Alimentation : la FAO met en garde contre les coûts cachés pour la santé

Les systèmes agroalimentaires font peser des coûts cachés importants sur la santé des citoyens l’UE, a expliqué un fonctionnaire de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à Euractiv lors de la présentation des résultats d’un rapport de l’agence onusienne sur le sujet.

EURACTIV.com
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Rien qu’en Europe, 82 % des coûts cachés des systèmes agroalimentaires sont dus à des régimes alimentaires malsains qui entraînent une baisse de la productivité de la main-d’œuvre. [<a href="https://www.shutterstock.com/it/image-photo/woman-buys-apples-pays-cash-coins-2222801109" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK/GUZEL.AT]</a>]

Les systèmes agroalimentaires représentent une part importante des coûts cachés pesant sur la santé des citoyens l’UE, a expliqué un fonctionnaire de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à Euractiv lors de la présentation des résultats du dernier rapport de l’agence onusienne sur le sujet.

« Lorsque les gens pensent aux coûts cachés des systèmes agroalimentaires, ils pensent très souvent aux coûts environnementaux », a déclaré l’économiste en chef de la FAO Andrea Cattaneo.

Toutefois, un rapport dirigé par M. Cattaneo et publié lundi (6 novembre) révèle que, rien qu’en Europe, 82 % des coûts cachés des systèmes agroalimentaires sont dus à des régimes alimentaires malsains qui entraînent une baisse de la productivité de la main-d’œuvre.

Les conséquences d’une alimentation malsaine comprennent les coûts publics et privés de la lutte contre les maladies non transmissibles (MNT) telles que les maladies cardiovasculaires, le cancer, le diabète et les maladies respiratoires chroniques.

« Les coûts liés à la santé sont assez élevés en Europe parce qu’ils sont calculés sur la base des journées de travail perdues », a déclaré M. Cattaneo. « Les salaires étant relativement élevés, l’impact est plus important en termes de dollars », a-t-il ajouté.

Le rapport a été salué par des organisations de la société civile telles que le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), qui insistent depuis longtemps sur le fait que les régimes alimentaires malsains pèsent lourdement sur la santé et le bien-être des citoyens.

« Pour la première fois, ce rapport de la FAO chiffre le coût énorme [des régimes alimentaires malsains] pour nos économies », a indiqué Camille Perrin, responsable politique du BEUC, à Euractiv.

Selon elle, soutenir des politiques qui permettent aux consommateurs de faire un choix sain facilement et à un prix abordable « devrait donc être une évidence ».

La stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork) et le plan européen de lutte contre le cancer (Beating Cancer Plan), deux initiatives phares de la Commission européenne, prévoyaient des mesures pour faciliter la promotion de régimes alimentaires sains.

Toutefois, l’une des principales dispositions prévues à l’origine par l’exécutif européen, à savoir la réforme du dispositif d’information pour aider les consommateurs à faire des choix éclairés, a été reportée à plusieurs reprises et ne verra pas le jour dans le cadre de ce mandat législatif.

Dans son rapport, la FAO reconnaît que la promotion d’aliments sains, l’étiquetage et la certification sont « vitaux » pour influencer le comportement des consommateurs.

Une enquête réalisée en 2020 par le BEUC a révélé que plus de la moitié des consommateurs européens sont influencés par les préoccupations environnementales et que deux tiers d’entre eux sont prêts à modifier leurs habitudes alimentaires en conséquence, mais manquent d’informations pour le faire.

L’augmentation des coûts cachés sur la santé

La FAO prévoit que les coûts cachés atteindront 13 200 milliards de dollars dans le monde en 2023. En 2016, ce chiffre était de près de 12 200 milliards de dollars, soit une augmentation d’un billion sur une période de sept ans.

Selon M. Cattaneo, la majeure partie de l’augmentation en termes de dommages quantifiés concernera la santé.

« Il s’agit essentiellement de mettre en place des objectifs [environnementaux et sanitaires] », a-t-il déclaré, « tout en s’assurant que les coûts des aliments n’augmentent pas, en particulier pour les parties les plus vulnérables de la population ».

Le rapport de la FAO encourage les décideurs politiques à utiliser « des mesures d’incitation ou de dissuasion par les prix pour stimuler la production d’aliments durables et nutritifs ».

« Si l’amélioration de la santé publique et du bien-être des populations n’est pas un moteur suffisamment puissant pour les décideurs politiques, il faut espérer que les arguments économiques en faveur d’une alimentation saine les convaincront de passer à l’action », a déclaré Mme Perrin du BEUC

Le rapport de la FAO avertit également que le problème actuel des régimes alimentaires malsains « ne doit pas détourner l’attention des coûts cachés environnementaux et sociaux ».

Les dommages environnementaux en Europe, y compris les émissions de gaz à effet de serre (GES) et d’azote et la dégradation des écosystèmes, sont estimés à 500 milliards de dollars.

Toutefois, le coût réel est presque certainement plus élevé, car des facteurs tels que l’exposition aux pesticides et la dégradation des sols n’ont pas été pris en compte, peut-on lire dans le rapport.

La Slovaquie, la Hongrie et la Pologne sont les États membres de l’UE où les coûts cachés quantifiés sont les plus élevés par rapport à la valeur de leur production agroalimentaire.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]