Aleksandar Vucic revendique sa victoire aux élections « sans suspense »

L’homme fort de la Serbie, Aleksandar Vučić, a remporté une victoire écrasante aux élections législatives de dimanche (3 avril), ouvrant la voie à un nouveau mandat présidentiel et prolongeant son règne de dix ans dans ce pays des Balkans.

EURACTIV.com avec agences
epa09868969 Incumbent Serbian President Aleksandar Vucic addresses the media and presents the early results of the general elections in Belgrade, Serbia, 03 April 2022.  EPA-EFE/ANDREJ CUKIC
Les résultats officiels devaient être annoncés tard lundi, mais M. Vučić a semblé confiant dans sa position dominante quelques heures seulement après la fermeture des bureaux de vote, affirmant qu’un second tour ne serait pas nécessaire. [EPA-EFE/ANDREJ CUKIC]

L’homme fort de la Serbie, Aleksandar Vučić, a remporté une victoire écrasante aux élections législatives de dimanche (3 avril), ouvrant la voie à un nouveau mandat présidentiel et prolongeant son règne de dix ans dans ce pays des Balkans.

Les résultats officiels devaient être annoncés tard lundi, mais M. Vučić a semblé confiant dans sa position dominante quelques heures seulement après la fermeture des bureaux de vote, affirmant qu’un second tour ne serait pas nécessaire.

« Je suis heureux qu’un très grand nombre de personnes ait voté et montré la nature démocratique de la société serbe », a déclaré M. Vučić lors d’un discours de victoire diffusé à la télévision.

« Il n’y a eu aucun suspense à aucun moment », a-t-il ajouté.

Le pays d’environ sept millions d’habitants s’est rendu aux urnes pour élire le président et les membres du parlement de 250 sièges et voter dans plusieurs scrutins municipaux.

Selon une projection des instituts de sondage Ipsos et CeSID, M. Vučić devrait remporter le vote présidentiel avec 59,8 % des voix.

Zdravko Ponos, un général de l’armée à la retraite représentant la coalition pro-européenne et centriste de l’Alliance pour la victoire, arriverait en deuxième position avec 17,1 % des voix.

Lors du vote parlementaire, le Parti progressiste serbe (SNS) de M. Vučić devrait arriver en tête avec 43,6 % des voix, selon les projections d’Ipsos et de CeSID.

L’alliance d’opposition Unis pour la victoire arrive derrière avec 12,9 % des voix.

Le Parti socialiste de Serbie, allié de longue date du SNS, arrive en troisième position avec 11,6 % des voix. La coalition de droite Nada (Espoir) et Moramo (Nous devons), une alliance de mouvements et de partis verts, ont recueilli respectivement environ 5,4 % et 4,3 % des voix.

Comme le SNS ne parviendra probablement pas à obtenir suffisamment de sièges au Parlement (250) pour gouverner seul, il devra chercher des partenaires de coalition.

Selon les données préliminaires de la commission électorale de l’État, le taux de participation s’est élevé à 58,54 %.

M. Vučić s’est présenté pour un second mandat de cinq ans en promettant la paix et la stabilité au moment où la Russie a envahi l’Ukraine le 24 février, mettant ainsi la Serbie sous pression de l’Occident qui veut la voir choisir entre ses liens traditionnels avec Moscou et ses aspirations à rejoindre l’Union européenne (UE).

M. Vučić a reconnu que le conflit en Ukraine a eu un impact sur la campagne et a déclaré que la Serbie n’avait pas l’intention de dévier de son jeu d’équilibre entre la candidature à l’UE et les liens étroits avec la Russie et la Chine, un investisseur considérable dans le pays.

Dans son style caractéristique décrit par les commentateurs comme un « Dr Jekyll et Mr Hyde », M. Vučić a délivré les messages que ses interlocuteurs voulaient entendre.

S’adressant aux médias anglophones, M. Vučić a déclaré que la Serbie continuerait à suivre la voie européenne, vers la paix, la stabilité et la prospérité économique.

Interrogé par les médias russes sur la question de savoir si la Serbie se joindrait aux sanctions imposées par l’Union européenne à la Russie en raison de l’agression contre l’Ukraine, il a répondu que la Serbie avait pris position sur la question, s’est référé aux conclusions du Conseil national de sécurité du pays et a ajouté qu’elle s’y conformerait à l’avenir.

Bien que la Serbie ait soutenu deux résolutions des Nations unies condamnant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, elle a refusé d’imposer des sanctions contre Moscou.

« La Serbie s’efforcera de préserver des relations d’amitié et de partenariat dans de nombreux domaines avec la Fédération de Russie », a déclaré M. Vučić.

La Serbie est presque entièrement dépendante du gaz russe, tandis que son armée entretient des liens avec les militaires russes.

« Nous maintiendrons une politique qui est importante pour les Européens, les Russes et les Américains, et qui est… la neutralité militaire. »

Le Kremlin soutient également l’opposition de Belgrade à l’indépendance du Kosovo en empêchant son adhésion aux Nations unies.

Les enquêteurs du CeSID et de la CRTA ont signalé plusieurs irrégularités, notamment la prise de photos des bulletins de vote.

Selon de nombreux témoignages, M. Vučić s’est assuré une domination presque totale des médias du pays et a « soudoyé » les électeurs en leur promettant diverses aides sociales s’il était réélu.

L’opposition a largement boycotté les élections législatives de 2020, ce qui a permis au parti SNS de M. Vučić et à ses alliés d’obtenir 188 sièges au parlement, qui en compte 250.

Politicien chevronné qui a été ministre de l’information en 1998 sous l’ancien homme fort Slobodan Milošević, M. Vučić s’est transformé d’un ardent nationaliste en un partisan de l’adhésion à l’UE, de la neutralité militaire et des liens avec la Russie et la Chine.

Zdravko Ponos a accusé M. Vučić de tirer parti de la guerre en Ukraine dans sa campagne pour capitaliser sur les peurs de la population.

L’opposition et les organismes de surveillance des droits accusent également M. Vučić et ses alliés d’un style de gouvernement autocratique, de corruption, de népotisme, de contrôle des médias, d’attaques contre des opposants politiques et de relations avec le crime organisé. M. Vučić et ses alliés ont nié à plusieurs reprises toutes ces allégations.