Accusé de vouloir enterrer le projet de loi climat pour 2040, le PPE se défend

Le Parti populaire européen (PPE) a rejeté les accusations d’une eurodéputée d’extrême droite qui affirme que le groupe aurait volontairement laissé les Patriotes pour l’Europe prendre la main sur le projet de loi sur l’objectif climatique pour 2040 afin d’en bloquer l’adoption.

EURACTIV.com
Liese
L'eurodéputé allemand Peter Liese (PPE). [Alexis HAULOT]

Entrée en vigueur en 2021, la loi européenne sur le climat fixe l’objectif de neutralité carbone de l’Union européenne d’ici à 2050. Elle prévoit également une étape intermédiaire : réduire d’au moins 55 % les émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Le texte en discussion concerne l’objectif 2040, une étape clé pour atteindre la neutralité à long terme.

En juillet, la Commission européenne a proposé d’ajouter un objectif de réduction de 90 % des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2040 par rapport à 1990. Cela impliquerait un sérieux renforcement des mesures climatiques, mais cet objectif ambitieux doit encore être accepté par le Parlement européen et les États membres au sein du Conseil de l’UE.

Dans la foulée de la proposition, une polémique a éclaté au Parlement avec la nomination de l’eurodéputé Ondřej Knotek, du groupe des Patriotes pour l’Europe, au poste de rapporteur sur le projet de loi.

Cette désignation lui conférait une influence considérable sur le calendrier d’adoption du texte, ce qui en a alarmé plus d’un. Les écologistes et les progressistes de l’hémicycle ont insisté sur le fait que le PPE (centre-droit) aurait pu user de son poids politique pour empêcher cette nomination — le PPE étant le plus grand groupe du Parlement européen.

Le 5 septembre, Anna Bryłka, eurodéputée polonaise du groupe des Patriotes, a jeté de l’huile sur le feu en affirmant que son groupe a été autorisé à prendre la tête du projet de loi parce qu’il était « censé le bloquer ». Dans une vidéo publiée sur YouTube par un site d’information polonais, elle parle d’une « aide camouflée » du PPE et explique que le parti leur a délibérément laissé prendre le contrôle du dossier afin de ne pas être perçu comme entravant lui-même son avancement.

Récemment, Peter Liese, responsable de la politique environnementale pour le PPE, a vivement rejeté les propos d’Anna Bryłka. « Il n’était en aucun cas dans notre intérêt que les Patriotes prennent la tête de la révision de la loi sur le climat », a-t-il confié à Euractiv.

Il a déclaré qu’il ne savait pas si l’eurodéputée d’extrême droit était « elle-même mal informée ou si elle mentait sans vergogne », mais que, dans les deux cas, ses propos étaient erronés. « Dans le processus dont je suis responsable du début à la fin en tant que coordinateur, il n’y a jamais eu de coopération du type évoqué par [Anna] Bryłka », a-t-il précisé. « Contrairement à [Anna] Bryłka, qui n’est pas membre de la commission de l’Environnement et n’a aucune connaissance de la procédure, j’ai été impliqué dès le début », a martelé l’eurodéputé allemand.

Selon Peter Liese, d’autres groupes politiques auraient pu réclamer la gestion du dossier après le retrait du PPE, mais aucun ne l’a fait.

Pour autant, un élément nourrit les suspicions : le PPE s’est rangé aux côtés des Patriotes pour rejeter une proposition visant à accélérer l’examen du texte au Parlement. Cette manœuvre, proposée par les groupes progressistes, avait pour objectif de limiter l’influence du groupe d’extrême droite sur le dossier.

Pas de position officielle

Peter Liese a reconnu que certains membres de son groupe avaient « demandé le rejet » de l’objectif de réduction des émissions de 90 % pour 2040, mais a souligné que cette position n’était ni la sienne ni une ligne officielle de son groupe — qui n’a pas encore arrêté sa position sur la question.

« Notre objectif est de parvenir à un accord sur un objectif pour 2040 et, en particulier, de créer les conditions permettant de garantir que cet objectif puisse être réellement atteint », a déclaré Peter Liese, s’exprimant en son nom propre et au nom de sa collègue Lídia Pereira, la négociatrice en chef du PPE sur ce dossier.

Dans un courriel, les deux législateurs ont également clarifié certains détails de la proposition d’amendement du PPE visant à avancer la date permettant l’utilisation des crédits carbone internationaux pour atteindre l’objectif climatique pour 2040.

« Nous espérons que cela permettra d’obtenir une majorité plus large au Conseil et contribuera également à trouver une majorité stable au Parlement », ont expliqué les deux eurodéputés PPE.

Ces crédits permettraient aux États membres de financer des projets climatiques dans des pays tiers et de comptabiliser les réductions ainsi obtenues dans leurs propres bilans.

Peter Liese et Lídia Pereira ont précisé que l’idée d’une contribution « annuelle » de ces crédits ne signifiait pas que seuls 60 % de l’effort climatique seraient assumés au niveau national en 2040 — une interprétation « totalement trompeuse », selon eux.

Le PPE s’est déclaré « disposé à faire des compromis avec les autres groupes » à ce sujet, mais a précisé que « sa capacité à trouver un compromis avec les Socialistes et Démocrates européens [S&D], [les libéraux de] Renew et peut-être les Verts dépendra fortement de la flexibilité de ces groupes ».

Alexandra Brzozowski a contribué à la rédaction de cet article.

(asg)