« Airbus des engrais » : la France va accueillir la première usine européenne bas carbone
La France a annoncé ce lundi (13 mai) le lancement, par un consortium européen, d’un projet d’usine d’engrais azotés dans le nord du Pays. Objectif : se défaire de la dépendance russe, qui reste le premier fournisseur, et décarboner la filière. Une première mondiale selon le gouvernement.
La France a annoncé ce lundi (13 mai) le lancement, par un consortium européen, d’un projet d’usine d’engrais azotés dans le nord du pays. Objectif : se défaire de la dépendance russe, qui reste le premier fournisseur européen, et décarboner la filière. Une première mondiale selon le gouvernement.
Lors du sommet Choose France, une réunion annuelle de chefs d’entreprises du monde entier qui s’est déroulée au Château de Versailles lundi, le président Emmanuel Macron a annoncé le lancement d’une production de 500 000 tonnes d’engrais azoté décarboné par an.
« Une première mondiale pour la décarbonation de notre agriculture et pour notre souveraineté alimentaire, qui permettra d’éviter l’émission de près de 1 million de tonnes de CO2 par an et de réduire de 30 % nos importations d’engrais azotés », a souligné la veille le ministre délégué de l’Industrie et de l’Énergie Roland Lescure dans une interview à La tribune.
L’accès des agriculteurs aux engrais azotés est un sujet majeur depuis le début du conflit en Ukraine, puisque la Russie et la Biélorussie assurent à elles deux l’essentiel des besoins européens.
Ces produits, constitués essentiellement de gaz naturel, sont devenus le symbole de la dépendance à Moscou et un enjeu de souveraineté.
Selon un récent rapport rapport d’Eurostat, le gaz naturel et les engrais sont les seules importations russes qui n’ont pas diminué pas dans l’UE. Même si la tendance est à la baisse cette année, les engrais azotés, les plus utilisés en agriculture, représentent toujours près d’un tiers des importations européennes totales.
30 % de la consommation européenne
Le projet à 1,3 milliard d’euros, présenté comme le « Airbus de l’engrais », est porté par FertigHy, un consortium d’industriels européens du secteur de l’énergie et de l’agroalimentaire.
Parmis eux, le leader du photovoltaïque RIC Energy, l’entreprise d’ingénierie italienne Maire Tecnimont, l’Allemand Siemens Financial Services, la coopérative agricole française In Vivo et le brasseur néerlandais Heineken.
Outre la reconquête de la souveraineté alimentaire, le projet entend construire la première usine d’engrais à faible émission de carbone. Comment ? En remplaçant l’hydrogène issu du gaz naturel, l’hydrogène gris, par de l’hydrogène issu de l’électricité (hydrolyse de l’eau).
Initialement prévue en Espagne, l’usine sera implantée en France, dans la région des Hauts-de-France, à partir d’électricité issue du nucléaire et du renouvelable, et émettra donc peu de CO2.
L’usine produira 500 000 tonnes d’engrais azoté d’ici 2030. La construction devrait démarrer en 2027.Selon FertigHy, cela permettra de répondre à 15 % de la consommation française, et 30 % des besoins européens.
Ambitions européennes
Alors que l’agriculture européenne est responsable de 10 % des émissions de gaz à effet de serre, la société entend s’aligner sur les ambitions du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), en particulier le paquet « Fit for 55 », qui vise à réduire de 55 % les émissions de carbone de l’UE.
Cette ambition s’inscrit également dans la stratégie européenne sur les engrais présentée en novembre 2022, dont l’objectif est également de se défaire de la dépendance russe en investissant dans l’innovation, la production européenne et le développement des alternatives aux engrais chimiques azotés.
« Cette usine constitue un pas décisif vers la production d’engrais fabriqués en Europe et vers la réduction des importations d’engrais azotés minéraux », a souligné José Antonio de las Heras, CEO de la société FertigHy dans un communiqué.
Le 25 avril dernier, lors de son discours de la Sorbonne II sur l’Europe, le président de la République, Emmanuel Macron, avait annoncé que « cette ère où l’Europe achetait son énergie et ses engrais à la Russie […] est révolue ».
[Édité par Anna Martino]