Allemagne : l'AfD classée comme parti d'extrême droite par le renseignement
Le service de renseignement intérieur allemand a désigné l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), arrivée en deuxième position lors des élections nationales de février, comme un « mouvement d'extrême droite ».
Le service de renseignement intérieur allemand a désigné l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), arrivée en deuxième position lors des élections nationales de février, comme un « mouvement d’extrême droite ». Cette décision controversée pourrait conduire à l’interdiction pure et simple du parti.
Le service de renseignement a déclaré que son enquête, qui a duré plusieurs mois, avait confirmé les soupçons selon lesquels le parti portait atteinte à l’ordre démocratique fondamental du pays.
Cette décision s’inscrit dans un contexte européen plus large, marqué par l’interdiction de candidature de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2027 en France et par l’annulation de la présidentielle en Roumanie après la qualification d’un candidat d’extrême droite au premier tour. Ces évènements pourraient renforcer, dans certains cercles, l’idée d’un rejet systématique de l’extrême droite par l’establishment politique.
En Allemagne, où les règles relatives à l’interdiction des partis politiques sont particulièrement strictes, la décision du service de renseignement intérieur marque un tournant.
Auparavant, seules les branches régionales des Länder de Thuringe, de Saxe et de Saxe-Anhalt avaient été classées comme « d’extrême droite » par les autorités, une désignation nécessaire pour entamer la procédure d’interdiction pure et simple.
À l’échelle nationale, l’AfD, parti fondé en 2012, était initialement seulement suspectée d’extrémisme de droite.
« Ce qui était auparavant considéré comme une suspicion s’est désormais confirmé dans des domaines clés », a déclaré vendredi 2 mai l’agence de renseignement.
Dans son évaluation interne de 1 100 pages, l’agence a estimé que la tentative du parti d’exclure certains groupes de population de la participation égale à la société était « incompatible » avec la Constitution et le principe de dignité humaine.
Cette évaluation ne modifie pas l’éventail des outils dont disposent les services secrets pour surveiller le parti, mais pourrait les inciter à renforcer leur utilisation.
Le service de renseignement est légalement autorisé à déployer des méthodes de surveillance, notamment le recrutement d’informateurs et les enquêtes financières, dès qu’un parti est soupçonné d’idéologie extrémiste. Elle peut également surveiller les communications du parti, mais uniquement avec l’autorisation préalable du parlement.
L’AfD devrait contester cette évaluation devant les tribunaux.
Vers une interdiction du parti ?
En revanche, la décision pourrait bien relancer le débat en cours en Allemagne sur la possibilité d’interdire le parti, même si ce processus est très encadré et pourrait prendre des années.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, seuls deux partis ont été interdits : le Parti socialiste du Reich (néonazi) en 1952, et le Parti communiste d’Allemagne en 1956.
N’importe lequel des quatre organes constitutionnels allemands — le Bundestag, le Bundesrat, le gouvernement fédéral ou la Cour constitutionnelle fédérale — peut engager une telle procédure.
L’AfD est arrivée en deuxième position lors des dernières élections fédérales allemandes, juste derrière les chrétiens-démocrates. Depuis, elle a gagné en popularité dans les sondages et est au coude à coude avec le centre-droit.
Le parti a doublé son score lors des élections fédérales de février (22 %), devenant ainsi la première force d’opposition au sein du nouveau parlement.
L’actuelle ministre de l’Intérieur, Nancy Faeser, une social-démocrate (SPD) qui quittera ses fonctions lorsque le nouveau gouvernement entrera en fonction la semaine prochaine (6 mai), a qualifié la décision de « claire et sans équivoque ».
Elle a ajouté que l’agence de renseignement avait « un mandat légal clair pour agir contre l’extrémisme et protéger notre démocratie ». Elle a souligné que le processus était impartial et exempt de toute ingérence politique.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]