Accord Italie-Albanie : Giorgia Meloni persiste et signe, malgré les décisions judiciaires
Le gouvernement italien a décidé de poursuivre le transfert des migrants vers l’Albanie, malgré la décision d'un tribunal romain d'y mettre fin, arguant qu'il était impossible de déterminer si les exilés envoyés en Albanie venaient de pays dits "sûrs".
Le gouvernement italien a décidé de poursuivre le transfert des migrants vers l’Albanie, malgré la décision d’un tribunal romain d’y mettre fin, arguant qu’il était impossible de déterminer si les exilés envoyés en Albanie venaient de pays dits « sûrs ».
Malgré le risque de nouveaux revers juridiques, le gouvernement veut y aller. Sans attendre, il poursuit la mise en œuvre de son accord migratoire avec l’Albanie et a dépêché son navire des garde-côtes Libra en haute mer pour de possibles interceptions d’embarcations.
Les transferts vers l’Albanie de migrants en situation irrégulière devraient reprendre cette semaine, 20 jours après l’arrêt de la première mission — qui comptait 12 migrants à bord, lesquels ont été rapidement renvoyés en Italie à la suite d’une décision judiciaire.
Le 18 octobre dernier, la chambre du tribunal de Rome chargée des questions migratoires a refusé de valider la détention de 12 migrants dans un centre de détention à Gjader, en Albanie, tandis que le tribunal de Bologne a saisi la Cour de justice de l’Union européenne d’un décret italien qui tente de rallonger la liste de pays dits « sûrs ».
Ces décisions ont déclenché un conflit majeur entre le gouvernement et le pouvoir judiciaire.
Alors que les tensions s’intensifient, une sécurité accrue a été mise en place pour la juge Silvia Albano, l’un des six juges de Rome qui ont refusé de valider les détentions albanaises, après que celle-ci a reçu des menaces de mort.
Giuseppe Santalucia, président de l’Association nationale des magistrats italiens, s’est interrogé sur les critiques formulées à l’encontre de la décision du tribunal de Bologne de demander à l’Union européenne (UE) de clarifier la légalité des détentions de personnes en Albanie.
Des avocats spécialisés en droit pénal ont également exprimé leur soutien samedi 2 novembre dernier, déclarant dans une lettre qu’il était « franchement impossible » de considérer la décision judiciaire comme une attaque politique.
Des personnalités de l’opposition, dont Nicola Fratoianni de l’Alliance des Verts et de la Gauche, continuent de dénoncer le projet comme une « opération de propagande coûteuse ».
En revanche, Manfred Weber, chef de file du Parti populaire européen (PPE), s’est montré favorable au projet, déclarant à La Stampa que « toutes les solutions innovantes ont besoin de temps » et décrivant le modèle albanais comme une tentative européenne de démanteler les réseaux d’immigration clandestine.
La controverse persiste également sur les coûts de l’opération.
Des plaintes ont été déposées concernant les frais d’hébergement du personnel chargé de l’application de la loi, le gouvernement allouant 9 millions d’euros par an pour loger 300 agents en Albanie dans des hôtels quatre ou cinq étoiles.
Toutefois, des sources du ministère de l’Intérieur ont précisé que « le montant de 9 millions d’euros représente le coût maximum estimé, en supposant que le personnel de sécurité alloué soit pleinement utilisé » et que « le choix des installations a été fait conformément aux normes fixées par les accords syndicaux ».
En outre, la Cour des comptes italienne a commencé à examiner les plaintes déposées par Italia Viva et le Mouvement 5 étoiles, selon lesquelles le transport par le Libra de 16 migrants vers l’Albanie constituait une mauvaise gestion financière. Les auditeurs de l’État ont entamé des évaluations préliminaires qui pourraient déboucher sur des enquêtes plus approfondies.