orientale, et de 50 % dans la mer Baltique occidentale (-50 %), selon la Commission.
En revanche, l’exécutif entend doubler les possibilités de pêche du hareng dans la mer Baltique centrale (+ 108 %) et de l’augmenter de 10 % dans le golfe de Riga. Les propositions pour le hareng de Botnie ne sont pas encore connues.
Diminution des stocks halieutiques
Ces restrictions interviennent dans un contexte d’effondrement de la ressource halieutique dans la mer Baltique, cette zone de 400 000 km² qui borde neuf pays du Danemark à la Russie.
En cause ? La surpêche observée depuis des décennies, avec une pression qui ne fait que s’intensifier notamment pour les harengs et les sprats pêchés pour alimenter les élevages de saumons.
La Commission avait proposé à l’été 2023 d’interdire totalement la pêche au hareng de la Baltique centrale et du golfe de Botnie en se basant sur les recommandations scientifiques du Conseil international pour l’exploration des mers (CIEM). Une interdiction rejetée en octobre de la même année par les États baltes au Conseil, s’accordant tout de même sur une réduction des totaux admissibles des captures du hareng de la Baltique centrale de 43 %.
La mer Baltique est également la mer la plus polluée d’Europe, en raison notamment de la présence d’armes chimiques qui se trouvent au fond de l’océan
Incompréhension des scientifiques
L’augmentation en 2025 de 108 % des possibilités de pêche pour le hareng de la Baltique centrale et de 10 % pour le hareng dans le golfe de Riga est jugée « irresponsable » par les scientifiques de l’Université de Stockholm.
Ces derniers se sont exprimés sur la question en juin, au moment de la publication du rapport annuel du CIEM, estimant que le quota de capture pour le hareng de la Baltique centrale peut être augmenté en raison de la bonne évolution des stocks.
« Il est irresponsable et contraire au principe de précaution d’ouvrir à une pêche fortement accrue un stock de harengs encore en mauvais état et dont les prévisions sont incertaines », notait Henrik Svedäng, chercheur au Centre de la mer baltique.
« La proposition de la Commission est […] conforme au plan pluriannuel pour la gestion du cabillaud, du hareng et du sprat en mer Baltique », précise ce lundi la Commission, se basant sur les avis scientifiques du CIEM.
Les scientifiques pointent le fait que le CIEM précise lui-même que les estimations restent « incertaines » en raison « des erreurs de déclaration des espèces » par les pêcheurs. Il « existe des preuves que ce problème est toujours d’actualité », poursuit l’organisme.
Contrôles des pêches
Pour Europêche, le représentant des pêcheurs industriels, l’augmentation des quotas de harengs aura des « effets limités » pour la filière, alors que l’espèce connait une « croissance remarquable ».
« Le déclin actuel des principales espèces de la mer Baltique n’est pas dû à la surpêche, mais aux conditions environnementales difficiles et aux facteurs naturels de la mer elle-même », ajoute l’association, qui pointe la responsabilité de la prédation des cormorans, les mauvaises conditions d’oxygénation, la migration des poissons-proies et les parasites liés aux populations de phoques.
L’effondrement reste lié à « l’absence de mise en œuvre de la législation de l’UE », insiste de son côté la Commission, c’est-à-dire des « déclarations erronées de la pêche », pouvant entraîner « une surpêche cachée ».
Les scientifiques demandent notamment de renforcer les contrôles sur les déclarations des prises accessoires. A contrario, les ministres letton et estonien avaient proposé le 29 avril dernier d’alléger, sur ce point précis, le nouveau règlement sur le contrôle des pêches.
« Pour faire en sorte que les pêcheurs locaux puissent à nouveau compter sur des stocks halieutiques sains pour leur subsistance, il est indispensable de mettre pleinement en œuvre la législation de l’UE à tous les niveaux », a déclaré lundi Maroš Šefčovič.
Le Conseil de l’UE devrait examiner la proposition de la Commission lors de réunions les 21 et 22 octobre 2024.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]