Affaire Julien Bayou : le ministre de la Justice alerte sur les risques d’une « justice privée »
Le ministre de la Justice a réagi mardi aux récentes affaires de violences conjugales qui secouent la gauche depuis quelques jours, mettant en garde contre la dérive vers une gestion privée de la justice, ciblant implicitement Sandrine Rousseau, révélatrice de « l’affaire Bayou ».
Le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti a réagi mardi (27 septembre) aux récentes affaires de violences conjugales, avérées ou supposées, qui secouent la gauche française depuis quelques jours, mettant en garde contre la dérive vers une gestion privée de la justice, ciblant implicitement Sandrine Rousseau, révélatrice de « l’affaire Bayou ».
Pour rappel, Julien Bayou a quitté lundi (26 septembre) ses fonctions de secrétaire national d’Europe Écologie-les Verts (EELV), après avoir été accusé par la députée EELV Sandrine Rousseau d’avoir eu, à l’égard de son ancienne compagne, des « comportements de nature à briser la santé morale des femmes ».
Cette dernière, selon le récit de Mme Rousseau en direct sur France 5 le 19 septembre dernier, aurait fait une tentative de suicide après s’être séparée du patron des Verts. Toujours selon Sandrine Rousseau, une fois l’émission terminée et hors antenne, il n’y avait pourtant rien de « pénalement répréhensible » dans l’attitude de Julien Bayou, comme l’a révélé le lendemain un journaliste présent.
Après s’être mis en retrait, M. Bayou a donc démissionné en dénonçant une « situation intenable et le contexte délétère [qui] semble empêcher tout discernement, dans un moment où la société bascule et cherche le point d’équilibre pour cette si nécessaire révolution féministe ».
Son avocate, Marie Dosé, a pris le relais en s’inquiétant, lundi devant la presse, que son client soit « présumé coupable d’accusations rendues publiques dont il ne sait rien » et qui ne font ni l’objet de plaintes ni de procédures judiciaires.
Maître Dosé dénonce « une instrumentalisation du combat » de la libération de la parole des femmes à des fins politiques, en se référant notamment au congrès EELV qui doit se dérouler à la fin de l’année. Par la voix de son avocate, M. Bayou appelle son parti à ne céder « ni à la suspicion ni à l’intimidation et encore moins à l’instrumentalisation des souffrances ».
Le ministre de la Justice appelle au respect des institutions
Lors d’une conférence de presse sur le budget de la Justice mardi (27 septembre), le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti a été interrogé sur les différentes affaires qui agitent la gauche ces dernières semaines.
Celui qui était avocat pénaliste avant d’entrer au gouvernement a d’abord mis en garde contre l’émergence d’une « justice de droit privé […] mortifère et délétère pour nos institutions et en particulier pour la Justice ».
Le ministre constate que « certains se font dévorer par un monstre qu’ils ont contribué à créer », en pointant ainsi les contradictions des élus de gauche qui, lorsque des affaires de ce type déferlent sur d’autres partis, appellent à la démission ou au retrait des accusés avant même que la justice ne se soit prononcée – comme dans le cas de Damien Abad par exemple.
En effet, dans le cas du député La France insoumise Adrien Quatennens – situation bien différente de celle de M. Bayou –, le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon a exclu toute idée de démission de son dauphin, qui a reconnu des faits de violence à l’égard de son épouse, rendus publics par la presse.
Or en mai dernier, M. Mélenchon assurait vouloir faire de la lutte contre les violences faites aux femmes une priorité : « nous croyons d’abord la parole des femmes ». Il assumait que cela puisse paraître « arbitraire, mais il faut faire un choix ». Un choix politique, donc, que le leader de la gauche radicale ne semble pas vouloir appliquer à ses proches, comme le lui ont fait remarquer aussi bien les journalistes que les membres d’autres partis.
Entre autres, le député Renaissance Paul Midy – un des anciens patrons de La République en marche – s’interrogeait récemment sur le fait que « [les Insoumis] sont très durs avec les autres et très faibles avec eux-mêmes ».
M. Dupond-Moretti remet notamment en cause la gestion par les partis eux-mêmes des accusations de violences sexistes et sexuelles – physiques ou psychologiques – qui visent leurs propres membres.
« Pour la démocratie c’est extrêmement dangereux. La justice, c’est notre pacte social et ne peut pas être dévoyée, en aucune façon, par qui que ce soit, et encore moins par des responsables politiques », a-t-il conclu.